L'auteur, le blog


Un blog, c'est fait pour parler de tout et de rien. Alors il y aura du rien (beaucoup), de tout (parfois), du n'importe quoi (un peu trop souvent), et surtout... des mots.


Petit guide... Le cinéma, c'est un film par semaine, sorti et qui n'a pas attiré l'attention qu'il mérite ! L'actu, c'est l'actu, un peu de tout dessus... Et des nouvelles, pour le plaisir.

Parce que c'est bien pratique:


Site search powered by FreeFind

Calendrier

Mars 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>

Amis errants, bienvenue ! Habitués de la maison, heureux de vous revoir.
Faites comme chez vous, et n'hésitez  pas à revenir...
Je tiens à m'excuser pour le manque de renouvellement de ce blog. Un emploi du temps entre vacances et début d'un nouveau travail, bref, je n'ai presque pas mis les pieds au ciné depuis une éternité !
Mais bon, le tout est de prendre le rythme, et j'espère que dans peu de temps je pourrais recommencer à tenir la boutique. D'ici là, je vous demande un peu de patience...

Mardi 7 mars 2006 2 07 /03 /2006 12:44

(JPG) de Christophe Oetzenberger
2005, France
avec Yann Tregouët, Cécile Cuignet, Lionel Abelanski
Sorti le 22 février, durée 1h40


Thierry (Yann Tregouët) a passé cinq ans en prison, pour complicité de meurtre. Une condamnation sévère au vu des faits. Quand il revient dans son village du Nord, l’ambiance est pesante, entre le mépris des villageois et l’attitude déchirée de ses parents, une mère comme dépassée par un fils qu’elle ne comprend pas et un père qui noie ses déceptions dans la bière. Par CB, il sympathise avec des routiers, comme délivré par l’anonymat offert par le micro. Jusqu’au jour où, parti à la recherche de l’un d’entre eux, sur une aire d’autoroute, il le découvre mort, abattu d’une balle.

Et la peur resurgit. Seul témoin, avec un casier chargé, il est naturellement considéré comme un suspect par la police. Impossible de les convaincre de sa bonne foi, impossible de vaincre cette peur qui lui étreint le ventre à l’idée de retourner en prison. Alors Thierry s’enfuit, à pied, par les champs, les forêts, attendant que la vérité éclate, qu’il soit innocenté. Au fil de ses itinéraires, une pause dans un village, embauché par un truculent tenancier de bar-restaurant, la rencontre avec une fille de boulangère délurée (Cécile Cuignet).

(JPG)
Yann Tregouët, à fleur de peau © Cine Classic

Christophe Otzenberger est un spécialiste du documentaire. Pour son premier film de fiction, il a choisi un thème loin de ses préoccupations sociales habituelles, même si elles transparaissent parfois dans sa façon de dépendre un Nord morose. Itinéraires est à la fois animal et abstrait, centré sur l’idée de la fuite elle-même, sorte de malédiction qui transforme Thierry en bête traquée et ne le lâchera jamais. Yann Tregouët est de ce point de vue exemplaire, interprétant ce personnage discret par obligation avec une tension intérieure qui éclabousse l’écran.

À chaque instant le spectateur ressent la peur et la honte, incontrôlables, qui poussent Thierry à des actes défiant toute logique : d’un accès subit de gentillesse envers un inconnu dans un bar qui lui rappelle son père (parce qu’il demande au tenancier de ‘payer son verre’) à vouloir s’enterrer sous les feuilles mortes dans les premières heures de sa fuite. Haletant, prenant, le film souffre parfois de personnages secondaires aux caractéristiques un peu trop marquées, mais sait surtout éviter les écueils des films de cavale : ici, la police n’est pas incompétente ou bêtement sadique, les ‘vrais gens’ ne sont pas que des cœurs d’or ou des salauds. Une justesse de ton bienvenue qui permet à la prestation de Yann Tregouët de prendre toute son ampleur.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 21 février 2006 2 21 /02 /2006 11:34
Qu’évalue-t-on, au juste, dans cette commission parlementaire ? La justice à la française ? Un système ? Un procès ? Un juge ? Ou un homme ? Imprécision d’autant plus dangereuse qu’elle pourrait discréditer complètement la commission. Le problème vient probablement du fait que les députés qui la composent n’ont pas eux-mêmes les idées bien fixées, se laissant emporter par l’émotion, comme tout le monde d’ailleurs. Or l’émotion, ici, doit être prise en compte comme une des données du problème, pas comme un moyen d’évaluation.

