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Cinéma

Mardi 7 février 2006 2 07 /02 /Fév /2006 01:50

(JPG) de Byambasuren Davaa
2005, Mongolie, Allemagne
Avec Urjindorj Batchuluun, Daramdadi Batchuluun, Nansa Batchuluun
Sorti le 1er février, durée 1h33


D’abord, la musique, violon doux et prenant. Et le vent, déjà, souffle. Dès le générique du Chien jaune de Mongolie, l’agitation ressentie pendant les publicités et les trois bandes-annonce obligatoires s’efface pour ne plus demeurer qu’un souvenir (et pourtant, la programmation ne s’y prédisposait pas vraiment : Pirate des Caraïbes 2, OSS 117, et Incontrôlable). Deux silhouettes apparaissent en contre-jour, sur le sommet d’une colline ; ils enterrent un chien. Tatoué, c'est son nom, Nansa l’a trouvé, un jour que sa mère l’avait envoyée chercher des bouses séchées - parfait combustible, et parfois accessoire de jeux pour elle, sa petite sœur et son petit frère.

Ses parents sont des nomades, vivant de la vente de peaux de moutons, de la fabrication de fromage. Ils habitent seuls dans leurs yourte, en pleine steppe ; possèdent une moto, avec laquelle le père se rend en ville - aussi souvent que nécessaire, c’est-à-dire aussi peu que possible. Il ne voit pas d’un bon œil la présence du chien : il pourrait attirer les loups, qui ont déjà assailli le troupeau. Nansa, elle, veut le garder. Après du déménagement de la yourte - une des plus belle scène du film - Tatoué gagnera le respect du père en sauvant le petit frère des vautours.

(JPG)
Nansa et son univers : la steppe © ARP Sélection

Film à la lisière du documentaire, Le Chien jaune... n’impose pas son rythme lent, mais laisse le spectateur se couler doucement dans une vie totalement étrangère, dominée par une steppe qui semble infinie. Byambasuren Davaa a mis longtemps avant de se faire accepter par la famille qu’elle filme. Mais sa réalisation, intime et pourtant non intrusive, calme, en est l’heureux résultat. Certaines scènes liées à la fiction à proprement parler souffrent parfois du fait que les acteurs sont amateurs. Mais le reste du film n’en prend que plus de saveur.

Impossible de ne pas être pris par une certaine magie, où chaque instant se savoure, du petit frère qui grimpe sur la machine à coudre, singeant son père sur sa moto, à la découpe des pains de fromage à la ficelle. Impossible de ne pas être fasciné par ces espaces, cette mer d’herbe au relief parsemé que Nansa parcourt à cheval, où chaque rencontre est rare. L’apparition d’une voiture débitant une incitation à aller voter, alors que la famille réunie mène son convoi, au milieu de nulle part, est délicieuse d’incongruité. Les films vraiment dépaysants, qui pendant un court temps vous font ressentir un ailleurs, sont rares. Le Chien Jaune de Mongolie est de ceux-là, bref moment de poésie avant de revenir dans sa vie, dans une ville qui paraît tout d’un coup bien étriquée.


(JPG) Byambasuren Davaa a coréalisé un autre film, tout aussi recommandable, sorti en DVD, l’Histoire du Chameau qui pleure. Situé lui aussi en Mongolie, il est centré autour d’un rituel qui veut, lorsqu’une mère chamelle se désintéresse de son enfant, qu’on lui joue de la musique pour l’émouvoir.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 2 février 2006 4 02 /02 /Fév /2006 18:15

(JPG) de Philippe Faucon
2005, France
Avec Vincent Martinez, Cyril Troley, Ahmed Berrhama
Sorti le 25 janvier 2006, durée 1H20


Le sud-est de l’Algérie, 1960. Le lieutenant Roque (Vincent Martinez) est responsable d’un poste, chargé de la sécurité de la région. Le quotidien, c’est les patrouilles, la fouille des villages environnants à la recherche des fellagas, dans ce qu’on a appelé par la suite « la pacification du bled ». Déplacer des habitants, pour la plupart terrorisés, pour couper le ravitaillement des « rebelles ». Mais c’est aussi gérer la cohabitation entre ses quatre harkis, ses « musulmans » comme il les appelle parfois, et son régiment. Tâche peu aisée, d’autant que son capitaine le prévient qu’ils seraient en train de comploter pour le tuer et livrer le poste aux fellagas.

