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Vendredi 25 novembre 2005 5 25 /11 /Nov /2005 15:03
La finance a pénétré l’univers de tout un chacun. L’action EDf s’est vendue comme des petits pains. CAC 40, Dow Jones, ces indicateurs sont mentionnés à la fin de chaque journal télévisé - et si ce n’est pas le cas, c’est parce qu’un bandeau à l’écran les affiche. Rien de gênant en soi, sauf quand ces chiffres sont appelés en soutien ou juxtaposés à de l’économie, une brève sur la croissance par exemple. Un lien, qui semble à tous évident, s’est imposé, sans faire de bruit - après tout, on parle bien d’argent et d’entreprise, donc il doit bien s’agir de la même chose. Un lien qui n’a, en fait, aucun lieu d’être.

« Mais comment est-ce que le CAC peut monter alors que la croissance est en chute libre ? » La question, récurrente, s’est posée encore cet été. La hausse du prix du pétrole (plus précisément du prix du baril de pétrole brut, ou brent) avait déstabilisé toutes les économies mondiales, alors que la bourse de Paris était en hausse. La réponse est pourtant simple, mais ce n’est pas celle attendue. Les évolutions du CAC et de la croissance sont indépendantes l’une de l’autre. Il y a effectivement un lien multiple entre ces deux indicateurs, mais il est tellement ténu et irrationnel qu’il est intraduisible par une formule mathématique, quelle que soit sa complexité...
Pourquoi ? Revenons aux bases. L’économie concerne toutes les richesses matérielles et du même coup chiffrables : chaque somme d’argent évoquée peut être reliée à une personne, une machine, des stocks, de la trésorerie... Seule exception, l’apparition récente de ce que l’on appelle la richesse humaine d’une entreprise, qui essaie de quantifier des notions aussi impalpable que le talent , les capacités individuelles ou l’image de marque.

Une action est plus qu’un contrat

La finance ne concerne qu’une partie des entreprises mondiales : celles côtées. Elle est aussi, mais en petite partie seulement, reliable à de l’argent physique. Et encore. Prenons l’exemple de l’achat d’une action. C’est un titre, remis en échange de son apport à toute personne qui, lors de la constitution d’une société de capitaux (société anonyme ou en commandite par actions) adhère à cette dernière en lui transférant soit une somme d’argent, soit des biens en nature (immeuble ou matériel). Ainsi, mettons que M. X a acheté une action EDF à 30 euros. Cette somme est prélevée sur son compte bancaire, et transférée (après quelques ponctions par les intermédiaires) à EDF. Remarquons au passage que même cet argent circule virtuellement, aucun billet n’est échangé. Mais, en fait, une action est un titre de propriété : comme un propriétaire de studio cherche à gagner de l’argent en le louant, l’actionnaire "loue" sa part de l’entreprise en échange de dividendes. C’est donc plus qu’un contrat passé entre l’entreprise et l’actionnaire, une sorte de reconnaissance de dette, avec intérêts - les dividendes.
Passons trois mois. En faisant l’hypothèse que tout va bien pour l’électricien français, son action aura monté, mettons, à 40 euros (chiffre totalement arbitraire, je tiens à le souligner). Où sont, physiquement, ces dix euros de différence qu’EDF doit à Mr. X ? Réponse : nulle part... ni dans le compte en banque de notre quidam, ni dans la trésorerie del’entreprise. Ces 10 euros, M. X les aura s’il revend son action. (je vous épargne le cas où l’action baisse).

