L'auteur, le blog


Un blog, c'est fait pour parler de tout et de rien. Alors il y aura du rien (beaucoup), de tout (parfois), du n'importe quoi (un peu trop souvent), et surtout... des mots.


Petit guide... Le cinéma, c'est un film par semaine, sorti et qui n'a pas attiré l'attention qu'il mérite ! L'actu, c'est l'actu, un peu de tout dessus... Et des nouvelles, pour le plaisir.

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Amis errants, bienvenue ! Habitués de la maison, heureux de vous revoir.
Faites comme chez vous, et n'hésitez  pas à revenir...
Je tiens à m'excuser pour le manque de renouvellement de ce blog. Un emploi du temps entre vacances et début d'un nouveau travail, bref, je n'ai presque pas mis les pieds au ciné depuis une éternité !
Mais bon, le tout est de prendre le rythme, et j'espère que dans peu de temps je pourrais recommencer à tenir la boutique. D'ici là, je vous demande un peu de patience...

Samedi 29 octobre 2005 6 29 /10 /2005 14:52

(JPG) Sorti le 26/10/2005
2004, de Bourlem Guerdjou
Avec Aziza Nadir, Sami Bouajila, Simon Abkarian


Sa mère vient de mourir. Pour échapper au puissant Omar, amoureux éconduit qui veut garder la fille en mémoire de la mère, Zaïna suit un père qu’elle vient de rencontrer, peu amène, qui conduit les pur-sang de sa tribu à la grande course équestre de l’Agdal. Durant le long périple au cœur des montagnes de l’Atlas, le père et sa fille vont apprendre à se connaître par l’entremise du cheval.

Avouons-le tout de suite : ce que laisse supposer le titre et le résumé est vrai, il s’agit d’un film doté d’une histoire que certains n’hésiteront pas à qualifier de nunuche. Le couple parent-enfant qui s’ouvre petit à petit l’un à l’autre est un thème cher au cinéma, et a donné lieu tant à de somptueux chefs-d’œuvre qu’à de sombres navets. Non content de mélanger ce thème avec un zeste d’aventure, Zaïna n’est ni l’un, ni l’autre. Mais il fait partie de cette troisième catégorie, elle aussi si rare : les films justes.

(JPG)
Sami Bouajila (à gauche), cavalier d’un Atlas intemporel © Gamma presse

Juste dans le ton, juste dans l’interprétation. Malgré un début un peu maladroit avec en voix off un narrateur (qui se fera discret au point de totalement disparaître vers le tiers du film), Zaïna trouve rapidement son rythme dès l’arrivée dans les montagnes de l’Atlas. Les acteurs servent très bien des dialogues simples, allant à l’essentiel sans pour autant être minimalistes, la communication se faisant surtout par le regard (mention spéciale à Sami Bouajila, qui joue Mustapha, le père). Les chevaux, ici des purs-sang, sont magnifiques et l’objet presque d’un culte : si à l’image ils ne galopent pas, c’est que leurs cavaliers sont soit en train de les bouchonner soit en train de les caresser (ça devient presque un gag récurrent.)
Le réalisateur, Bourlem Guerdjou, voulait réaliser un « western dans l’Atlas ». La mise en scène en découle, simple, qui souligne les yeux et propose souvent des plans larges de paysages, beaux à couper le souffle. Le film a aussi le tempo propre au genre : il prend son temps, sans jamais avoir de véritable longueur. Et surtout, il émeut, sans jamais tomber dans le pathos.

Alors, pour le dépaysement, pour les acteurs, pour l’Atlas, et puisque parce que les histoires nunuches, au fond, on aime bien ça tant que c’est pas indigeste... Zaïna mérite le détour.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Lundi 24 octobre 2005 1 24 /10 /2005 21:42
La vague de typhons provoque un regain d’intérêt temporaire pour l’écologie, sur fond d’effet de serre. Les phrases du type « sauvons la planète » font un bref come-back populaire, avant de retourner à l’arrière-plan des consciences. C’est la grande erreur des écologistes. Ils se sont trompés de slogan : ce n’est pas la planète qu’il s’agit de sauver, c’est nous. Pour la Terre, une catastrophe naturelle, ce n’est rien. Ce n’est pas une secousse de son écorce qui va effrayer une planète qui avait pour habitude, dans sa jeunesse, de se faire bombarder régulièrement par des météorites de la taille de Manhattan. Au pire des cas, l’humanité va simplement déclencher un hiver nucléaire ou accélérer l’arrivée de la prochaine ère glaciaire. Rien qu’une bactérie ne puisse supporter ; la vie continuera. Non, soyons rassurés : la planète est hors de danger. Les seules personnes dont nous risquons allègrement les vies, c’est nous - et, accessoirement, un écosystème entier.
Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Dimanche 23 octobre 2005 7 23 /10 /2005 15:00

