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Un blog, c'est fait pour parler de tout et de rien. Alors il y aura du rien (beaucoup), de tout (parfois), du n'importe quoi (un peu trop souvent), et surtout... des mots.


Petit guide... Le cinéma, c'est un film par semaine, sorti et qui n'a pas attiré l'attention qu'il mérite ! L'actu, c'est l'actu, un peu de tout dessus... Et des nouvelles, pour le plaisir.

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Cinéma

Lundi 3 avril 2006 1 03 /04 /Avr /2006 23:23

(JPG) de Michele Placido
2005, Italie
Avec Kim Rossi Stuart, Anna Mouglalis, Pierfrancesco Favino
Sorti le 22 mars, durée 2h28


Au milieu des années 70, alors que les Brigades rouges secouent l’Italie, un gang de petits malfrats commet ses premiers méfaits à Rome. Jusqu’à un kidnapping, qui rapporte une rançon copieuse. Deux possibilités s’offrent alors : se séparer et jeter l’argent par les fenêtres, ou le mettre en commun. Et voir les choses en grand. La bande criminelle se lance dans le trafic de drogue, la prostitution, les jeux clandestins, et dans les échanges d’alliances incessants avec les autres pouvoirs en place avec un but : devenir les rois de Rome. Et ils vont y arriver...


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Kim Rossi Stuart et Stefano Accorsi © Warner Bros, France

Le scénario du film est tiré d’un livre du même nom, écrit par un juge italien, témoin privilégié des évènements, Giancarlo De Cataldo. Les faits sont réels. Mais Romanzo Criminale est un film de gangster plutôt qu’une reconstitution historique de l’Italie des années de plomb, même si tout les détails sont fignolés. Sur les liens entre la bande, l’Etat et la Mafia, sur les possibles connexions avec les Brigades rouges et le terrorisme d’extrême droite, le film reste dans le flou. Choix qui peut paraître frustrant, Michele Placido a décidé de s’intéresser en priorité aux personnages, trois d’entre eux plus précisément, amis de longue date, encore ados au début du film, dont les surnoms influenceront le destin : le Libanais (Pierfrancesco Favino), grande gueule, autoritaire et solitaire ; Dandy (Claudio Santamaria), joueur et séducteur, un peu lâche, et le mystérieux Freddo (froid en italien, interprété par l’excellent Kim Rossi Stuart), au masque indéchiffrable, sorte de Machiavel hors la loi.

Leur règne est une débauche de sang, de drogues, de femmes. Mention spéciale à Anna Mouglaglis, qui joue Patrizia, compagne du Dandy, qui flirte avec un flic têtu qui poursuit inlassablement le gang. Car sous la réussite se cachent déjà les premiers signes de la déchéance, la meilleure partie du film. Alors que les trahisons pleuvent, la mélancolie sourde qui imprégnait chaque plan explose, aidée par une réalisation soignée : gros plans tenus, mouvements de caméra souvent justes, cadrages maîtrisés. Le scénario est efficace, et les personnages happent le spectateur, qui finit de se faire prendre par le rythme haletant. Romanzo Criminale est une excellente surprise, qui vous fera passer 2h30 sans même que vous vous en rendiez compte...

(JPG) Tout d’abord, je vous conseille la lecture du livre éponyme du juge Giancarlo De Cataldo, passionnant, dont est tiré le film. Celui-ci fait partie d’un genre bien particulier, presque entièrement défini par un chef-d’oeuvre : Il était une fois en Amérique. Même si vous l’avez déjà vu, c’est toujours un plaisir. Sinon, dirigez-vous vers Les Affranchis.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 2 avril 2006 7 02 /04 /Avr /2006 19:52

(JPG) de Christian Volckman
2006, France
Avec Robert Dauney, Crystal Shepherd-Cross, Isabelle Van Waes
Sorti le 15 mars, durée 1h35


Avouons-le : Renaissance est un événement, à plus d’un titre. Non seulement c’est un film 3D français, mais en plus ce n’est pas une comédie tout public, et - qui plus est - il est réussi, ce malgré un scénario convenu (seuls deux retournements de situation sont vraiment inattendus), et des personnages un peu trop stéréotypés (le flic solitaire, une vamp...). Tout simplement parce que la réalisation graphique, l’univers présenté et la mise en scène font que le spectateur y croit, ce qui a le don de faire passer les défauts susmentionnés au second plan.