(JPG)
Vincent Martinez et Ahmed Berrhama © Pyramide Distribution

Mais qui trahit qui dans ce film ? Les harkis, menés par Taïeb (Ahmed Berrhama), qui sont avec lui depuis presque quatorze mois et passent de l’autre côté ? L’armée française, qui utilise sans vergogne les services de ces jeunes Algériens en ne leur donnant rien en retour ? Les fellagas, qui luttent pour libérer leur pays mais terrorisent les populations ? L’ambition de La Trahison n’est pas de répondre à l’ambiguïté de son titre. Le film dépeint, avec une rare justesse, des jeunes hommes épuisés, pris dans ce réseau de contradictions. La réalisation se fait discrète au point d’être austère, mais elle en est d’autant plus implacable. Sa sobriété même donne une épaisseur humaine rare à des personnages très bien interprétés.

Court, le film a néanmoins un rythme paisible, calme qui reflète le sourd désespoir des soldats perdus dans une guerre qui n’a plus de sens. Roque l’avoue lui-même, quand il apprend la possible trahison de Taïeb. Déserter, passe encore, mais ce qu’il ne comprend pas, c’est la livraison du poste. La trahison, somme toute, serait celle d’un homme envers un ami. Philippe Faucon a le mérite de n’éviter aucun sujet, même la torture. Il a le mérite encore plus grand de ne pas juger, mais de simplement raconter, chose suffisamment rare pour être appréciée. Les films français sur la « guerre sans nom » ne sont pas légion. Surtout ceux qui savent en éclairer les multiples paradoxes. La Trahison n’explique pas, mais permet de comprendre beaucoup. Courez le voir avant qu’il ne disparaisse des écrans...


(JPG) Des deux films français majeurs sur la guerre d’Algérie, seul Avoir 20 ans dans les Aurès, de René Vautier, est sorti en DVD. Pas de nouvelle pour R.A.S., d’Yves Boisset... Dans un tout autre registre, est également sorti en DVD Le Château Ambulant, dernière œuvre d’Hayao Miyazaki, une pure merveille, que je ne saurais trop vous conseiller.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 19 janvier 2006 4 19 /01 /Jan /2006 01:46

(JPG) de Isao Takahata
Titre original : Heisei tanuki gassen pompoko - Pompoko, la guerre secrète des tanukis
1994, Japon
Avec Makoto Nonomura, Yuriko Ishida, Akira Kamiya
Sorti le 18 janvier 2006, durée : 1h 59min


Les tanukis (prononcer tanouki, ou, si on veut faire son malin, Nyctereutes procyonoides) sont, à la base, une sorte de chien, spécifique à l’Asie (ils ressemblent un peu à un croisement entre des blaireaux et des raton-laveurs). Dans les contes japonais, ils sont capables de se transfomer et de transformer des objets autour d’eux, comme les renards et les chats. Facétieux et bons vivants, c’étaient des divinités de la bonne fortune. Mais ce sont aussi des animaux omnivores, qui vivent dans les forêts. Les héros du film habitent à proximité de Tokyo, dans les années 60. Epoque d’urbanisation et de construction de la ville nouvelle de Tama. Ce qui va de pair avec la déforestation des montagnes environnantes...


