Lundi 9 janvier 2006
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C’est la tradition, pendant les fêtes de Noël et de fin d’année, le cinéma nous sert une floppée de films ‘tout public’, dégoulinants de bons sentiments et de mièvrerie. D’habitude, no worries, comme diraient nos amis Australiens : il y a toujours, cachée sous l’amoncellement de comédies, quelqu’œuvre intéressante, sortie par un ditributeur plus ou moins suicidaire - la fréquentation risquant le zéro de tension. Mais cette année, la perle s’est fait plus rare que d’habitude... Alors, exceptionnellement, voici une critique qui n’est pas un conseil, mais plutôt une chronique des mes petites déceptions - desquelles émerge, finalement, un film : The Constant Gardener.
King Kong (Peter Jackson, Etats-Unis). C’est entendu, le gigantesque gorille a donné à un Peter Jackson à peine agé de dix ans l’envie de faire du cinéma ; et la bête numérique qui rugit sur nos écrans est le fruit des rêves les plus frénétiques du cinéaste. Le problème vient de là : il s’agit du film rêvé par un enfant de dix ans, pas par un cinéaste ayant derrière lui Le Seigneur des Anneaux. Bon d’accord, un enfant de dix ans qui a ensuite fait Braindead... Cela se retrouve dans la délectation qu’éprouve le réalisateur à mettre ses personnages en proie avec des jolis insectes baveux (dont la moindre antenne à l’écran faisait rire comme une hystérique une fille dans la salle) et dans le plaisir manifeste qu’il a à un peu trop jouer avec son bestiaire virtuel. Spectaculaire, le combat contre les trois tyrannosaures vire au cartoon sur la fin ; je ne parle même pas de la séquence d’anthologie où Adrien Brody décoche des mawashigeri à des pseudo-vélociraptors tout en évitant de se faire écraser par une trentaine de diplodocus. Un peu trop long, un peu excessif, ce King Kong est en fait une série B. Une très bonne série B, attention : j’ai personnellement beaucoup ri. Mais on attendait un peu plus du réalisateur...
Le Monde Narnia 1 : le Lion, la Sorcière et l’Armoire magique (Andrew Adamson, Etats-Unis). La dernière grosse production Disney... est un Disney. Ce qui donne les limites du genre. Il est vrai que les livres de départ sont écrits pour des enfants de huit ans ; le film l’est tout autant. Dès qu’on a dépassé douze ans, Narnia, c’est gnangnan. Attention, donc, à ceux qui espèrent y trouver plus qu’un joli livre d’image et de bons sentiments, vous serez déçus. Tout au plus, l’inefficacité totale des blagues dans les dialogues vous arrachera un sourire (elles tombent toutes à plat !), le manque de conviction des acteurs aussi. Ceci dit, le livre d’image est très réussi : je n’ai jamais vu de centaures plus convaincants au cinéma.
La Forêt oubliée (Kohei Oguri, Japon). Après être ressorti déçu des deux blockbusters de Noël, je me suis dit qu’un peu de calme et de poésie ne pourrait me faire que le plus grand bien. La Forêt oubliée correspondait presque trop au cahier des charges. Pour explorer les liens qui unissent notre imaginaire au monde qui nous entoure, Kohei Oguri réalise un film-rêve, fait de séquences-bulles de savon qui se suivent les unes les autres, sans grand autre lien que le conte qu’imaginent trois adolescentes. Le problème ne réside pas dans le propos, intéressant, ni dans la réalistation, fascinante, mais dans le tempo. Le film est lent, lent à en mourir, laissant au spectateur le temps d’ingérer, mastiquer, ruminer, digérer les scènes, jusqu’à l’indigestion.
Mary (Abel Ferrara, Etats-Unis). Histoire de me réveiller, je me suis tourné vers le réalisateur du King of New York et de Bad Lieutenant - il y a pire, comme références. Film sur la foi, plus questionnement que film en fait, Mary reste dans la veine du cinéaste, réalisation alambiquée certes mais toujours intriguante. Sauf qu’ici, l’œuvre est inégale, traversée de purs moments de grâce cinématographique (merci Forest Whitaker et Juliette Binoche !) et d’autre où l’ennui pointe le bout de son nez. Entre, des passages qui tiennent du documentaire, passionnants, et admirablement amenés par Abel Ferrara. Un film qui, si le sujet vous intéresse, vaut le déplacement, malgré les moments creux.
The Constant Gardener (Fernando Meirelles, Etats-Unis). Adaptation d’un roman de John le Carré, The Constant Gardener en garde une saveur british indéniable, tout en diffusant son propos-brulôt sur le comportement des grandes firmes pharmaceutiques en Afrique. Mais ce n’est pas qu’un thriller : c’est aussi le récit d’un mari qui redécouvre sa femme en enquêtant sur son assassinat, sorte de reconquête d’un amour refroidi. Les histoires s’enroulent l’une autour de l’autre, se confondent, et ne relâchent le spectateur qu’à l’écran de fin, aidées par une réalisation dynamique et des acteurs convaincus et convaincants. Seul reproche, et encore : la caméra bouge vraiment beaucoup, plus que nécessaire, mais c’est vraiment mineur. Courez le voir avant qu’il ne soit trop tard...
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