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Du clair... © Pathé Distribution

Christian Volckman a imaginé un Paris cousin du Los Angeles de Blade Runner, tout en verticalité, poutrelles et verrières, immeubles néohausmanniens immenses, arches de métal, passerelles... Il a véritablement laissé libre cours à son imagination, allant jusqu’à rendre transparent le parvis de Notre-Dame. Cela aurait pu donner n’importe quoi, mais le réalisateur a choisi de tourner son film dans un noir et blanc tranché façon Sin City de Frank Miller. Le contraste entre le chaos de cette ville labyrinthe et la rigueur visuelle résultant de ce traitement graphique est détonnant.

D’autant que la mise en scène exploite à merveille son décor et sa palette de couleurs, dans l’éclairage des personnages notamment. Même si l’on peut trouver à redire à leur design, qui manque encore un peu de finesse, l’animation par contre est exemplaire. Elle a été réalisée en motion capture, technique qui n’a pas toujours donné d’heureux résultats mais qui ici est exploitée de main de maître. Expressions des visages, mouvements des corps, c’est fluide et crédible.


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...à l’obscur © Pathé Distribution

Le thriller futuriste aux enjeux bioéthiques qu’est Renaissance se suit donc avec un enthousiasme croissant. La sombre beauté des images sublime la recherche de la jeune (et brillante) scientifique Ilona Tasuiev, employée de la tentaculaire société Avalon qui de fait contrôle Paris, par Karas, policier rugueux. Une quête qui lui fait rencontrer une faune à l’image de la cité qu’il parcourt, d’un parrain obèse à la sœur de la victime (la vamp susmentionnée), l’amenant à fouiller les secrets d’Avalon même. Plongez avec lui, vous ne regretterez pas le voyage...


(JPG) Cette fois, des conseils qui tirent vers l’animation, forcément. Impossible de ne pas mentionner Wallace et Gromit, la malédiction du Lapin-Garou, qui sort le 12 avril en DVD (et si vous ne connaissez pas les aventures précédentes de ces deux personnages, foncez dessus, elles sont toutes aussi réussies). Dans un registre plus sérieux, où l’animation n’est pas au service d’une histoire a priori destinée aux enfants, je vous conseille les films de Satoshi Kon, japonais de son état : Tokyo Godfathers, inspiré du Fils du désert de John Ford et très drôle, Millenium Actress, étonnant, et dans une moindre mesure Perfect Blue, thriller un peu moins réussi que les deux autres.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Vendredi 10 mars 2006 5 10 /03 /Mars /2006 00:30

(JPG) de Bennet Miller
Titre original Capote
2005, États-Unis
Avec Philip Seymour Hoffman, Catherine Keener, Clifton Collins Jr
Sorti le 8 mars, durée 1h50


Qu’est-ce qui a pu intéresser Truman Capote, écrivain homosexuel originaire du sud des Etats-Unis, dans le le quadruple meurtre de la famille Clutter, fermiers du Kansas, par deux délinquants ? À l’appel de quel démon intérieur cette âme, qui se voulait artiste jusqu’au bout, a-t-elle cédé ? Philip Seymour Hoffman campe à la perfection ce personnage controversé, décrit comme fascinant et terrifiant, intellectuel consumé par un personnage de dandy aux manières précieuses, à la voix curieusement haut perchée, affublée d’un sifflement. Une apparence et des tics de façade qui finalement ne cachent pas le personnage, mais le révèlent.

L’écrivain est saisi pendant les quatre ans de recherche et d’écriture, entre 1959 et 1963, d’un livre qui bouleversera la littérature américaine : De sang froid, premier roman de « non-fiction ». On suit l’homme aux écharpes de marque alors qu’il rencontre puis séduit les frustres habitants de Holcombe, qu’il se confronte et devient ami avec l’un des assassins. Mais le devient-il vraiment ? Ou ne fréquente-il Perry Smith (Clifton Collins Jr) que pour le vampiriser, récupérer son essence pour en nourrir son œuvre ?


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Philip Seymour Hoffman, glaçant © Gaumont Columbia Tristar

Truman Capote est un film où le héros inspire certes de la sympathie, par un côté blessé qu’il révèle dans ses attitudes et ses conversations avec Perry. Une impression souvent contredite par les aperçus de sa vie en société, entre abus d’alcool et mots cruellement drôles. Il trouble surtout, par cette froide ambition, ce jeu entre fascination et utilisation qui le poussera, après avoir aidé les condamnés à mort à obtenir des sursis, afin d’entendre toute leur histoire, à désirer leur exécution, pour que la réalité mette fin à un récit qu’il n’assume plus.