Le plus bel exemple du flou qui entoure le phénomène Outreau et les dangers qu’il implique reste la Une de France Soir du 8 février, qui étalait en gros : « A vous de le juger ». Une petite phrase qui contient trois grosses inexactitudes... La première : il ne s’agit pas d’un jugement. La deuxième : ce n’est pas l’homme qui est en cause, c’est le juge. La troisième : ce n’est pas à l’opinion publique de décider s’il a « bien » ou « mal » agi. Et pourtant, cette phrase garde un semblant de sens : après tout, les parlementaires sont des représentants du peuple, on parle bien d’une évaluation, et la référence à Fabrice Burgaud est suffisamment floue pour qu’on puisse penser à l’homme ou au juge.

La commission parlementaire ne va et ne doit pas juger le travail de Fabrice Burgaud. Elle doit évaluer, comprendre les méthodes utilisées, le cheminement qui a conduit au scandale judiciaire que l’on connaît. Pour, le cas échéant, préconiser d’engager des réformes législatives pour corriger les défauts du système révélés par l’exemple. La nuance est subtile, certes, mais elle est essentielle. C’est le rôle d’une commission d’enquête, tel que défini par la loi.

Ce n’est pas Fabrice Burgaud, l’homme, avec ses opinions et ses douleurs, qui passe sur le grill. C’est Fabrice Burgaud, juge d’instruction. Or un juge n’a pas à avoir de sentiments, un juge n’a pas à être désolé. D’où le sentiment de malaise qui s’élève quand tant ceux qu’on appelle désormais les acquittés que les parlementaires membres de la commission réclament des « excuses », quand les journaux le vilipendent parce qu’il a tout juste murmuré un « c’est triste », quand on apprend qu’il a reçu des lettres de menace, dont une avec des balles réelles dans l’enveloppe, « pour son suicide », précise une note jointe.

L’émotion fausse le débat

Enfin, ce n’est pas à l’opinion publique de se prononcer. Pour une raison simple : l’opinion publique raisonne en termes émotionnels, pas légaux, le plus souvent par méconnaissance des textes, et, il faut bien l’avouer, parce que l’émotion est devenue un critère de jugement de valeur totalement banal en France, comme ailleurs. (On peut juger de sa fiabilité en se souvenant de l’opprobre public qui s’était abattue sur tous les accusés en 2000, ou encore en se remémorant l’affaire de la fausse agression du Rer D.)

Mais peut-on vraiment blâmer l’opinion publique de ce travers, alors que la loi même en souffre ? Le cœur du problème d’Outreau, ce n’est pas l’âge du magistrat, même s’il est sûr qu’après 15 ans de turpitudes et de noirceurs humaines diverses, un dossier, même aussi extrême, choque moins. A la base d’Outreau, on trouve deux choses. La première, c’est la tendance de l’émotion à rentrer de plus en plus dans la loi, à être inscrite dans les textes mêmes, ce qui oblige le plus souvent à un travail de décorticage sémantique long et parfois discuté (ce qui se produit quand, par exemple, un jugement en appel casse le jugement précédent). Ce n’est pas une mauvaise chose : cela a permis entre autre l’apparition des concepts de circonstances aggravantes et de circonstances atténuantes, et l’évolution vers une justice qui ne serait pas tant égalitaire qu’équitable.

La deuxième, c’est « l’intime conviction ». Quand les preuves formelles manquent, c’est par cet outil que le juge est tenu de prendre ses décisions. C’est ce qui s’est passé lors de l’instruction du dossier. Conviction que certains sont crédibles et pas d’autres, conviction que chacune des personnes impliquées dans la lourde machine d’une instruction judiciaire a fait son travail. Or, une conviction, ce n’est pas vraiment la même chose qu’une certitude... La justice, qui se veut impartiale, reste malgré tout une affaire humaine, aux multiples maillons. C’est ce qui rend l’affaire d’Outreau si délicate dans les esprits de chacun : devoir faire abstraction d’une émotion, d’une indignation légitime concernant l’affaire et les injustices qui ont suivi, pour pouvoir mieux analyser celles qui ont longtemps nourri l’instruction.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 19 février 2006 7 19 /02 /2006 02:12

(JPG) de Rebecca Miller
2003, Etats-Unis
Avec Daniel Day-Lewis, Camilla Belle, Catherine Keener
Sorti le 15 février, durée 1h52


Une île, au large de la côte Est des Etats-Unis. Elle pourrait presque être déserte, si ce n’est pour la présence de Jack (Daniel Day Lewis, d’une présence rare), et de Rose (Camilla Belle), sa fille. Ils sont les seuls rescapés de la communauté hippie que cet ancien ingénieur en énergies de substitution avait fondé en 1960. Il y a une ville, atteignable en bateau, qui apparaîtra à de rares occasions, collection de maisons préfabriquées, pâles copies de demeures coloniales, comme un symbole de ce que le père a rejeté : mercantilisme, mépris de la nature.

