de Michele Placido
2005, Italie
Avec Kim Rossi Stuart, Anna Mouglalis, Pierfrancesco Favino
Sorti le 22 mars, durée 2h28
Au milieu des années 70, alors que les Brigades rouges secouent l’Italie, un gang de petits malfrats commet ses premiers méfaits à Rome. Jusqu’à un kidnapping, qui rapporte une rançon copieuse. Deux possibilités s’offrent alors : se séparer et jeter l’argent par les fenêtres, ou le mettre en commun. Et voir les choses en grand. La bande criminelle se lance dans le trafic de drogue, la prostitution, les jeux clandestins, et dans les échanges d’alliances incessants avec les autres pouvoirs en place avec un but : devenir les rois de Rome. Et ils vont y arriver...
Le scénario du film est tiré d’un livre du même nom, écrit par un juge italien, témoin privilégié des évènements, Giancarlo De Cataldo. Les faits sont réels. Mais Romanzo Criminale est un film de gangster plutôt qu’une reconstitution historique de l’Italie des années de plomb, même si tout les détails sont fignolés. Sur les liens entre la bande, l’Etat et la Mafia, sur les possibles connexions avec les Brigades rouges et le terrorisme d’extrême droite, le film reste dans le flou. Choix qui peut paraître frustrant, Michele Placido a décidé de s’intéresser en priorité aux personnages, trois d’entre eux plus précisément, amis de longue date, encore ados au début du film, dont les surnoms influenceront le destin : le Libanais (Pierfrancesco Favino), grande gueule, autoritaire et solitaire ; Dandy (Claudio Santamaria), joueur et séducteur, un peu lâche, et le mystérieux Freddo (froid en italien, interprété par l’excellent Kim Rossi Stuart), au masque indéchiffrable, sorte de Machiavel hors la loi.
Leur règne est une débauche de sang, de drogues, de femmes. Mention spéciale à Anna Mouglaglis, qui joue Patrizia, compagne du Dandy, qui flirte avec un flic têtu qui poursuit inlassablement le gang. Car sous la réussite se cachent déjà les premiers signes de la déchéance, la meilleure partie du film. Alors que les trahisons pleuvent, la mélancolie sourde qui imprégnait chaque plan explose, aidée par une réalisation soignée : gros plans tenus, mouvements de caméra souvent justes, cadrages maîtrisés. Le scénario est efficace, et les personnages happent le spectateur, qui finit de se faire prendre par le rythme haletant. Romanzo Criminale est une excellente surprise, qui vous fera passer 2h30 sans même que vous vous en rendiez compte...
Tout d’abord, je vous conseille la lecture du livre éponyme du juge Giancarlo De Cataldo, passionnant, dont est tiré le film. Celui-ci fait partie d’un genre bien particulier, presque entièrement défini par un chef-d’oeuvre : Il était une fois en Amérique. Même si vous l’avez déjà vu, c’est toujours un plaisir. Sinon, dirigez-vous vers Les Affranchis.


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