Car si Truman déclare à Nelle Harper, amie d’enfance (Catherine Keener, irréprochable comme toujours), qu’il a l’impression que Perry et lui ont comme « grandi dans la même maison, sauf que lui est parti par la porte de derrière, et moi par celle de devant », le spectateur - et Truman lui-même - en vient à se demander qui de l’écrivain ou du criminel est le monstre. Le démon qui a été attiré par le meurtre, qui s’est repu des protaganistes, c’est lui-même. Bennet Miller, pour son premier film, réussit grâce à une mise en scène rigoureuse et austère, un grand interprète principal (et malgré une musique anémique et vaporeuse qui finit par porter sur les nerfs) le portrait d’un homme en proie au doute sur sa nature même. Bien qu’un peu lent par moments, Truman Capote est, comme son sujet, fascinant et terrifiant à la fois.


(JPG) Je vous conseille (plus que fortement) la lecture de De sang froid, le livre autour duquel le film tourne : c’est vraiment aussi bon qu’il le dit dans le film...Sinon, je profite de sa présence dans le casting pour faire une petite plongée dans la carrière d’une actrice que j’aime beaucoup : Catherine Keener. Rarement abonnée aux premiers rôles et aux films à gros budget, elle a tourné dans nombre de très bons films, dont deux comédies à ne pas rater, Ça tourne à Manhattan et Dans la peau de John Malkovitch.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Mercredi 8 mars 2006 3 08 /03 /Mars /2006 17:12

(JPG) de Julie Lopes-Curval
2005, France
Avec Julie Depardieu, Marion Cotillard, Jonathan Zaccaï, Tomer Sisley
Sorti le 8 mars, durée 1h30


C’est un fait : le cinéma français s’est mis à la comédie. Rien que ce dernier mois, nos écrans ont vu défiler les peu recommandables Célibataires et Incontrôlable, et le léché Fauteuils d’Orchestre (sans compter l’inénarrable Les Bronzés 3). Dans cette déferlante plus ou moins navrante, Toi & Moi est une note fraîche bienvenue. Le secret réside dans le sous-titre : « la vie est un roman-photo ». Des romans-photos, Ariane (Julie Depardieu) en écrit à la chaîne, pour la revue Toi & Moi, et son inspiration, elle la puise dans sa propre vie amoureuse et dans celle de sa demi-sœur violoncelliste, Léna (Marion Cotillard). Le film emprunte ainsi la forme bien particulière de ce genre littéraire pour nous gratifier de plusieurs aperçus de l’imaginaire coloré (et fixe) d’Ariane, rempli de jardiniers et d’héritages, délicieusement niais. Ces brillants chromos forment en plus un contrepoint parfait au reste du film.


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Julie Depardieu et Marion Cotillard © Pyramide distribution

Car la vie amoureuse des deux héroines n’est pas rose. Ariane, sorte de pot de fleur ambulant aux couleurs criardes, cruche écorchée vive et bourrée de complexe - Julie Depardieu est irrésistible - forme un couple incertain avec Farid (excellent Tomer Sisley), golden boy beur totalement débordé ; Léna, souris grise timide et renfermée sur elle-même - Marion Cotillard est radieuse - vit avec son premier amour, François, prof en banlieue et prototype parfait de l’homme terne. Mais deux rencontres risquent de changer leur vie : la violoncelliste rencontre un violoniste, et un maçon espagnol rôde autour de l’appartement d’Ariane.

Le scénario est à la hauteur des personnages, bien dessinés et bien interprétés : enchaînant gags, quiproquos et dialogues savoureux, il n’en possède pas moins un arrière-fond solide de mélo bien conçu, qui n’alourdit pas le film mais le crédibilise. Julie Lopes-Curval dirige avec légèreté, laissant ses acteurs s’exprimer librement - notamment pour le doublage des séquences de roman-photo, mémorable - et réalise de la même façon. Toi & Moi est une comédie romantique réussie, un petit moment de fraîcheur à saisir, avec en bonus des apparitions hilarantes de Chantal Lauby en tante un peu lunaire.



(JPG) Je voulais critiquer la semaine dernière Breakfast on Pluto, un bon Neil Jordan, mais il a déjà disparu des écrans. Pour se consoler, deux critiques cette semaine, et une (petite) plongée dans sa filmographie... Neil Jordan est un réalisateur prolifique et touche-à-tout. Parmis ses gros succès, le meilleur est sans doute Entretetien avec un vampire, mais penchez-vous plutôt sur La Compagnie des Loups, film sombre, gothique (dans le bon sens du terme) et fascinant d’une rare intensité.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Mardi 7 mars 2006 2 07 /03 /Mars /2006 12:44

(JPG) de Christophe Oetzenberger
2005, France
avec Yann Tregouët, Cécile Cuignet, Lionel Abelanski
Sorti le 22 février, durée 1h40


