« Mais comment est-ce que le CAC peut monter alors que la croissance est en chute libre ? » La question, récurrente, s’est posée encore cet été. La hausse du prix du pétrole (plus précisément du prix du baril de pétrole brut, ou brent) avait déstabilisé toutes les économies mondiales, alors que la bourse de Paris était en hausse. La réponse est pourtant simple, mais ce n’est pas celle attendue. Les évolutions du CAC et de la croissance sont indépendantes l’une de l’autre. Il y a effectivement un lien multiple entre ces deux indicateurs, mais il est tellement ténu et irrationnel qu’il est intraduisible par une formule mathématique, quelle que soit sa complexité...
Pourquoi ? Revenons aux bases. L’économie concerne toutes les richesses matérielles et du même coup chiffrables : chaque somme d’argent évoquée peut être reliée à une personne, une machine, des stocks, de la trésorerie... Seule exception, l’apparition récente de ce que l’on appelle la richesse humaine d’une entreprise, qui essaie de quantifier des notions aussi impalpable que le talent , les capacités individuelles ou l’image de marque.
Une action est plus qu’un contrat
La finance ne concerne qu’une partie des entreprises mondiales : celles côtées. Elle est aussi, mais en petite partie seulement, reliable à de l’argent physique. Et encore. Prenons l’exemple de l’achat d’une action. C’est un titre, remis en échange de son apport à toute personne qui, lors de la constitution d’une société de capitaux (société anonyme ou en commandite par actions) adhère à cette dernière en lui transférant soit une somme d’argent, soit des biens en nature (immeuble ou matériel). Ainsi, mettons que M. X a acheté une action EDF à 30 euros. Cette somme est prélevée sur son compte bancaire, et transférée (après quelques ponctions par les intermédiaires) à EDF. Remarquons au passage que même cet argent circule virtuellement, aucun billet n’est échangé. Mais, en fait, une action est un titre de propriété : comme un propriétaire de studio cherche à gagner de l’argent en le louant, l’actionnaire "loue" sa part de l’entreprise en échange de dividendes. C’est donc plus qu’un contrat passé entre l’entreprise et l’actionnaire, une sorte de reconnaissance de dette, avec intérêts - les dividendes.
Passons trois mois. En faisant l’hypothèse que tout va bien pour l’électricien français, son action aura monté, mettons, à 40 euros (chiffre totalement arbitraire, je tiens à le souligner). Où sont, physiquement, ces dix euros de différence qu’EDF doit à Mr. X ? Réponse : nulle part... ni dans le compte en banque de notre quidam, ni dans la trésorerie del’entreprise. Ces 10 euros, M. X les aura s’il revend son action. (je vous épargne le cas où l’action baisse).
Presque une autre monnaie
| Note aux alters et autres anti-capitalistes Vous pourrez aisément déduire de votre lecture que la façon la plus simple de faire s’écrouler tout le système, ce n’est pas de manifester devant des congrès, de couper des champs d’OGM ou de faire soi-même des congrès interminables. C’est de créer un virus informatique qui ferait croire aux diverses places boursières que tous les actionnaires du monde vendent le contenu de leurs portefeuilles. Il se passerait le même phénomène que pendant la Grande Dépression aux Etats-Unis : la faillite intégrale d’à-peu-près tous les établissements bancaires, avec en bonus celle d’un bon nombre d’entreprises et la ruine quasi-définitive de tous les gouvernements mondiaux par effet domino. Alors certes, c’est moins médiatique, comme ça, à première vue, mais c’est tout de même plus efficace. Vive les nouvelles technologies ! (1)
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Cela tout simplement parce que ces sommes sont purement virtuelles. Le cours d’une action reflète en fait la perception qu’ont les acteurs du monde de la finance (petits et grands actionnaire) de la santé de l’entreprise et de son futur hypothétique. Autrement dit, ce qu’on appelle la capitalisation boursière (la somme totale que représente toutes les actions, en quelque sorte de prix de vente de l’entreprise) n’est qu’une formulation chiffrée d’un avis complètement subjectif, même s’il est basé sur des équations, des statistiques, et autres. La finance n’est autre qu’un phantasme de l’économie.
D’un certain point de vue, tout le système d’action n’est rien d’autre qu’un autre système monétaire, parallèle au euros, dollars et yen habituels. Un système où les taux de changes évoluent brutalement, où chaque entreprise fait circuler ses propres billets. Il faut se rappeler qu’à l’origine de nos anciens Pascals, il y a les assignats. Or ces derniers n’étaient rien d’autre qu’une reconnaissance de dette transmissible de main en main.Revenons à notre question du début sur les relations entre CAC 40 et la croissance. Une fois cette distinction entre finance et économie établie, les hiatus apparents s’expliquent. En l’occurence, le lien n’est pas très complexe. La hausse récente du prix du brent est effectivement une catastrophe pour tous les agents économiques : cela augmente drastiquement les dépenses tout en augmentant peu les recettes (c’est rien de le dire). Mais d’un autre côté, le même phénomène est du pain béni pour les compagnies pétrolières : leurs chiffres d’affaires explosent, et du coup leurs actions montent en flèche, suivant la loi bien connue : plus c’est demandé, plus ça vaut cher. Or, en France, l’indice CAC 40 est la synthèse du comportement en Bourse des 40 entreprises françaises côtées les plus performantes. Total en fait évidemment partie. Et voilà comment, en pleine crise pétrolière, la Bourse de Paris a fait preuve cet été d’une santé insolente...
(1): Il faut savoir qu’un phénomène dans ce genre (à une moindre échelle) a eu lieu en 1987 à la Bourse de New York. Les ordinateurs étaient programmés pour tous vendre au même prix. Quand il a été atteint, cela a provoqué un mini krach de 48 heures...


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