Une ville qui essaie de mettre le pied sur l’île, sous la forme d’un lotissement en construction auquel Jack s’oppose de toutes ses forces, avec la participation complice de sa fille. La mère de Rose est partie quand elle avait cinq ans. Maintenant, elle en a 16, et Jack souffre d’une maladie cardiaque. Il va mourir, le sait, et réalise que sa fille, qui lui confie son intention de mourir en même temps que lui, est comme prisonnière d’une relation trop exclusive.


(JPG)
Daniel Day-Lewis et Camilla Belle © TFM Distribution

The ballad of Jack & Rose est une histoire de renoncements et d’adieux. À son père, et à tout ce qui a été sa vie pour Rose ; à la vie, à sa fille, et presque à ses croyances pour Jack. C’est au prix d’une douloureuse hésitation que ce dernier va finir par demander à sa maîtresse (Catherine Keener) de venir vivre avec lui, avec ses deux garçons, adolescents typiques, chacun dans son style : l’un obsédé, l’autre sensible. Cohabitation qui va provoquer un électrochoc dans le couple père-fille.

Rose se fait couper les cheveux, se transformant en Lolita, comme pour se venger de la trahison de Jack, alors que ce dernier se retrouve à supporter une existence qui ne lui plaît pas, et à lutter contre un promoteur immobilier qui s’avèrera n’être qu’un être humain. Un humour discret sous-tend toutes les scènes, par la grâce de personnage très réussis dans leurs contradictions, leurs élans, et d’acteurs qui jouent juste. La réalisation de Rebecca Miller (la fille d’Arthur) cerne les visages, capte les expressions avec talent, mais souffre d’un manque de rythme qui pénalise le récit. Heureusement, une excellente bande originale compense le seul vrai défaut de ce qui est, en fait, une bonne comédie douce-amère sur un sujet peu évident à traiter.


(JPG) Rebecca Miller avait tourné plusieurs films auparavant, et joué dans un bon nombre d’autres. Parmi ses réalisations, vous pouvez vous intéresser à Personal Velocity : Three Portraits a remporté le Grand Prix du jury lors du Festival de Sundance de 2002. Sinon, il faut bien dire que les écrans étaient chargés cette semaine, entre Le Nouveau Monde et Walk the Line, que je vous conseille tous les deux. Enfin, pour ceux qui sont allés voir Ils ne mourraient pas tous... et que cela a intéressé, penchez-vous sur Sauf le respect que je vous dois, thriller d’entreprise où Olivier Gourmet est époustouflant.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 13 février 2006 1 13 /02 /2006 19:08

(JPG) de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil
2005, France
Documentaire
Sortie le 8 février, durée 1h20


Le titre, c’est une citation des Animaux malades de la peste, de Jean de la Fontaine. Ici aussi, il est question d’êtres rongés par un mal inavouable, et où personne à proprement parler ne porte de responsabilité. Mais le parallèle s’arrête là. La maladie elle même ne porte pas de nom. Ils ne mourraient pas tous... permet d’en dessiner les contours : ce mal-être qui naît de conditions de travail de moins en moins humaines. Mal que l’on garde pour soi, parce qu’on a honte de ne pas résister, parce que la famille ne comprend pas toujours, et duquel on souffre, jusqu’à la rupture.

Quatre entretiens, un débat pour conclure. Les réalisateurs voulaient prolonger le travail de Christophe Dejours, auteur de Souffrance en France (éditions du Seuil, 2000). Ils ont fini par entendre parler de consultations spécialisées en région parisienne. Pendant les entretiens, ce qui frappe, c’est le ton de la voix, calme, les regards, entre soulagement, peur, et fatigue. Une ouvrière sur une chaîne de montage, entre augmentation des cadences, réduction du personnel et menaces de licenciement ; un directeur d’agence confronté à des objectifs inatteignables, qui ne veut pas les répercuter sur son personnel ; une aide soignante malmenée par sa chef, et une gérante de magasin, rétrogradée après vingt ans de service. Quatre récits boulerversants, sans voyeurisme.


