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Cinéma

Lundi 12 décembre 2005 1 12 /12 /Déc /2005 23:54
d’Ira Sachs
2005, Etats-Unis
Avec Rip Torn, Dina Korzun, Darren E. Burrows
Sorti le 7 décembre, durée 1h 47min


Memphis, Tenesse. Alan (Rip Torn), producteur de légende irascible - un des rares blancs à avoir produit de la soul dans les années 60 - forme un couple lâche avec Laura (Dina Korzun), beaucoup plus jeune et débarquée depuis peu de sa Russie natale. La passion est éteinte : Alan mène une vie débridée, et Laura passe l’essentiel de son temps à s’occuper de leur jeune fils. Michael (Darren E. Burrows), issu d’un mariage précédent d’Alan, vient leur rendre une visite qui va ébranler la solitude de la jeune femme.

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Dina Korzun © Ad Vitam Distribution

« I’ve been 40 shades of blue/I’ve seen 40 days go by (...) Where I am I cannot say/(...) You pretend you did not know me/But your love is just a lie » (« J’ai été 40 teintes de bleu/J’ai vu passer 40 jours/(...) Où je suis je ne saurais dire/(...) Tu prétends que tu ne me connaissais pas/Mais ton amour n’est qu’un mensonge ») Cette chanson, interprétée a capella, titre le film et en résume son essence : le blues et le spleen de la solitude dans la multitude. Comme perdue dans une ville entr-aperçue, Laura, femme ignorée alors qu’elle est loin d’être une potiche, erre dans les magasins, les soirées, silhouette gracile qui irradie la mélancolie. Dina Korzun, son interprète, la joue tout en retenue, mais avec une intensité qui traverse le film - comme Rip Torn et Darren Burrow, tous les deux remarquables. Ce trio d’acteur subliment des personnages et un film qui n’est pas sans quelques longueurs.

Des longueurs qui permettent en fait à Ira Sachs de poser son arrière-plan, son Memphis, par des détails et des touches parfois comiques, et surtout de s’imprégner de la musique, excellente, qui n’est pas pour rien dans le ton si particulier du film. Le tout fait ressortir la profonde humanité des personnages, en proie aux doutes, à l’irrésolution, en un sens stéréotypés (le producteur, sa femme jeune, le fils professeur dénué d’ambition) mais malgré tout ouverts. Michael va être le déclencheur d’une prise de conscience aussi bien chez lui et son père que chez Laura, en un enchaînement d’évenements qui ne laissera personne indemne - mais qui renverra, au final, une fois de plus, chacun à sa solitude.


(JPG)Pour l’occasion, je vais vous conseiller de la musique : d’abord celle du compositeur des morceaux originaux, Dickon Hinchliffe, membre du groupe Tindersticks, et puis un bluesman, dont les chansons rythment le film : Bert Russel Bern. Ou bien, tant qu'à faire, achetez la bande originale du film

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Lundi 5 décembre 2005 1 05 /12 /Déc /2005 14:39

(JPG) de Tsai Ming-liang
Titre original : Tian Bian Yi Duo Yun - Un nuage au bord du ciel
2004, France, Taïwan
Avec Lee Kang-sheng, Chen Shiang-chyi, Lu Yi-Ching
Sorti le 30 Novembre 2005, durée 1h 55min
Interdit aux moins de 16 ans

La sécheresse sévit sur Taïwan. Comme palliatif, les autorités recommandent la consommation de la pastèque. Shiang-Chyi (Chen Shinag-chyi) et Hsiao-Kang (Lee Kang-sheng) s’étaient rencontrés par hasard, dans un autre film de Tsai Ming-Liang (« Et là-bas, quelle heure est-il ? » en 2001). La jeune femme avait quitté Taipei. A son retour, elle ne parvient pas à retrouver Hsiao-Kang. Pourtant, un peu plus tard et à nouveau par hasard, elle tombe sur lui. Mais le jeune homme ne vend plus de montres : il tourne dans des films pornos.