(JPG)
Les tanukis sont un peuple joyeux... © BCG Distribution

Tout est alors bon pour défendre son territoire. Les tanukis, armés de leurs pouvoirs et de leurs ‘roustons’ - pour prendre le vocable des sous-titres - polymorphes, vont lutter contre l’invasion des humains. Pompoko entrecroise conte animalier et documentaire avec brio, chacun des aspects du récit venant compléter et renforcer l’autre. Tout ici est question de style de dessin. Réalistes, quand des humains sont présents ; rondouillards et cousins des Bisounours quand ils sont seuls, ces tanukis gloutons et toujours prêts à faire la fête malgré leur situation dramatique sont tout simplement irrésistibles. Une voix off, à mi-chemin entre le chœur grec et le conteur, structure le récit, accompagne le spectateur tout au long de cette lutte désespérée.


(JPG)
Le film réserve aussi de purs moments de poésie © BCG Distribution

Car elle est perdue d’avance. Le film, tout en étant hilarant, est en même temps pessimiste. Face à l’extension de la ville, face à l’incrédulité des humains, que peuvent les tanukis et leurs illusions ? Symboles de la nature et des traditions du Japon, ils sont perdus dans une modernité étouffante de béton et d’acier. Même leur chef-d’œuvre, une grande parade fantastique (dans les deux sens du terme...) se fait récupérer par le directeur d’un parc d’attractions. Fable écologique semblable à aucune autre, Pompoko est tout à la fois drôle, surprenant, sérieux et mélancolique. Aucune raison de réserver un tel bijou aux enfants !


(JPG) Deux films d’animation d’Isao Takahata sont sortis en DVD en France, le magnifique Tombeau des Lucioles et le très drôle Mes voisins les Yamada. Je vous conseille également cette page web sur le studio Ghibli, création d’Isao Takahata et de Hayao Miyazaki. Presque tous les films qui en sont sortis sont des petits chefs-d’oeuvre.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Mercredi 18 janvier 2006 3 18 /01 /Jan /2006 02:12

(JPG) de Stephen Frears
Titre original : Mrs. Henderson presents
2004, Angleterre
Avec Judi Dench, Bob Hoskins, Kelly Reilly
Sorti le 11 janvier 2006, durée 1h45min


Pour un peu, ce film serait un avertissement envers le plus grand nombre : méfiez-vous des vieilles dames. Surtout quand elles sont excentriques, et qu’elles ont les moyens de leur excentricité... Laura Henderson (Judy Dench) s’ennuie. Les occupations d’une veuve de 69 ans en 1937 - broderie, œuvre de charité - la lassent vite. Puis elle rencontre le Windmill Theater (ndlr : théatre du Moulin à vent), à vendre. Sur un coup de tête (mais est-ce vraiment tant un coup de tête que cela ?), elle l’achète, embauche Vivien Van Damm (Bob Hoskins, excellent), directeur artistique talentueux mais exigeant, pour y présenter du music-hall.


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Kelly Reilly et Judy Dench © Pathé Distribution

Les dialogues, savoureux et oh so british, et les acteurs sont un des grands plaisirs que recèle ce film. Judy Dench semble taillée sur mesure pour ce rôle d’une aristocrate charmante et sans gêne. Stephen Frears sait la cadrer comme personne, digne ou vulnérable, composant des plans à la lumière soigneusement étudiée, comme il en a l’habitude. Un éclairage qui met en relief les deux visages de Laura. D’un côté la veuve, qui porte encore dans son cœur le deuil d’un fils mort pendant la Grande Guerre - la der des der, la Première. De l’autre, l’imprévisible, qui, pour sortir le Windmill Theater restauré des filets d’une rude concurrence, va oser dévêtir ses danseuses. Ce qui ne va pas passer tout seul.

Même dans sa forme, une comédie, Mrs Henderson présente... est plus qu’un film sur la censure ou sur les mœurs. C’est un plaidoyer (efficace !) pour la légèreté. Surtout quand les circonstances ne s’y prêtent pas. Le film est inspiré d’une histoire vraie. Quand la Seconde Guerre mondiale a étendu son empreinte sur Londres, à coup de bombes, seul le Windmill Theater est resté ouvert, offrant en continu des spectacles pour les militaires. Offrant un peu de légèreté dans un monde qui en avait désespérément besoin, grâce à la ténacité d’une vieille dame qui a osé et a résisté. C’est la meilleure partie du film, où Stephen Frears trouve et garde un équilibre précaire entre douleur et joie.