(JPG)
Un des bureaux, simple, où les rencontres se déroulent © Bodega Films

Le débat final réunit les trois praticiens du documentaire et Christophe Dejours. Il permet au spectateur d’avoir des points de repère, des pistes pour comprendre cette souffrance et la replacer dans son contexte : les nouvelles pratiques managériales. Le film explore ainsi les maux psychiques liés aux mutations du monde du travail. Il a fallu des mois de repérage pour que Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil puissent poser leurs caméras dans ces bureaux simples, froids même, et pourtant lieux d’écoute et de soutien. La sobriété de la réalisation répond à celle du cadre et des hommes. Les quatre entretiens sont filmés presque sans coupure, en longs plans fixes. Pas d’effets de manche : l’essentiel, ici, ce sont les mots.

Pas de militantisme indû non plus, dans ces témoignages d’autant plus bouleversants qu’ils émanent de personnes investies dans leurs emplois. Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés n’est pas un réquisitoire contre le travail. C’est un état des lieux, alarmant, sur le type d’homme que fabrique la société par l’entremise de ce qui reste l’occupation première de chacun. À voir, ne serait-ce que pour récompenser l’espoir de ceux qui se sont confiés : faciliter, voire permettre une prise de conscience collective.


(JPG) Je vous conseille de lire l’ouvrage à l’origine de ce documentaire, Souffrance en France. Par ailleurs, une réédition et une nouveauté DVD ont (entre autres !) retenu mon attention ces dernières semaines : l’indispensable (pour ceux qui ont aimé le livre) Charlie et la chocolaterie, et, nettement moins connu, Keoma, western italien atypique, qui ressort dans une version à prix allégé.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 13 février 2006 1 13 /02 /2006 11:30

En Europe, la liberté de la presse est un principe inscrit dans les constitutions. Autrement dit, dans la loi. C’est cette dernière qui définit des bornes, selon le principe qui veut que la liberté de l’un ne doit pas gêner celle de l’autre ; c’est sur elle que doit se baser toute décision sur la publication d’une opinion exprimée dans un journal. Car la liberté d’expression a des limites.

Le système de loi occidental, qui est la base du corpus onusien, est basé sur deux idées depuis le siècle des Lumières. La première : se référer à des principes, dits humanistes, issus de la philosophie. La deuxième, prendre en compte l’Histoire, ses précédents et erreurs au vu de ces mêmes principes. Tout est du domaine séculier, tout a rapport aux personnes. Le délit de blasphème n’existe plus en Europe ; la publication des caricatures est donc parfaitement légale. La loi, quand elle condamne l’antisémitisme, ne défend pas de s’attaquer à la religion juive. Elle condamne l’incitation à la haine envers une communauté de personnes. Ce qui rend le sujet particulièrement épineux et donne lieu à un épluchage sémantique systématique, c’est que dans l’esprit d’une bonne partie des Juifs, la distinction entre leur religion et leur communauté n’existe pas -  c’est tout de même ce qui est à la base de la création de l’Etat d’Israël…

Or – profitons-en pour préciser ce point, et couper court aux accusations de « incitation à la haine raciale » - ce n’est pas le cas de l’islam et des arabes : il n’y a pas d’équivalence entre les termes, loin de là. Par contre, dans la majorité des pays dits musulmans, donc, la loi – au sens constitutionnel du terme – c’est le Coran. Pour être plus précis, c’est le texte du Coran, non une interprétation, qui constitue la loi. Or il établit clairement la non-représentabilité du prophète. Publier les caricatures dans un journal sous ce genre de régime constitue donc de fait un délit.

 

Mais ces caricatures, aux qualités graphiques plus que contestables, n’ont pas été publiées dans des pays musulmans. Et quand cela a été fait, les sanctions ont été immédiates. Mais la législation iranienne, par exemple, n’a pas cours au Danemark, et inversement. Le contenu d’un journal danois ne regarde que le gouvernement danois. Les seuls « interdits » que la presse se doit de respecter sont ceux de son pays, et ceux reconnus par la communauté internationale, en l’occurrence l’ONU, dans la mesure où le pays en question est membre. Rien d’autre. Cette situation était tenable encore lorsque les journaux circulaient dans un nombre somme toute restreint de pays. Le problème aujourd’hui vient du fait que l’information est mondiale (vive internet). Pas la législation : trop d’intérêts divergents, trop de différences pour pouvoir se rassembler autour de plus que quelques principes précieux certes mais d’application sémantique délicate. D’où le hiatus actuel.