Presque une autre monnaie

 Note aux alters et autres anti-capitalistes
Vous pourrez aisément déduire de votre lecture que la façon la plus simple de faire s’écrouler tout le système, ce n’est pas de manifester devant des congrès, de couper des champs d’OGM ou de faire soi-même des congrès interminables. C’est de créer un virus informatique qui ferait croire aux diverses places boursières que tous les actionnaires du monde vendent le contenu de leurs portefeuilles. Il se passerait le même phénomène que pendant la Grande Dépression aux Etats-Unis : la faillite intégrale d’à-peu-près tous les établissements bancaires, avec en bonus celle d’un bon nombre d’entreprises et la ruine quasi-définitive de tous les gouvernements mondiaux par effet domino. Alors certes, c’est moins médiatique, comme ça, à première vue, mais c’est tout de même plus efficace. Vive les nouvelles technologies ! (1)

Cela tout simplement parce que ces sommes sont purement virtuelles. Le cours d’une action reflète en fait la perception qu’ont les acteurs du monde de la finance (petits et grands actionnaire) de la santé de l’entreprise et de son futur hypothétique. Autrement dit, ce qu’on appelle la capitalisation boursière (la somme totale que représente toutes les actions, en quelque sorte de prix de vente de l’entreprise) n’est qu’une formulation chiffrée d’un avis complètement subjectif, même s’il est basé sur des équations, des statistiques, et autres. La finance n’est autre qu’un phantasme de l’économie.

D’un certain point de vue, tout le système d’action n’est rien d’autre qu’un autre système monétaire, parallèle au euros, dollars et yen habituels. Un système où les taux de changes évoluent brutalement, où chaque entreprise fait circuler ses propres billets. Il faut se rappeler qu’à l’origine de nos anciens Pascals, il y a les assignats. Or ces derniers n’étaient rien d’autre qu’une reconnaissance de dette transmissible de main en main.

Revenons à notre question du début sur les relations entre CAC 40 et la croissance. Une fois cette distinction entre finance et économie établie, les hiatus apparents s’expliquent. En l’occurence, le lien n’est pas très complexe. La hausse récente du prix du brent est effectivement une catastrophe pour tous les agents économiques : cela augmente drastiquement les dépenses tout en augmentant peu les recettes (c’est rien de le dire). Mais d’un autre côté, le même phénomène est du pain béni pour les compagnies pétrolières : leurs chiffres d’affaires explosent, et du coup leurs actions montent en flèche, suivant la loi bien connue : plus c’est demandé, plus ça vaut cher. Or, en France, l’indice CAC 40 est la synthèse du comportement en Bourse des 40 entreprises françaises côtées les plus performantes. Total en fait évidemment partie. Et voilà comment, en pleine crise pétrolière, la Bourse de Paris a fait preuve cet été d’une santé insolente...




(1): Il faut savoir qu’un phénomène dans ce genre (à une moindre échelle) a eu lieu en 1987 à la Bourse de New York. Les ordinateurs étaient programmés pour tous vendre au même prix. Quand il a été atteint, cela a provoqué un mini krach de 48 heures...

 

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Lundi 24 octobre 2005 1 24 /10 /Oct /2005 21:42
La vague de typhons provoque un regain d’intérêt temporaire pour l’écologie, sur fond d’effet de serre. Les phrases du type « sauvons la planète » font un bref come-back populaire, avant de retourner à l’arrière-plan des consciences. C’est la grande erreur des écologistes. Ils se sont trompés de slogan : ce n’est pas la planète qu’il s’agit de sauver, c’est nous. Pour la Terre, une catastrophe naturelle, ce n’est rien. Ce n’est pas une secousse de son écorce qui va effrayer une planète qui avait pour habitude, dans sa jeunesse, de se faire bombarder régulièrement par des météorites de la taille de Manhattan. Au pire des cas, l’humanité va simplement déclencher un hiver nucléaire ou accélérer l’arrivée de la prochaine ère glaciaire. Rien qu’une bactérie ne puisse supporter ; la vie continuera. Non, soyons rassurés : la planète est hors de danger. Les seules personnes dont nous risquons allègrement les vies, c’est nous - et, accessoirement, un écosystème entier.
Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Dimanche 23 octobre 2005 7 23 /10 /Oct /2005 15:00

Le 14 octobre à 19h20, i>télé a diffusé sa première émission sur la TNT en tant que chaîne gratuite. Pour l’occasion, la chaîne d’info en continu griffée « esprit Canal » change sa grille, un délicat exercice d’équilibre pour garder son ton et faire de l’audience, désormais vitale.