Thierry (Yann Tregouët) a passé cinq ans en prison, pour complicité de meurtre. Une condamnation sévère au vu des faits. Quand il revient dans son village du Nord, l’ambiance est pesante, entre le mépris des villageois et l’attitude déchirée de ses parents, une mère comme dépassée par un fils qu’elle ne comprend pas et un père qui noie ses déceptions dans la bière. Par CB, il sympathise avec des routiers, comme délivré par l’anonymat offert par le micro. Jusqu’au jour où, parti à la recherche de l’un d’entre eux, sur une aire d’autoroute, il le découvre mort, abattu d’une balle.

Et la peur resurgit. Seul témoin, avec un casier chargé, il est naturellement considéré comme un suspect par la police. Impossible de les convaincre de sa bonne foi, impossible de vaincre cette peur qui lui étreint le ventre à l’idée de retourner en prison. Alors Thierry s’enfuit, à pied, par les champs, les forêts, attendant que la vérité éclate, qu’il soit innocenté. Au fil de ses itinéraires, une pause dans un village, embauché par un truculent tenancier de bar-restaurant, la rencontre avec une fille de boulangère délurée (Cécile Cuignet).

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Yann Tregouët, à fleur de peau © Cine Classic

Christophe Otzenberger est un spécialiste du documentaire. Pour son premier film de fiction, il a choisi un thème loin de ses préoccupations sociales habituelles, même si elles transparaissent parfois dans sa façon de dépendre un Nord morose. Itinéraires est à la fois animal et abstrait, centré sur l’idée de la fuite elle-même, sorte de malédiction qui transforme Thierry en bête traquée et ne le lâchera jamais. Yann Tregouët est de ce point de vue exemplaire, interprétant ce personnage discret par obligation avec une tension intérieure qui éclabousse l’écran.

À chaque instant le spectateur ressent la peur et la honte, incontrôlables, qui poussent Thierry à des actes défiant toute logique : d’un accès subit de gentillesse envers un inconnu dans un bar qui lui rappelle son père (parce qu’il demande au tenancier de ‘payer son verre’) à vouloir s’enterrer sous les feuilles mortes dans les premières heures de sa fuite. Haletant, prenant, le film souffre parfois de personnages secondaires aux caractéristiques un peu trop marquées, mais sait surtout éviter les écueils des films de cavale : ici, la police n’est pas incompétente ou bêtement sadique, les ‘vrais gens’ ne sont pas que des cœurs d’or ou des salauds. Une justesse de ton bienvenue qui permet à la prestation de Yann Tregouët de prendre toute son ampleur.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 19 février 2006 7 19 /02 /Fév /2006 02:12

(JPG) de Rebecca Miller
2003, Etats-Unis
Avec Daniel Day-Lewis, Camilla Belle, Catherine Keener
Sorti le 15 février, durée 1h52


Une île, au large de la côte Est des Etats-Unis. Elle pourrait presque être déserte, si ce n’est pour la présence de Jack (Daniel Day Lewis, d’une présence rare), et de Rose (Camilla Belle), sa fille. Ils sont les seuls rescapés de la communauté hippie que cet ancien ingénieur en énergies de substitution avait fondé en 1960. Il y a une ville, atteignable en bateau, qui apparaîtra à de rares occasions, collection de maisons préfabriquées, pâles copies de demeures coloniales, comme un symbole de ce que le père a rejeté : mercantilisme, mépris de la nature.

Une ville qui essaie de mettre le pied sur l’île, sous la forme d’un lotissement en construction auquel Jack s’oppose de toutes ses forces, avec la participation complice de sa fille. La mère de Rose est partie quand elle avait cinq ans. Maintenant, elle en a 16, et Jack souffre d’une maladie cardiaque. Il va mourir, le sait, et réalise que sa fille, qui lui confie son intention de mourir en même temps que lui, est comme prisonnière d’une relation trop exclusive.


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Daniel Day-Lewis et Camilla Belle © TFM Distribution

The ballad of Jack & Rose est une histoire de renoncements et d’adieux. À son père, et à tout ce qui a été sa vie pour Rose ; à la vie, à sa fille, et presque à ses croyances pour Jack. C’est au prix d’une douloureuse hésitation que ce dernier va finir par demander à sa maîtresse (Catherine Keener) de venir vivre avec lui, avec ses deux garçons, adolescents typiques, chacun dans son style : l’un obsédé, l’autre sensible. Cohabitation qui va provoquer un électrochoc dans le couple père-fille.