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Chen Shiang-chyi © Pan Européenne Edition

Ca commence par un plan long, fixe, d’un sous-sol peu accueillant, où se croisent deux femmes : Shiang-Chyi, et une infirmière, qui porte dans ses bras une pastèque. Son usage est révélé quelques minutes plus tard, alors que le légume, coupé en deux, trône entre ses cuisses ouvertes, et qu’un jeune homme (Hsiao-Kang) s’en approche lentement et commence à lui donner des coups de langue. Pendant ce temps, Shiang-Chyi, avachie devant la télé, regarde les infos d’un œil absent - infos centrées uniquement sur la pastèque, sa gloire, son utilisation comme déclaration d’amour...

(JPG)
La pastèque est partout ! © Pan Européenne Edition

Tout est dans ce début, en germe. A mi-chemin entre comédie musicale et érotique, La Saveur de la Pastèque est un ovni cinématographique - dans le bon sens du terme. Peu de dialogue : les personnages s’expriment, chacun leur tour, par une chanson, accompagné d’une mise en scène kitsch du meilleur effet. L’humour est en permanence en arrière-plan, dans le jeu des acteurs, dans les situations, pour mieux surgir au-devant de la scène en un geste irrévérencieux. La mise en scène, poétique, presque mélancolique, renforce la personnalité d’un film merveilleusement construit, dans son tempo comme dans ses situations ; tous les rires y passent, du franc au gêné en passant par le fou (mention spéciale à la scène finale, qui les réunit tous). Irrévérencieux, rafraîchissant, émouvant, La Saveur de la Pastèque est un moment de cinéma rare, où l’on plonge dans l’univers un peu branque d’un cinéaste à part.


(JPG) Du même réalisateur, je ne peux vous conseiller qu’un film qui soit sorti en DVD : The Hole. On y retrouve la patte inimitable du cinéaste, ses chansons, ses silences, et cet humour poétique omniprésent qui fait tout son charme...

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 27 novembre 2005 7 27 /11 /Nov /2005 19:15

(JPG) de Bent Hamer
2005, Allemagne, Norvège, Etats-Unis
Avec Matt Dillon, Lili Taylor, Marisa Tomei
Sorti le 23 novembre, durée 1h38



« Factotum (subs. masculin) : employé subalterne, sans fonction précise, qui assume des charges multiples et variées. » Le factotum, en l’occurrence, c’est Henry (Hank) Chinaski - joué par Matt Dillon - double plus ou moins autobiographique de l’écrivain américain Charles Bukowski. Il dérive de job en petit boulot, avec pour seules préoccupations boire, baiser, aller aux courses. Et écrire, comme une furie, ses mots à lui. « Pas encore prêt pour un roman », il gratte quatre nouvelles par semaine, au crayon, sur des blocs jaunes, qu’il expédie à un éditeur sans vraiment espérer de retour. Les scènes d’écriture, toujours difficiles à rendre au cinéma, sont ici réussies, grâce à une mise en scène et des décors dépouillés qui placent Matt Dillon en pivot de son monde.

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Marisa Tomei, Matt Dillon © ID distribution

Ballade éthylique, enchaînement de tranches de vies où Chinaski est le lien. Bent Hammer, le réalisateur, est norvégien, et ça se sent dans l’humour à froid qui imprègne le film. Hank butte contre des valeurs qui ne sont pas les siennes, et les traverse avec l’arrogance de l’homme qui sait son destin. Ivre de bière, de sexe, peu importe. Tout n’est que foutaises à côté des mots. Alors Chinaski vit, en s’en foutant, ses péripéties amoureuses, ses jobs ridicules, ses renvois à répétition, va réclamer haut et fort son salaire pour une journée passée d’abord à nettoyer les narines d’une statue pompeuse et à boire ensuite (la cause du renvoi).

Sa dignité est ailleurs. Matt Dillon, étonnant dans un rôle qui ne semblait absolument pas fait pour lui, arrive à faire sentir ce détachement, cette liberté. Sa voix, travaillée, donne de l’épaisseur aux interventions en voix off, citations de ses écrits qui parsèment le film. Bent Hammer n’a pas cherché à dissocier l’homme de l’œuvre, bien au contraire. L’un et l’autre s’éclairent mutuellement, cernant cette détermination folle qui lui permet sa liberté et son inspiration.