Depuis sa naissance, il y a six ans, i>télé a toujours été dans l’ombre de sa sœur et rivale, LCI. Son traitement de l’actualité est différent : l’ambiance y est plus décontractée (ce qui amène de temps à autre des couacs techniques). L’accent est porté sur le décryptage et la confrontation d’opinions, parfois au dépend de la réactivité. L’atmosphère évoque Canal +, avec les avantages et les inconvénients que cela implique : une image un peu décalée, mais associée aux bobos parisiens.

 Repères
Propriétaire : Canal +
Naissance : novembre 1999
Rédaction : 145 journalistes, 18 correspondants en régions, 3 à l’étranger
Moyenne d’âge : 33 ans
Audience : 4,3 millions de téléspectateurs sur le câble et le satellite (chiffres MédiaCabSat)
Au final, l’audience est moindre que celle de LCI, et en 2004, elle n’a réalisé que 8,7 millions de recettes publicitaires.
Pourquoi évoquer ce chiffre ? Parce qu’en tant que chaîne gratuite, i>télé va devoir maintenant vivre uniquement de la réclame (et d’éventuelles aides publiques). Elle a décidé de ne pas modifier son budget, mais elle a augmenté ses tarifs de régie de 50% en moyenne. Dans ces conditions, 1% du marché publicitaire télévisé suffirait à ramasser 30 millions d’euros. Encore faut-il convaincre les annonceurs... et pour ça, il faut d’abord convaincre les téléspectateurs.

On garde les mêmes...

Le public de la TNT est plus large que celui du câble et du satellite. Pour le satisfaire, la grille des programmes s’est faite plus dense, avec moins de rediffusions. Les JTs sont calculés pour s’insérer plus facilement dans un emploi du temps : plus longs de 10 minutes en milieu de journée, plus courts de 5 minutes le matin. Et à 20h, un JT économique, rediffusé à 22h30. Ainsi, pas de confrontation avec la grand-messe du vingt heure et ses icônes. Par contre, l’émission de débat animé par l’un des visages de la chaîne, Samuel Etienne, couvre la période 19h30 - 20h.
Presque toutes les émissions ont été gardées et peu retouchées dans le principe. L’accent est donc encore sur les débats et le décryptage. La chaîne a également gardé ses émissions les plus atypiques dans leur ton, notamment i>comme Icare, magazine scientifique qui ne se prend pas au sérieux, et l’indispensable i>Afrique. L’art contemporain est un sujet qui continue d’être régulièrement abordé à l’antenne. D’un autre côté, le journal des sports s’étoffe un peu plus, et est plus souvent rediffusé : il faut bien dire qu’avec l’expérience de la maison Canal + en la matière, c’est un atout non négligeable.

Mais on en prend d’autre

La chaîne d’info en continu a décidé de garder son ton, et aussi sa manière. Ce qui n’interdit pas pour autant d’essayer d’aller chercher le public. Pour ce faire, elle a lancé une flopée de nouveaux magazines hebdomadaires, aux concepts simples, pour la plupart associées avec un visage connu. Ainsi, i>Histoire, magazine de décryptage de l’actualité internationale, est cautionné par Marc Ferro. i>Match, émission présentant un grand reportage par semaine, est parrainée par Paris Match. On retrouve même Jacques Chancel pour un entretien avec une personnalité, dans... Chancel, le samedi matin.
Le paysage de la TNT gratuite est désormais complet. Face à ses concurrentes directes (BFM TV), i>télé change graduellement et peut opposer 6 ans d’expérience sur le câble et le satellite. Et elle se donne du temps. La chaîne vise cette année entre 1 et 1,5% d’audience sur la France entière. Par contre, le groupe se refuse à préciser une date pour le retour à l’équilibre financier de la chaîne.

Voir en ligne: site de i>télé.
Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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