Le 14 octobre à 19h20, i>télé a diffusé sa première émission sur la TNT en tant que chaîne gratuite. Pour l’occasion, la chaîne d’info en continu griffée « esprit Canal » change sa grille, un délicat exercice d’équilibre pour garder son ton et faire de l’audience, désormais vitale.

Depuis sa naissance, il y a six ans, i>télé a toujours été dans l’ombre de sa sœur et rivale, LCI. Son traitement de l’actualité est différent : l’ambiance y est plus décontractée (ce qui amène de temps à autre des couacs techniques). L’accent est porté sur le décryptage et la confrontation d’opinions, parfois au dépend de la réactivité. L’atmosphère évoque Canal +, avec les avantages et les inconvénients que cela implique : une image un peu décalée, mais associée aux bobos parisiens.

 Repères
Propriétaire : Canal +
Naissance : novembre 1999
Rédaction : 145 journalistes, 18 correspondants en régions, 3 à l’étranger
Moyenne d’âge : 33 ans
Audience : 4,3 millions de téléspectateurs sur le câble et le satellite (chiffres MédiaCabSat)
Au final, l’audience est moindre que celle de LCI, et en 2004, elle n’a réalisé que 8,7 millions de recettes publicitaires.
Pourquoi évoquer ce chiffre ? Parce qu’en tant que chaîne gratuite, i>télé va devoir maintenant vivre uniquement de la réclame (et d’éventuelles aides publiques). Elle a décidé de ne pas modifier son budget, mais elle a augmenté ses tarifs de régie de 50% en moyenne. Dans ces conditions, 1% du marché publicitaire télévisé suffirait à ramasser 30 millions d’euros. Encore faut-il convaincre les annonceurs... et pour ça, il faut d’abord convaincre les téléspectateurs.

On garde les mêmes...

Le public de la TNT est plus large que celui du câble et du satellite. Pour le satisfaire, la grille des programmes s’est faite plus dense, avec moins de rediffusions. Les JTs sont calculés pour s’insérer plus facilement dans un emploi du temps : plus longs de 10 minutes en milieu de journée, plus courts de 5 minutes le matin. Et à 20h, un JT économique, rediffusé à 22h30. Ainsi, pas de confrontation avec la grand-messe du vingt heure et ses icônes. Par contre, l’émission de débat animé par l’un des visages de la chaîne, Samuel Etienne, couvre la période 19h30 - 20h.
Presque toutes les émissions ont été gardées et peu retouchées dans le principe. L’accent est donc encore sur les débats et le décryptage. La chaîne a également gardé ses émissions les plus atypiques dans leur ton, notamment i>comme Icare, magazine scientifique qui ne se prend pas au sérieux, et l’indispensable i>Afrique. L’art contemporain est un sujet qui continue d’être régulièrement abordé à l’antenne. D’un autre côté, le journal des sports s’étoffe un peu plus, et est plus souvent rediffusé : il faut bien dire qu’avec l’expérience de la maison Canal + en la matière, c’est un atout non négligeable.

Mais on en prend d’autre

La chaîne d’info en continu a décidé de garder son ton, et aussi sa manière. Ce qui n’interdit pas pour autant d’essayer d’aller chercher le public. Pour ce faire, elle a lancé une flopée de nouveaux magazines hebdomadaires, aux concepts simples, pour la plupart associées avec un visage connu. Ainsi, i>Histoire, magazine de décryptage de l’actualité internationale, est cautionné par Marc Ferro. i>Match, émission présentant un grand reportage par semaine, est parrainée par Paris Match. On retrouve même Jacques Chancel pour un entretien avec une personnalité, dans... Chancel, le samedi matin.
Le paysage de la TNT gratuite est désormais complet. Face à ses concurrentes directes (BFM TV), i>télé change graduellement et peut opposer 6 ans d’expérience sur le câble et le satellite. Et elle se donne du temps. La chaîne vise cette année entre 1 et 1,5% d’audience sur la France entière. Par contre, le groupe se refuse à préciser une date pour le retour à l’équilibre financier de la chaîne.