(JPG) Le réalisateur britannique compte à son actif un nombre déjà conséquent de films. Parmi eux, j’en ai sélectionné trois qui reflètent bien les multiples facettes de son talent : My Beautiful Laundrette, histoire d’amour homosexuelle sur fond d’Angleterre en plein Thatcher, The Snapper, comédie hilarante que je vous conseille vivement (même si le DVD est zone 1), et Dirty Pretty Things, où un immigrant Nigérian découvre l’autre versant de Londres. Oh, et pour les (j’espère) rares d’entre vous qui ne sont pas allé voir Lord of War, qu’est-ce que vous attendez, exactement ?

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Lundi 16 janvier 2006 1 16 /01 /Jan /2006 19:27

(JPG) de William Karel
2004, France
Avec Clémence Boulouque, Elsa Zylberstein
Sorti le 4 janvier, durée 1h30

Si on vous dit l’affaire Boulouque, que pensez-vous en premier ? « L’affaire Boulouque ? C’est qui, Boulouque ? » Certains penseront peut-être à un nom, Clémence Bouloque, écrivain et critique littéraire au Figaro. Le Boulouque de l’affaire, c’est son père, Gilles, juge du terrorisme vers la fin des années 80. Accusé d’avoir cédé à la raison d’Etat, victime de campagne de presse, inculpé en 1988 pour violation du secret de l’instruction, ce qui scandalisera ses collègues, il finira par se suicider le soir du 13 décembre 1990.

’La fille du juge’, c’est le surnom de Clémence à l’école, quand son père apparaît à la Une des journaux : il est chargé du dossier des attentats meutriers de Paris en 1985 et 1986. La première rencontre d’une fille enjouée de neuf ans avec le terrorisme. Pas la dernière. Clémence est à New York le 11 septembre 2001. C’est sur ses souvenir de ce jour que s’ouvre le film, adaptation de son livre Mort d’un silence, écrit comme volonté de guérir. Guérir du départ d’un père.

(JPG)
Le juge Gilles Boulouque et Clémence © Rezo films

Film, documentaire : la frontière est ici mince. Pas de dialogues. Simplement une narration, phrases du livres lues et incarnée par Elsa Zylberstein, sur des images de Clémence, des films d’enfance en super-8, des photos. Et des extraits d’émissions télé de l’époque, choisis et montés de façon exemplaire par William Karel, qui n’en est pas à son coup d’essai. Ici, ce n’est pas la mise en scène qui prime ; elle est plus inintéressante qu’autre chose. Mais les mots, les silences, le regard gai puis trouble d’une jeune fille, celui égaré d’un homme à bout...

A cela s’ajoute l’exposé d’un imbroglio politico-judiciaire aujourd’hui oublié, l’affaire Gordji, qui est tout de même à l’origine du « pouvez-vous me dire en me regardant dans les yeux » lancé par Chirac à Mitterand lors du débat pour les présidentielles en 1988. La fille du juge est à la fois l’histoire d’une perte, l’histoire d’un manque impossible à combler, et une tentative par une fille de permettre à son père d’être plus que « de ceux qui font l’actualité mais ne marquent pas l’histoire », selon les propres mots de Clémence. A voir absolument...


(JPG) ...ou, à défaut, lire le livre de Clémence Boulouque, Mort d’un silence. Pour ceux qui auront apprécié le travail de William Karel, sautez sur ses indispensables Le Monde selon Bush et CIA, guerres secrètes.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Lundi 9 janvier 2006 1 09 /01 /Jan /2006 19:15
C’est la tradition, pendant les fêtes de Noël et de fin d’année, le cinéma nous sert une floppée de films ‘tout public’, dégoulinants de bons sentiments et de mièvrerie. D’habitude, no worries, comme diraient nos amis Australiens : il y a toujours, cachée sous l’amoncellement de comédies, quelqu’œuvre intéressante, sortie par un ditributeur plus ou moins suicidaire - la fréquentation risquant le zéro de tension. Mais cette année, la perle s’est fait plus rare que d’habitude... Alors, exceptionnellement, voici une critique qui n’est pas un conseil, mais plutôt une chronique des mes petites déceptions - desquelles émerge, finalement, un film : The Constant Gardener.