(JPG) Deux conseils de DVD, en relation avec ce film. Le premier, Cadrage, un documentaire sur Bukowski. Le second, Barfly (en zone 1), film dont Charles Bukowski est le scénariste. Ou, si vous préférez lire, eh bien, tant qu’à faire, achetez Factotum, réédité pour l’occasion.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 20 novembre 2005 7 20 /11 /Nov /2005 11:16

(JPG) de Steve Buscemi
2005, Etats-Unis
Avec Casey Affleck, Liv Tyler, Mary Kay Place
Sorti le 16 novembre, durée 1h31


Aspirant écrivain las de sa vie de promeneur de chiens à New York, Jim (Casey Affleck), 27 ans, regagne au bout du rouleau l’Indiana rural où il est né. Il y retrouve les raisons de son départ : mère étouffante, père absent, oncle immature...
Lorsque son frère dépressif est victime d’un "accident" de voiture, Jim prend sa place à l’usine de ses parents et accepte de s’occuper de l’équipe de basket-ball, où jouent ses deux nièces. Sa rencontre avec Anika, infirmière (Liv Tyler) et son jeune fils trouble son marasme...


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Casey Affleck, parfait en grand mou... © MK2 Distribution

Sans en avoir l’air, Lonesome Jim est irrésistiblement drôle. Sorte de Woody Allen sous Xanax, Jim traîne, apathique, sa déprime, en constant décalage avec tout ce qui l’entoure. Casey Affleck campe parfaitement ce grand mou (il faut le voir en coach de basket pour le croire), qui passe son temps à faire des ‘hmmmmm’ avant de parler, marche les épaules basses et collectionnait des photos d’écrivains réalistes (et dépressifs) sur le mur de sa chambre d’enfant. Son timbre de voix, peu assuré, convient parfaitement au personnage, et donne à ses répliques une fragilité attachante - même si elles sont pour la plupart dévastatrices, au sens propre du terme.


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Jack Rovello (au milieu) joue Ben, fils compréhensif d’Anika © MK2 Distribution

Car Lonesome Jim n’est pas un film tendre. Personnage central pas vraiment charismatique, famille à se tirer une balle (même les enfants sont pathétiques en sport), environnement accablant - une ville du Middle West, grise, vide, où tous les bars ont le même nom - à un numéro près... Mais Steve Buscemi joue du décalage comme personne, dans sa mise en scène comme dans ses personnages, alternant mélancolie et burlesque, le tout bercé par des slides de guitare et des sanglots d’harmonica. Les dialogues, parfois cruels mais ciselés à la perfection, finissent de transformer le tout en une comédie douce-amère, éclairée par une Liv Tyler irrésistible en infirmière au cœur d’artichaut. Vraiment, à ne rater sous aucun prétexte...


(JPG) Je profite de la présence de Casey Affleck dans ce film pour vous conseiller la vision d’un film assez particulier de Gus Van Sant : Gerry. Particulier, vous allez voir pourquoi : l’histoire, est celle de deux hommes qui se perdent dans le désert, et tentent de retrouver leur chemin. Rien d’autre, et il n’y a presque pas de dialogues. Mais si jamais vous avez aimé Elephant, du même réalisateur, foncez dessus

En bonus (la semaine était chargée), je conseillerais aussi Lady Vengeance, de Park Chang-wook, le réalisateur de Old Boy, et (avec un peu plus de prudence) Three Times, de Hou Hsiao Hsien, réalisateur de Millenium Mambo. Le premier est un bon thriller, axée sur le thème de la vengeance - la deuxième partie est de ce point de vue exceptionnelle. Le second est un film sur l’amour beau, suspendu - mais long, et il faut aimer la sensibilité du cinéaste.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 13 novembre 2005 7 13 /11 /Nov /2005 14:44

(JPG) de Yoji Yamada
Titre original : Kakushi ken - oni no tsume (La Lame cachée - la Griffe du démon)
2004, Japon
Avec Masatoshi Nagase, Takako Matsu, Hidetaka Yoshioka

1860. Les débuts de la Restauration de l’empereur Meiji. Un samouraï de basse caste, Munezo Katagiri (Masatoshi Nagase), apprend que l’ancienne servante de sa famille, Kie (Takako Matsu) est maltraitée par la famille de son mari. Scandalisé, il vient à son secours et la ramène chez lui. Alors qu’une romance naît entre Katagiri et Kie, les supérieurs du clan auquel appartient le samouraï lui ordonnent de tuer un de ses anciens compagnons, responsable d’un complot.