Voir en ligne: site de i>télé.
Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Samedi 22 octobre 2005 6 22 /10 /2005 14:57

(JPG) Titre original : The Awful Truth
1937, de Léo McCarey
Avec Cary Grant, Irene Dunne, Ralph Bellamy, Alexandre D’arcy

Jerry et Lucy Warriner (Cary Grant et Irene Dunne), couple new-yorkais aisé, se mentent allègrement, sans en être dupes. Ils décident de divorcer. Tous deux vont se lier à d’autres personnes : Lucy avec un riche homme d’affaire de l’Oklahoma, inséparable de sa mère, Jerry avec Barbara Valance, une jeune héritière. Chacun va s’employer à faire échouer les plans de l’autre.

Pourquoi aller voir ce film ? Avant tout parce qu’il est irrésistiblement drôle. Pas de discours social (l’argent n’est jamais un problème), pas de message profond : la légèreté de ton est de mise. Juste l’histoire d’un couple qui aime se détester. Les dialogues sont ciselés, vifs ; les situations absurdes s’enchaînent, soutenues non seulement par Cary Grant et Irene Dunne en grande forme, mais aussi par une galerie de personnages secondaires tous réussis (mention particulière au juge qui vante les mérites de la vie conjugale, au début du film, et à Ralph Bellamy, l’homme d’affaire de l’Oklahoma). La caméra du réalisateur, Léo McCarey, qui vient du cinéma muet, souligne les expressions et accompagne les mouvements tout en restant discrète.

(JPG)
Irene Dunne et Cary Grant © Les Grands Films Classiques

Et il y a Cary Grant. The Awful Truth est le film qui consacrera son personnage et en fera une star. Sa composition est parfaite : ironique, clownesque, toujours dans le bon tempo, ses expressions et attitudes suffisent à faire rire. Performance qui prend d’autant plus d’ampleur quand on sait que le film a été en grande partie improvisé. Si vous ne le connaissez pas, ou mal, ce film est l’occasion de (re)découvrir un grand acteur.
Enfin, The Awful Truth est une excellente introduction au genre fondateur de la comédie américaine : la screwball comedy, dans laquelle dialogues aux rasoirs et humour absurde parsèment un mélange de comédie romantique et de slapstick. Parmi les maîtres du genre, Frank Capra et Howard Hawks, auxquels on ne saurait trop conseiller de s’intéresser, si vous êtes séduits.

(JPG) Si le film n’est pas projeté près de chez vous, il existe une édition DVD (zone 1). Vente en ligne

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 20 octobre 2005 4 20 /10 /2005 23:17

Ego

2002, ou 2003, je sais plus trop...

Quelque chose ne va pas. Je le sens dans la première bouffée d’air que je respire – épaisse, lourde, comme chargée de restes de fumées. Mes yeux fixent la lune, pleine, entière, présence troublante au millieu de ce ciel trop sombre. Elle tremble un peu quand je la regarde, semble vouloir échapper à mon regard mais je ne la lâche pas – elle finit par se réfugier derrière un nuage et je continue à fixer sa lueur glauque, étouffée par le brouillard qui approche. Un soupir – petite vapeur qui se matérialise dans l’air glacial qui m’attaque le nez le front – je marche. Seul. Comme d’habitude. Mes promenades nocturnes sont mes rares moments privés – et je ne donne pas d’invitation. Le pont n’est pas éclairé, ce qui m’étonne brièvement mais me fait plaisir. Le murmure de l’eau. Je maudis l’idiot qui a trouvé cette formule. L’eau ne murmure pas, elle hurle à mort, son cours guidé par du béton, entravé par des pierres qu’elle use de sa force mais qu’elle ne réussit pas à briser. Chaque clapotis est une plainte que personne ne comprend. Je crois sincèrement être un des seuls qui ai jamais compris l’eau. En un sens, nous sommes plus proche l’un de l’autre que je ne l’ai été d’aucun homme.


Toujours fuir et se fondre dans la masse, ne jamais communiquer mais écouter. Voilà la vie de l’eau. Je ne m’étonne pas qu’elle ne veuille pas nous parler, avec toutes les absurdités qu’elle a dû entendre depuis des millénaires. Pourtant, elle est toujours là quand on a besoin d’elle, jamais la même bien sûr, mais toujours prête à accueillir les âmes ou les corps.

Au fond ce n’est qu’un vaste dépotoir.