 

 

L’idée serait donc d’harmoniser la législation internationale sur ces questions. Reste à savoir si l’on peut même envisager un terrain d’entente, d’une part, et qui serait habilité pour traiter de tels sujets, qui serait légitime pour proposer un texte législatif, d’autre part. Car immanquablement se pose la question : quel système, entre théocratique et laïque, va « s’imposer » à l’autre, être « meilleur » que l’autre ? Quel sens même a le mot « meilleur » dans la phrase précédente ? Des interrogations qui sont loin d’être triviales.

Se base-t-on sur la ‘quantité de liberté’ ? Difficile à définir, difficile à mesurer. Certaines choses sont indiscutables : une femme en Europe est plus respectée que dans certain pays musulmans (et encore, demandez à Amnesty son rapport sur les femmes battues en France…).

La seule chose que l’on puisse affirmer avec certitude, c’est qu’il y a un endroit où le débat est plus facile qu’ailleurs. Les lois européennes ne sont, somme toute, que des « vérités humaines éphémères ». Leur avoir enlevé tout caractère sacré a permis une souplesse du système, qui a un but unique : organiser une vie sociale harmonieuse. Or toute loi divine a un but supplémentaire : guider l’homme jusqu’à une certaine idée de la perfection. Et la perfection, ça ne s’altère pas… Délicat dans ce cas-là de discuter de la révision d’une loi.

Deuxième interrogation, qui sont donc les personnes habilitées à discuter de tels sujets ? Qui peut aussi impartialement que possible débattre de ce genre de choses ? Ni les politiques, ni les religieux, tous deux partie prenante du débat. M. Tout-le-monde ? A-t-il le recul nécessaire ? Ce qui rend le débat si épineux et si contradictoire, c’est le mélange du politique et du religieux, en fait le mélange entre deux ‘droits’ : le droit au respect de ses croyances, et le droit au respect de ses idées. Tout le problème tient à la très fine distinction qui sépare les deux, le plus souvent totalement confondus. Non, les seuls qui soient armés de par leur nature à ce genre de discussion, ce sont… les philosophes, et les intellectuels. Par contre, le défaut du procédé tient à la longueur des débats… Mais regardons la France : il a fallu près de 6 siècles de luttes de pouvoir pour séparer l’Eglise et l’Etat. Il ne faut pas s’attendre à ce que, dans le cas actuel, la solution arrive en trois semaines. Ce qu’il faut espérer, c’est que pendant la durée de la réflexion, la frénésie se calmera.

 

 

Pour aller plus loin, on peut s’interroger encore sur les points suivants :

 

 

Une affaire récente (le Daily Telegraph attaque le Times) a dévoilé la possibilité de poursuivre en France un journal non français mais distribué sur le sol national selon le droit français. Le même genre de possibilité existe-t-il ailleurs ?

Deuxième piste, plus générale mais tout autant d’actualité : la morale est rentrée dans la loi, et cela rend les choses plutôt confuses. Un mot suffira à illustrer cette remarque : Outreau…

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 7 février 2006 2 07 /02 /2006 01:50

(JPG) de Byambasuren Davaa
2005, Mongolie, Allemagne
Avec Urjindorj Batchuluun, Daramdadi Batchuluun, Nansa Batchuluun
Sorti le 1er février, durée 1h33


D’abord, la musique, violon doux et prenant. Et le vent, déjà, souffle. Dès le générique du Chien jaune de Mongolie, l’agitation ressentie pendant les publicités et les trois bandes-annonce obligatoires s’efface pour ne plus demeurer qu’un souvenir (et pourtant, la programmation ne s’y prédisposait pas vraiment : Pirate des Caraïbes 2, OSS 117, et Incontrôlable). Deux silhouettes apparaissent en contre-jour, sur le sommet d’une colline ; ils enterrent un chien. Tatoué, c'est son nom, Nansa l’a trouvé, un jour que sa mère l’avait envoyée chercher des bouses séchées - parfait combustible, et parfois accessoire de jeux pour elle, sa petite sœur et son petit frère.