Avant d’être un film d’action - après tout, il n’y a que deux scènes de combats, magnifiques au demeurant - La Servante et le Samouraï est une peinture du Japon à un moment bien particulier de son histoire. L’ère Meiji marque le début de l’ouverture à l’Occident pour un pays renfermé sur lui-même depuis des siècles. Le choc des cultures a été profond, et les traditions nippones ont été sévèrement mises à mal - par les Japonais eux-mêmes. Le réalisateur prend ces évenements par le petit bout de la lorgnette, situant l’action en province, et adoptant un ton aigre-doux. Le film comporte un certain nombre de scènes, toutes hilarantes, où les samouraïs du clan apprennent à manier les armes à feu occidentales - et à marcher au pas...

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Masatoshi Nagase, Takako Matsu © CTV International

Yoji Yamada, tout en conservant le style et les éléments d’intrigues d’un chambara (film de sabre japonais) classique, conte l’histoire d’un amour impossible entre deux personnes séparées par un système de classes étouffant. Les acteurs sont plus que convaincants, remplissant à la perfections des personnages très bien écrits et équilibrés, ce qui donne au film un supplément d’âme bienvenu. Le spectateur adhère d’autant plus au propos que le héros n’en est pas un. Le réalisateur l’avoue lui-même : si Katagiri vivait aujourd’hui, ce serait un salary man. Il avoue un moment n’avoir jamais tué personne et être autant terrifié à l’idée de le faire qu’à l’idée de mourir. On est loin des samouraïs fanatiques que le grand écran nous présente régulièrement. La saveur de La Servante et le Samouraï tient à tous ces petits décalages.

Tout l’art du Yoji Yamada (qui, signalons-le, a 74 ans et près de 77 films derrière lui) consiste à mélanger tout ces éléments et à livrer un film cohérent, au rythme impeccable, qui alterne scènes comiques et scènes plus intimes en gardant l’intérêt du spectateur toujours éveillé. Un vrai moment de bonheur.

(JPG) Pour prolonger l’expérience, et si les sous-titres anglais ne vous font pas peur, Yoji Yamada a réalisé en 2003 un autre chambara, lui aussi un peu atypique et très réussi : The Twilight Samuraï, sorti en DVD en angleterre. Vente en ligne

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Lundi 7 novembre 2005 1 07 /11 /Nov /2005 14:49

(JPG) De Hong Sang-Soo
Titre original : Keuk jang jeon
2005, Corée du Sud
Avec Uhm Jiwon, Lee Kiwoo, Kim Sang-kyung
Sorti le 2 novembre

Bouffée d’air frais, jeu de miroirs, réflexions sur le cinéma... Ce Conte est une perle, mais elle n’est pas si aisée d’accès. Le cinéma de Hong Sang-Soo requiert du spectateur plus que son regard ; ses scénarii sont des espaces ouverts, demandant à chacun devant l’écran de combler les vides, de se faire son interprétation des choses. Avec son spleen inimitable, il décrit ses personnages par touches impressionnistes, des scènes presque banales parsemée d’un humour à froid, filmée de manière très proche, où parfois la caméra se laisse aller à agir comme un personnage indépendant. Invité, accompagné par sa main invisible, le spectateur se bâtit petit à petit son idée des personnages, des évenements.

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Tongsu (Kim Sang-kyung) © MK2 Distribution

Sangwon (Lee Kiwo), étudiant, qui retrouve un ancien amour de lycée. Leur histoire avortée d’alors - elle était avec un de ses amis, il s’est retiré - ressurgit. Ils partent pour un dîner, dérivent - décident de mourir ensemble, un double suicide aux somnifères.
Tongsu (Kim Sang-kyung), réalisateur, ou plutôt ex-étudiant en réalisation, sort troublé de la salle de cinéma. Le film qu’il vient de voir lui rappelle son passé ; il a été réalisé par son maître. Ce dernier est moribond. Il doit aller à une collecte en son honneur, mais hésite. De la salle, est sortie une jeune fille, l’actrice du film. Il entreprend de la séduire.