Rose se fait couper les cheveux, se transformant en Lolita, comme pour se venger de la trahison de Jack, alors que ce dernier se retrouve à supporter une existence qui ne lui plaît pas, et à lutter contre un promoteur immobilier qui s’avèrera n’être qu’un être humain. Un humour discret sous-tend toutes les scènes, par la grâce de personnage très réussis dans leurs contradictions, leurs élans, et d’acteurs qui jouent juste. La réalisation de Rebecca Miller (la fille d’Arthur) cerne les visages, capte les expressions avec talent, mais souffre d’un manque de rythme qui pénalise le récit. Heureusement, une excellente bande originale compense le seul vrai défaut de ce qui est, en fait, une bonne comédie douce-amère sur un sujet peu évident à traiter.


(JPG) Rebecca Miller avait tourné plusieurs films auparavant, et joué dans un bon nombre d’autres. Parmi ses réalisations, vous pouvez vous intéresser à Personal Velocity : Three Portraits a remporté le Grand Prix du jury lors du Festival de Sundance de 2002. Sinon, il faut bien dire que les écrans étaient chargés cette semaine, entre Le Nouveau Monde et Walk the Line, que je vous conseille tous les deux. Enfin, pour ceux qui sont allés voir Ils ne mourraient pas tous... et que cela a intéressé, penchez-vous sur Sauf le respect que je vous dois, thriller d’entreprise où Olivier Gourmet est époustouflant.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Lundi 13 février 2006 1 13 /02 /Fév /2006 19:08

(JPG) de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil
2005, France
Documentaire
Sortie le 8 février, durée 1h20


Le titre, c’est une citation des Animaux malades de la peste, de Jean de la Fontaine. Ici aussi, il est question d’êtres rongés par un mal inavouable, et où personne à proprement parler ne porte de responsabilité. Mais le parallèle s’arrête là. La maladie elle même ne porte pas de nom. Ils ne mourraient pas tous... permet d’en dessiner les contours : ce mal-être qui naît de conditions de travail de moins en moins humaines. Mal que l’on garde pour soi, parce qu’on a honte de ne pas résister, parce que la famille ne comprend pas toujours, et duquel on souffre, jusqu’à la rupture.

Quatre entretiens, un débat pour conclure. Les réalisateurs voulaient prolonger le travail de Christophe Dejours, auteur de Souffrance en France (éditions du Seuil, 2000). Ils ont fini par entendre parler de consultations spécialisées en région parisienne. Pendant les entretiens, ce qui frappe, c’est le ton de la voix, calme, les regards, entre soulagement, peur, et fatigue. Une ouvrière sur une chaîne de montage, entre augmentation des cadences, réduction du personnel et menaces de licenciement ; un directeur d’agence confronté à des objectifs inatteignables, qui ne veut pas les répercuter sur son personnel ; une aide soignante malmenée par sa chef, et une gérante de magasin, rétrogradée après vingt ans de service. Quatre récits boulerversants, sans voyeurisme.


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Un des bureaux, simple, où les rencontres se déroulent © Bodega Films

Le débat final réunit les trois praticiens du documentaire et Christophe Dejours. Il permet au spectateur d’avoir des points de repère, des pistes pour comprendre cette souffrance et la replacer dans son contexte : les nouvelles pratiques managériales. Le film explore ainsi les maux psychiques liés aux mutations du monde du travail. Il a fallu des mois de repérage pour que Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil puissent poser leurs caméras dans ces bureaux simples, froids même, et pourtant lieux d’écoute et de soutien. La sobriété de la réalisation répond à celle du cadre et des hommes. Les quatre entretiens sont filmés presque sans coupure, en longs plans fixes. Pas d’effets de manche : l’essentiel, ici, ce sont les mots.

Pas de militantisme indû non plus, dans ces témoignages d’autant plus bouleversants qu’ils émanent de personnes investies dans leurs emplois. Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés n’est pas un réquisitoire contre le travail. C’est un état des lieux, alarmant, sur le type d’homme que fabrique la société par l’entremise de ce qui reste l’occupation première de chacun. À voir, ne serait-ce que pour récompenser l’espoir de ceux qui se sont confiés : faciliter, voire permettre une prise de conscience collective.


(JPG) Je vous conseille de lire l’ouvrage à l’origine de ce documentaire, Souffrance en France. Par ailleurs, une réédition et une nouveauté DVD ont (entre autres !) retenu mon attention ces dernières semaines : l’indispensable (pour ceux qui ont aimé le livre) Charlie et la chocolaterie, et, nettement moins connu, Keoma, western italien atypique, qui ressort dans une version à prix allégé.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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