Je ne lui parle pas. Je ne me jette pas dedans, même si son étreinte est la plus douce que je connaisse. Je reste là, à la regarder gémir, et je fais rien. Je ne ferais rien. La lune fragmentée réapparaît, brisée par ce miroir terrifiant de vérité – telle qu’elle est vraiment, un vampire de la nuit, un tueur d’étoile – je recule, son éclat est trop fort me force à revenir à la conscience. Je marche. Encore.

Eviter les ilôts de lumière, zigzaguer entre les pavés… Tout est bon pour ne pas penser. Se concentrer sur les détails simples absurdes ridicules de la rue – ne pas écouter ce cri qui monte – faire attention aux feux, aux voitures, aux passants je prends à gauche. Un bus qui passe, klaxonne, un scooter, un jeune en roller – ce n’est pas encore le bon soir. Ce soir encore je n’arrive à rien. Je vais retourner écouter l’eau. Il faut bien que quelqu’un le fasse, non ?

Les escaliers m’accueillent avec leur indifférence habituelle. Ils ne grincent même pas. Je leur en foutrai, moi, de l’indifférence. Je ne touche pas à la rampe. Bien fait. En silence je viole une fois de plus ma porte la referme et mon univers s’ouvre à moi. Lui non plus ne me comprends pas / je vais me coucher


Pourquoi ouvrir les stores ? Déjà trop de bruit dehors je veux être sourd… Mais la surdité me forcerait à m’écouter, à vivre seul avec moi, avec ce cri. J’allume une cigarette, me concentre sur le grésillement du tabac qui se consume, sur la braise qui approche doucement du filtre et qui ne me consumme jamais. Chacune d’elle est ma mort qui me rate – et se rapproche, toujours là mais trop loin. Je n’ai pas le droit de l’appeler, je n’ai pas le droit d’y céder, cet appel, ce chuintement qui m’inonde, gémissement qui tourne glisse entre mes doigts. Je ferme les yeux mais ne me rendors pas je ne céderais pas, par défi, par orgueil, par vanité, par lâcheté.

Un coup de fil, une soirée qui se dessine, j’aquiesce sachant que ce n’est qu’une façon de retarder ma confrontation, de pouvoir me concerter sur des détails inutiles – habits, réputation, inquiétude, même si la voix crie comme toujours sa complainte « il faudra bien qu’un jour ils sachent » mais je la fais taire. Aveugle, inconscient, comment font-ils pour ne pas le voir ? Comment font-ils pour ne pas me forcer à m’exprimer, me secouer, violer ce sanctuaire dans ma tête, saint des saints tellement sacré que moi-même je n’y entre pas ? Une fois seulement il a débordé, vaincu mes barrières, et est sorti pour me noyer, m’emporter dans son flot mais là encore tout ce qui a jaillit de moi, c’étaient des larmes, les vraies, coulées d’acide qui dévastent le visage le corps et laissent pour toute trace de leur passages des sourires inquiets, vaguement compatissant et au fond cette inquiétude qu’est-ce que j’ai dit fait éructé ?

J’avais réussi à le maitriser, ce torrent, à le contenir dans l’espace de mon esprit, et seuls quelques clapotis dans le regard la parole trahissait sa présence, sporadiquement, et moi seul les remarquais au début, avant que je ne crois qu’ils soient part de mon extérieur. Mais il a fallu que tu cèdes, toi, trahissant le serment qu’on s’était fait, un soir, apogée d’une prise de conscience commune de notre dégradation, la cigarette a finit par te mettre feu, et tu t’es consumée, seule finalement…
Je t’en veux beaucoup. Pourquoi avoir voulu de moi comme spectateur de cette scène ? Peut-être ne voulais-tu pas me trahir, juste me prévenir, ça je crois l’avoir compris, mais pourquoi m’avoir fait espérer ? Si c’est un cadeau d’adieu, alors je le trouve de mauvais goût. Veux-tu que je te rejoigne ? Pour ne pas être seule là non plus ? Je l’avais compris quand toi tu avais raté. Je te l’avais dit, non ? Alors pourquoi le refaire ? Pourtant tu y étais arrivé, à le maitriser, ton torrent que tu n’appelais pas, par coquetterie étrange ou par peur, j’ai toujours trouvé ça un peu ridicule, mais tu le sais, je te l’ai déjà dit.
Je sais très bien pourquoi tu as voulu que j’écoute cette chanson.

Mais tu m’as réveillé, pour le pire et le meilleur, suivant cette formule consacrée que j’ai toujours trouvée insupportable.
Je ne te rejoindrai pas. Pas maintenant – je ne veux pas perdre je veux mener gagner ce combat et tu n’arriveras pas a me faire abandonner.