Ses parents sont des nomades, vivant de la vente de peaux de moutons, de la fabrication de fromage. Ils habitent seuls dans leurs yourte, en pleine steppe ; possèdent une moto, avec laquelle le père se rend en ville - aussi souvent que nécessaire, c’est-à-dire aussi peu que possible. Il ne voit pas d’un bon œil la présence du chien : il pourrait attirer les loups, qui ont déjà assailli le troupeau. Nansa, elle, veut le garder. Après du déménagement de la yourte - une des plus belle scène du film - Tatoué gagnera le respect du père en sauvant le petit frère des vautours.

(JPG)
Nansa et son univers : la steppe © ARP Sélection

Film à la lisière du documentaire, Le Chien jaune... n’impose pas son rythme lent, mais laisse le spectateur se couler doucement dans une vie totalement étrangère, dominée par une steppe qui semble infinie. Byambasuren Davaa a mis longtemps avant de se faire accepter par la famille qu’elle filme. Mais sa réalisation, intime et pourtant non intrusive, calme, en est l’heureux résultat. Certaines scènes liées à la fiction à proprement parler souffrent parfois du fait que les acteurs sont amateurs. Mais le reste du film n’en prend que plus de saveur.

Impossible de ne pas être pris par une certaine magie, où chaque instant se savoure, du petit frère qui grimpe sur la machine à coudre, singeant son père sur sa moto, à la découpe des pains de fromage à la ficelle. Impossible de ne pas être fasciné par ces espaces, cette mer d’herbe au relief parsemé que Nansa parcourt à cheval, où chaque rencontre est rare. L’apparition d’une voiture débitant une incitation à aller voter, alors que la famille réunie mène son convoi, au milieu de nulle part, est délicieuse d’incongruité. Les films vraiment dépaysants, qui pendant un court temps vous font ressentir un ailleurs, sont rares. Le Chien Jaune de Mongolie est de ceux-là, bref moment de poésie avant de revenir dans sa vie, dans une ville qui paraît tout d’un coup bien étriquée.


(JPG) Byambasuren Davaa a coréalisé un autre film, tout aussi recommandable, sorti en DVD, l’Histoire du Chameau qui pleure. Situé lui aussi en Mongolie, il est centré autour d’un rituel qui veut, lorsqu’une mère chamelle se désintéresse de son enfant, qu’on lui joue de la musique pour l’émouvoir.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /2006 23:41

La Mongolie sur la voie d’une "Révolution Orange"


Une crise politique secoue la Mongolie depuis le début du mois de janvier. Le Parti Révolutionnaire du Peuple Mongol (PRPM), héritier de l’ancien Parti Communiste Mongol, s’est emparé du pouvoir par une manoeuvre politique. Le pays est habitué à l’instabilité, mais cette fois, la population a été secouée comme jamais auparavant. Les manifestations devant le Parlement, à Oulan Bator, s’enchaînent, et tout porte à croire qu’elles s’intensifieront au printemps. Après les Géorgiens, après les Ukrainiens, les Mongols semblent décidés à faire entendre leurs voix.

 

Malgré le froid et la glace, ils persistent, viennent se réunir et défiler devant le Parlement. Les Mongols hurlent et chantent leur indignation devant ce qu’ils appellent un coup de force, appellent à la démission du président de la République, Nambaryn Enkhbayar. Le 25 janvier 2006, l’ancien maire d’Oulan Bator et membre du PRPM Mieagombo Enkhbold a été nommé Premier Ministre par le Parlement. Scellant ainsi la victoire du Parti Révolutionnaire du Peuple Mongol. De fait , l’héritier direct du parti communiste qui dirigea le pays entre 1924 et 1990 occupe désormais tous les sièges du pouvoir : le Président Enkhbayar, élu en mai 2005, était le candidat du PRPM.


 
(JPG)
source : Wikipédia
 

Déroulé d’une manipulation politique

 

Tout a commencé mercredi 11 janvier. Dix ministres, parmi les 18 qui compose l’intégralité de la Coalition Démocratique, gouvernement mené par le libéral Elbegdorj, démissionnent. La paralysant de fait. Motifs invoqués : ralentissement de la croissance, hausse de l’inflation, lutte inefficace contre la corruption. Cela a abouti à la destitution du gouvernement, le vendredi 13 janvier, tard dans la nuit, par 39 voix contre 37 (la salle était comble). Le PRPM en détient 38 à lui seul. Précision : tous les ministres démissionaires appartiennent au PRPM. Pendant le week-end, le Premier Ministre Elbegdorj démissionne. Aussitôt, le PRPM annonce sa volonté de reformer un gouvernement d’union nationale, centrée autour d’un Premier Ministre... issu du parti. Et commence les tractations avec des petits partis pour récolter ce siège qui lui manque pour avoir la majorité au Parlement. La nomination de Enkhbold le 25 janvier en est le fruit.