(JPG) King Kong (Peter Jackson, Etats-Unis). C’est entendu, le gigantesque gorille a donné à un Peter Jackson à peine agé de dix ans l’envie de faire du cinéma ; et la bête numérique qui rugit sur nos écrans est le fruit des rêves les plus frénétiques du cinéaste. Le problème vient de là : il s’agit du film rêvé par un enfant de dix ans, pas par un cinéaste ayant derrière lui Le Seigneur des Anneaux. Bon d’accord, un enfant de dix ans qui a ensuite fait Braindead... Cela se retrouve dans la délectation qu’éprouve le réalisateur à mettre ses personnages en proie avec des jolis insectes baveux (dont la moindre antenne à l’écran faisait rire comme une hystérique une fille dans la salle) et dans le plaisir manifeste qu’il a à un peu trop jouer avec son bestiaire virtuel. Spectaculaire, le combat contre les trois tyrannosaures vire au cartoon sur la fin ; je ne parle même pas de la séquence d’anthologie où Adrien Brody décoche des mawashigeri à des pseudo-vélociraptors tout en évitant de se faire écraser par une trentaine de diplodocus. Un peu trop long, un peu excessif, ce King Kong est en fait une série B. Une très bonne série B, attention : j’ai personnellement beaucoup ri. Mais on attendait un peu plus du réalisateur...


(JPG) Le Monde Narnia 1 : le Lion, la Sorcière et l’Armoire magique (Andrew Adamson, Etats-Unis). La dernière grosse production Disney... est un Disney. Ce qui donne les limites du genre. Il est vrai que les livres de départ sont écrits pour des enfants de huit ans ; le film l’est tout autant. Dès qu’on a dépassé douze ans, Narnia, c’est gnangnan. Attention, donc, à ceux qui espèrent y trouver plus qu’un joli livre d’image et de bons sentiments, vous serez déçus. Tout au plus, l’inefficacité totale des blagues dans les dialogues vous arrachera un sourire (elles tombent toutes à plat !), le manque de conviction des acteurs aussi. Ceci dit, le livre d’image est très réussi : je n’ai jamais vu de centaures plus convaincants au cinéma.


(JPG) La Forêt oubliée (Kohei Oguri, Japon). Après être ressorti déçu des deux blockbusters de Noël, je me suis dit qu’un peu de calme et de poésie ne pourrait me faire que le plus grand bien. La Forêt oubliée correspondait presque trop au cahier des charges. Pour explorer les liens qui unissent notre imaginaire au monde qui nous entoure, Kohei Oguri réalise un film-rêve, fait de séquences-bulles de savon qui se suivent les unes les autres, sans grand autre lien que le conte qu’imaginent trois adolescentes. Le problème ne réside pas dans le propos, intéressant, ni dans la réalistation, fascinante, mais dans le tempo. Le film est lent, lent à en mourir, laissant au spectateur le temps d’ingérer, mastiquer, ruminer, digérer les scènes, jusqu’à l’indigestion.


(JPG) Mary (Abel Ferrara, Etats-Unis). Histoire de me réveiller, je me suis tourné vers le réalisateur du King of New York et de Bad Lieutenant - il y a pire, comme références. Film sur la foi, plus questionnement que film en fait, Mary reste dans la veine du cinéaste, réalisation alambiquée certes mais toujours intriguante. Sauf qu’ici, l’œuvre est inégale, traversée de purs moments de grâce cinématographique (merci Forest Whitaker et Juliette Binoche !) et d’autre où l’ennui pointe le bout de son nez. Entre, des passages qui tiennent du documentaire, passionnants, et admirablement amenés par Abel Ferrara. Un film qui, si le sujet vous intéresse, vaut le déplacement, malgré les moments creux.