C’est par des touches et des détails que Conte de cinéma prend son sens - et justifie son titre. Tongsu fume les même cigarettes que Sangwon, courtise l’actrice qui jouait dans le film ; film qu’il pense tiré de sa propre histoire, ayant vécu un épisode similaire et étudiant, l’ayant raconté à son maître. Le cinéma est ici l’intermédiaire entre les personnages, à la fois par le métier mais aussi par son effet sur chacun - conscient ou non, d’un coup de foudre au choix d’une chanson. La fiction inspirée par la réalité l’influence, et ainsi le cercle continue.
Les personnages de Hong Sang-soo sont libres, agissant au gré de leurs envies, de leurs actes. Ils se confrontent sans cesse aux modèles que chacun, spectateur autant que personnage, ont dans leurs têtes, collectés au gré de rencontres avec des films, des personnes chères. Pourquoi et comment s’approprie-t-on des attitudes, voire des histoires que l’on a inconsciemment puisés chez d’autres ? C’est une question qui nous est posée directement. Tongsu, c’est un peu nous qui sortons de la salle et rêvons quelques instants d’être le héros du film que nous venons de voir.
Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Samedi 29 octobre 2005 6 29 /10 /Oct /2005 14:52

(JPG) Sorti le 26/10/2005
2004, de Bourlem Guerdjou
Avec Aziza Nadir, Sami Bouajila, Simon Abkarian


Sa mère vient de mourir. Pour échapper au puissant Omar, amoureux éconduit qui veut garder la fille en mémoire de la mère, Zaïna suit un père qu’elle vient de rencontrer, peu amène, qui conduit les pur-sang de sa tribu à la grande course équestre de l’Agdal. Durant le long périple au cœur des montagnes de l’Atlas, le père et sa fille vont apprendre à se connaître par l’entremise du cheval.

Avouons-le tout de suite : ce que laisse supposer le titre et le résumé est vrai, il s’agit d’un film doté d’une histoire que certains n’hésiteront pas à qualifier de nunuche. Le couple parent-enfant qui s’ouvre petit à petit l’un à l’autre est un thème cher au cinéma, et a donné lieu tant à de somptueux chefs-d’œuvre qu’à de sombres navets. Non content de mélanger ce thème avec un zeste d’aventure, Zaïna n’est ni l’un, ni l’autre. Mais il fait partie de cette troisième catégorie, elle aussi si rare : les films justes.

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Sami Bouajila (à gauche), cavalier d’un Atlas intemporel © Gamma presse

Juste dans le ton, juste dans l’interprétation. Malgré un début un peu maladroit avec en voix off un narrateur (qui se fera discret au point de totalement disparaître vers le tiers du film), Zaïna trouve rapidement son rythme dès l’arrivée dans les montagnes de l’Atlas. Les acteurs servent très bien des dialogues simples, allant à l’essentiel sans pour autant être minimalistes, la communication se faisant surtout par le regard (mention spéciale à Sami Bouajila, qui joue Mustapha, le père). Les chevaux, ici des purs-sang, sont magnifiques et l’objet presque d’un culte : si à l’image ils ne galopent pas, c’est que leurs cavaliers sont soit en train de les bouchonner soit en train de les caresser (ça devient presque un gag récurrent.)
Le réalisateur, Bourlem Guerdjou, voulait réaliser un « western dans l’Atlas ». La mise en scène en découle, simple, qui souligne les yeux et propose souvent des plans larges de paysages, beaux à couper le souffle. Le film a aussi le tempo propre au genre : il prend son temps, sans jamais avoir de véritable longueur. Et surtout, il émeut, sans jamais tomber dans le pathos.

Alors, pour le dépaysement, pour les acteurs, pour l’Atlas, et puisque parce que les histoires nunuches, au fond, on aime bien ça tant que c’est pas indigeste... Zaïna mérite le détour.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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