 

De la violence à la persévérance

 

Le lendemain de la démission des dix ministres, des centaines de Mongols prennent d’assaut le bâtiment du PRPM à Oulan Bator. Résultat : des portes et des fenêtres brisées, et quelques squatteurs, qui posent un ultimatum au parti - qui au final ne sera pas respecté. Le vendredi, ils sont encore des centaines, alors qu’il fait -21°C, à défiler devant le Parlement. Les accrochages avec les nombreuses forces de l’ordre ne sont pas rares, ce jour-là. Ils le sont devenus. Régulièrement, les Mongols viennent brandir leurs pancartes devant des policiers en rang d’oignon. Réclament la démission du président de la République Enkhbayar. Réclament même de nouvelles élections. Pourtant ce n’est pas un peuple réputé pour sa pugnacité politique. La démocratie mongole fonctionne, certes, mais l’empreinte de 70 ans de communisme ne s’efface pas si aisément.

 

Le réveil du peuple du Khan ?

 
 Repères

Superficie : 1 565 500 km²
Population (2005) : 2,6 millions d’habitants
Densité (2005) : 1,7 habitant/km²
PIB par habitant (2004) : 600 $US
Chiffres : institut statistiques du Québec. Voir le pdf complet

Histoire politique récente de la Mongolie
1990 : le parti communiste relâche son contrôle sur le gouvernement.
1992 : la République Populaire de Mongolie est remplacée par un État hybride, entre système parlementaire et système présidentiel, la République de Mongolie.
1996 - 2000 : le principal parti d’opposition au PRPM, le Parti démocratique est au pouvoir entre 1996 et 2000. En quatre ans, il y aura quatre gouvernements.
2000 : victoire du PRPM avec une écrasante majorité.
2004 : le PRPM et l’opposition obtiennent un nombre égal de sièges. Elaboration d’un programme commun, formation d’un gouvernement d’union nationale, la Coalition Démocratique.
2005 : élection de l’ancien Premier ministre Nambaryn Enkhbayar, à la présidence de la République.

Pour aller plus loin, consultez la page de Wikipédia.


Le pays est une démocratie depuis 1990, prône à l’instabilité et au fonctionnement parfois erratique : les élections de 2004 se sont déroulées sous des accusations réciproques de fraudes de la part d’à-peu-près tous les partis. La pauvreté et la corruption sont endémiques. Le PRPM a déjà eu sa chance au pouvoir, entre 2000 et 2004. Il ne s’est pas fait remarquer par l’éclat de son action politique. Le parti a laissé le pays dans l’ombre de ses encombrants voisins, la Russie et la Chine. La Coalition Démocratique, élue en 2004, avait tenté de sortir de ce rôle de tampon, en s’ouvrant au libéralisme et aux Etats-Unis. L’Irak même compte sur son sable un petit contingent de Mongols. Autant d’initiatives qui ne pouvaient que déplaire au PRPM. 

Le schéma est familier : c’est à quelques détails près la même situation que celle de l’Ukraine en novembre 2004, à la veille de la Révolution Orange. On sait comment celle-là s’est finie. Les Mongols seraient-ils inspirés par l’exemple de leur anciens camarades ? Certains parlementaires le murmuraient déjà le 13 janvier, lors de la destitution de la coalition. Et l’idée trotte dans la tête de certains chefs de partis, comme l’Union Démocratique Mongole, qui a déjà organisé plusieurs manifestations. Pour l’instant les températures empêchent de prendre la mesure de l’ampleur réelle du mouvement. Mais il y a fort à parier que les quelques centaines de manifestants réguliers ne sont que la pointe de l’iceberg.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Rubriques

Press Book

Vous pouvez le télécharger sous forme de pdf (800 Ko en moyenne)

L'Echo - le Régional
Articles  Dossier transports

France Soir
Partie  1  2  Enquête Rer D

La Vie Financière
Partie  1  2

La Croix
articles
 
La Vie Immobilière
En construction
Contact - C.G.U. - Signaler un abus