d’Ira Sachs2005, Etats-Unis
Avec Rip Torn, Dina Korzun, Darren E. Burrows
Sorti le 7 décembre, durée 1h 47min
Memphis, Tenesse. Alan (Rip Torn), producteur de légende irascible - un des rares blancs à avoir produit de la soul dans les années 60 - forme un couple lâche avec Laura (Dina Korzun), beaucoup plus jeune et débarquée depuis peu de sa Russie natale. La passion est éteinte : Alan mène une vie débridée, et Laura passe l’essentiel de son temps à s’occuper de leur jeune fils. Michael (Darren E. Burrows), issu d’un mariage précédent d’Alan, vient leur rendre une visite qui va ébranler la solitude de la jeune femme.
« I’ve been 40 shades of blue/I’ve seen 40 days go by (...) Where I am I cannot say/(...) You pretend you did not know me/But your love is just a lie » (« J’ai été 40 teintes de bleu/J’ai vu passer 40 jours/(...) Où je suis je ne saurais dire/(...) Tu prétends que tu ne me connaissais pas/Mais ton amour n’est qu’un mensonge ») Cette chanson, interprétée a capella, titre le film et en résume son essence : le blues et le spleen de la solitude dans la multitude. Comme perdue dans une ville entr-aperçue, Laura, femme ignorée alors qu’elle est loin d’être une potiche, erre dans les magasins, les soirées, silhouette gracile qui irradie la mélancolie. Dina Korzun, son interprète, la joue tout en retenue, mais avec une intensité qui traverse le film - comme Rip Torn et Darren Burrow, tous les deux remarquables. Ce trio d’acteur subliment des personnages et un film qui n’est pas sans quelques longueurs.
Des longueurs qui permettent en fait à Ira Sachs de poser son arrière-plan, son Memphis, par des détails et des touches parfois comiques, et surtout de s’imprégner de la musique, excellente, qui n’est pas pour rien dans le ton si particulier du film. Le tout fait ressortir la profonde humanité des personnages, en proie aux doutes, à l’irrésolution, en un sens stéréotypés (le producteur, sa femme jeune, le fils professeur dénué d’ambition) mais malgré tout ouverts. Michael va être le déclencheur d’une prise de conscience aussi bien chez lui et son père que chez Laura, en un enchaînement d’évenements qui ne laissera personne indemne - mais qui renverra, au final, une fois de plus, chacun à sa solitude.
Pour l’occasion, je vais vous conseiller de la musique : d’abord celle du compositeur des morceaux originaux, Dickon Hinchliffe, membre du groupe Tindersticks, et puis un bluesman, dont les chansons rythment le film : Bert Russel Bern. Ou bien, tant qu'à faire, achetez la bande originale du film


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