(JPG) The Constant Gardener (Fernando Meirelles, Etats-Unis). Adaptation d’un roman de John le Carré, The Constant Gardener en garde une saveur british indéniable, tout en diffusant son propos-brulôt sur le comportement des grandes firmes pharmaceutiques en Afrique. Mais ce n’est pas qu’un thriller : c’est aussi le récit d’un mari qui redécouvre sa femme en enquêtant sur son assassinat, sorte de reconquête d’un amour refroidi. Les histoires s’enroulent l’une autour de l’autre, se confondent, et ne relâchent le spectateur qu’à l’écran de fin, aidées par une réalisation dynamique et des acteurs convaincus et convaincants. Seul reproche, et encore : la caméra bouge vraiment beaucoup, plus que nécessaire, mais c’est vraiment mineur. Courez le voir avant qu’il ne soit trop tard...

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 15 décembre 2005 4 15 /12 /Déc /2005 03:19
de Sophie Fillières
 2004, France
 Avec Emmanuelle Devos, Lambert Wilson, Bruno Todeschini
 Sorti le 14 décembre, durée : 1h 42min


Fontaine Leglou (Emmanuel Devos) a un grain. Un petit, comme tout le monde - de l’homme qu’elle croit reconnaître dans un parc à son peut-être futur beau-père. Le hic est dans le peut-être. Michel Strogoff (Bruno Todeshini), son compagnon, veut l’épouser. Elle, elle hésite, s’isole pour ne pas prendre de décision. Tergiverse. Alors Michel la poursuit avec la bague de fiançailles, véritable running gag, qui finira par connaître Fontaine de l’intérieur - littéralement. En chemin, la jeune femme, anesthésiste dans une clinique privée, rencontrera un malade magnétique, Philippe, ex docteur (Lambert Wilson), qui lui fournira la clé de l’énigme - ou, du moins un truc pour forcer la serrure.

(JPG)
Emmanuelle Devos, troublante Fontaine Leglou © ; Les Films du Losange

Elle ne fait rien comme tout le monde, ne se laisse décourager par rien, vit sa vie avec ce petit décalage qui rend les choses supportables. Emmanuelle Devos apporte à cette fille au nom réjouissant un charme, un sourire en coin dévastateur, une voix innocente et douce qui donne d’autant plus de force à ses propos. La mise en scène de Sophie Fillière sait laisser leur intimité aux personnages tout en étant proche d’eux. À plusieurs reprises, elle capture avec délicatesse Fontaine qui s’isole, dans une cabine de piscine municipale, dans un ascenseur, tentant de ne pas résoudre son problème.

(JPG)
Dur, d’être avec un « paléontoclimatologue »... © ; Les Films du Losange

Car Fontaine ne souffre, en fait, que d’être profondément humaine. Le problème, c’est qu’elle le manifeste, et provoque chez ses interlocuteurs le même phénomène. Sophie Fillière sait à merveille traquer le petit vélo qui tourne dans nos têtes, et le faire ressortir dans des dialogues comme il y en a trop peu au cinéma : drôles, écrits et pourtant naturels. Fin du fin, ils distinguent même une affirmation d’une double négation : quand Fontaine Leglou répond « je ne suis pas pas » à la question « êtes-vous amoureuse ? », ça ne veut pas dire qu’elle l’est (amoureuse)... Le film comporte ainsi plusieurs répliques à base de négations enchaînées, toutes cultes - sans compter une tirade inoubliable sur les « paléontoclimatologues ». Gentille est une excellente surprise, à ne rater sous aucun prétexte.


(JPG) Sophie Fillière avait réalisé son premier long métrage en 2000, sorti en DVD. Il s’agit d’une comédie, elle aussi absurde, plus déjantée que Gentille : Aie. Dans un tout autre style, je profite de la sortie cette semaine de l’Arc, de Kim Ki-duk (je ne l’ai pas encore vu) pour vous recommander un de ses films, véritable chef-d’œuvre : Locataires.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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