Cette soirée est une bouffée d’oxygène, une bulle de savon qui étrangement résiste aux nombreuses attaques que mon serpent lui porte. Cette présence autour de moi cette micro-société dont je ne suis pas le centre – et tant mieux - mais dont je fais partie, intégralement, me permet de voir de me voir autrement, de réaliser une fois de plus à quel point ils me sont essentiels ils auront beau dire et beau faire ils font partie de moi et même s’ils ne s’en rendent pas forcément compte, j’ai besoin d’eux plus qu’ils ne pourraient jamais l’imaginer. Profitez-en, je fais rarement des déclarations d’amour…


Une fois encore je me retrouve à marcher, évitant les ilôts de lumière qui me poursuivent ce soir.
Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Nouvelles
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Jeudi 20 octobre 2005 4 20 /10 /2005 22:06
1996, voire antérieur.

Un silence. Moi, allongé sur le lit, essayant de trouver le sommeil – ne dormant que cinq heures par nuit, il vaut mieux que je m’endormes vite.

    Un cri, un choc. Je me relève brusquement, cours à la fenêtre – j’essaie de l’ouvrir, mais comme elle est bloquée, je la brise à coup de chaise. Je me penche au-dehors, la brise caresse mon cou doucement. Je grelotte ; le silence est revenu. Juste au moment où je vais regagner mon lit, le même cri revient, plus intense. Cette fois-ci, je vois. Je vois tout. Je vois l’oreiller, le sommier, le matelas, les draps. Tout tombe, se défait. Poussé du 120e étage, la chute ne sera pas longue. Pour moi en tout cas.
    La vieille femme me jette un coup d’œil – ou , du moins, je l’imagine. Comment pourrait-elle penser à me regarder ? Elle doit penser au sol, qui s’approche à grand pas. La vitesse de chute n’est pas constante, c’est une accélération. Elle ne s’en rend probablement pas compte, mais elle vit une demi-seconde d’apesanteur et pourtant elle crie. Ses petites mains ridées et fripées, sous l’injonction de son cerveau fou, broient la couverture, alors que ses yeux semblent vouloir sortir de leurs orbites. Elle arrive en bas. Elle continue à crier. Elle peut encore hurler. Une commode tombe, l’écrase. Elle est achevée. Enfin.
    Je me demande combien d’autres vont tomber cette nuit. 120e étage. Elle a de la chance. J’en ai vu tomber de bien plus bas.
    Il faudra que je rappelle un vitrier. J’ai encore pété ma vitre. Quoique, ce n’est pas la peine. Mon anniversaire est dans deux jours, le prochain locataire paiera.

    Je comprends pourquoi ma fenêtre était bloquée.
Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Nouvelles
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Jeudi 20 octobre 2005 4 20 /10 /2005 22:05
1997, je crois. Et, croyez-le ou non, je pensais à une vache dans un abattoir.

Une explosion, tout près. Mon visage qui s’éclabousse. Je suis trop près, trop près. Combien encore ? Je ne vois rien. Je sens un liquide gluant adhérer à ma peau, souiller le tissu, s’infiltrer dans ma bouche, dans mes oreilles. Je hurle, espérant être entendu dans le vacarme ambiant, pour demander qu’on me jette un seau d’eau sur la tête. Je dois être entendu ; un silence de mort s’établit. Puis la voix, lancinante, recommence à hurler, la même voix qui, tout à l’heure, telle un disque enrayé, vociférait toujours les mêmes mots, cette voix gerbe à mon  oreille des paroles emmêlées que je ne comprend qu’au quart. « Tou … fa … ien … outr … ope … v … Etem … i … te … à vi … » Confusément je perçois que ma requête à été refusée. Puis une deuxième explosion, la vacarme a repris. Cette fois il n’y a pas que du liquide qui tombe sur moi. Je dois être le prochain. Je suis le prochain. Tant de choses … Ils essayent d’arracher le bandeau mais le sang l’a collé à ma peau. Je n’entends plus rien ; de toute façon, je n’ai pas envie d’entendre. Pas les borborygmes informes produits par la voix. Une détonation, étouffée, celle-ci. Je ne sais pas si je l’entends, à vrai dire ; tous les bruits disparaissent, il ne reste plus que le silence.

    En bas ils essayent encore d’arracher le bandeau.
Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Nouvelles
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