L'auteur, le blog


Un blog, c'est fait pour parler de tout et de rien. Alors il y aura du rien (beaucoup), de tout (parfois), du n'importe quoi (un peu trop souvent), et surtout... des mots.


Petit guide... Le cinéma, c'est un film par semaine, sorti et qui n'a pas attiré l'attention qu'il mérite ! L'actu, c'est l'actu, un peu de tout dessus... Et des nouvelles, pour le plaisir.

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Amis errants, bienvenue ! Habitués de la maison, heureux de vous revoir.
Faites comme chez vous, et n'hésitez  pas à revenir...
Je tiens à m'excuser pour le manque de renouvellement de ce blog. Un emploi du temps entre vacances et début d'un nouveau travail, bref, je n'ai presque pas mis les pieds au ciné depuis une éternité !
Mais bon, le tout est de prendre le rythme, et j'espère que dans peu de temps je pourrais recommencer à tenir la boutique. D'ici là, je vous demande un peu de patience...

Jeudi 13 avril 2006 4 13 /04 /2006 05:26
Les politiciens français ont une mauvaise habitude : rendre l’Union Européenne responsable de toute réforme impopulaire, avorté ou réussie. Ce qui a sans conteste joué dans le rejet de la Constitution, le 29 mai 2005. Mais pour une fois, Chirac n’a pas pu blâmer l’Europe pour le fiasco du CPE. La mesure s’inscrivait pourtant dans l’esprit, libéral, des mesures de Lisbonne. Logiquement, les syndicats de l’Union ont soutenu le mouvement de protestation, remettant Paris au centre de la scène européenne.

S’il est une chose que les Français ont tendance à oublier ces derniers temps, c’est l’Europe. C’est du moins l’impression que donne leur comportement depuis quelques années. Sans parler du rejet de la Constitution, le « patriotisme économique » en est un bon exemple. Le décret anti-OPA, adopté par le gouvernement Villepin, paru fin décembre au Journal officiel, impose des restrictions aux investissements étrangers dans onze secteurs jugés stratégiques. Mesure d’autant plus hypocrite que la France est une des plus grosse acheteuses d’entreprises étrangères, et qui fait d’ailleurs l’objet d’une procédure d’infraction lancée par Bruxelle. Le CPE, d’une autre façon, en témoigne aussi.

Même si aucun texte européen n’imposait le CPE tel qu’édicté par Villepin, il n’en reste pas moins qu’il est dans le direct prolongement des directives de l’Union. Particulièrement celles du Pacte européen pour la jeunesse, adopté par le Conseil il y a un an à la demande entre autre de la France, qui avait pour objectif notamment d’améliorer « l’insertion professionnelle et sociale des jeunes ». Autrement dit, de réduire le chômage des jeunes. Mais au-delà de cela, le CPE s’inscrit dans la droite ligne de la stratégie de Lisbonne, adoptée en 2000 par l’Union pour relancer l’emploi et la croissance. Stratégie dont les orientations actuelles, en matière d’emploi, prévoient non seulement qu’ils doivent améliorer la capacité d’adaptation des travailleurs et des entreprises, mais aussi qu’ils doivent accroître la flexibilité des marchés du travail pour aider l’Europe à s’adapter aux restructurations et à l’évolution des marchés.

Du caractère économique des acquis sociaux
opinion
À quoi sert une entreprise, quelle est sa fonction première ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce n’est pas de fournir du travail. C’est de dégager un profit pour ses propriétaires. Pour ce faire, il faut être compétitif : c’est la règle du jeu. De plus, dans un système qui respecte la notion de privé, on ne peut pas forcer une entreprise à embaucher, et en toute logique on devrait pas pouvoir l’empêcher de licencier, surtout pour motifs économiques : après tout, c’est sa raison d’être. L’humanité étant ce qu’elle est, à savoir qu’il y aura toujours des profiteurs et des vertueux, et que dans ce domaine il est nettement plus rentable d’être parmi les premiers, laisser une totale liberté d’agir en matière de licenciement revient à ouvrir la porte à tous les abus. Des garde-fous se sont imposés : les acquis sociaux. Mais ceux-ci n’apparaissent que dans la mesure où l’économie du pays peut se le permettre, car ils ont un coût, loin d’être négligeable. Ils sont particulièrement importants et rigides en France, question de culture, pourrait-on dire, dans un société qui tente l’impossible conciliation entre liberté, égalité et fraternité... Là où le bât blesse, c’est quand certains de ces acquis ressemblent à s’y méprendre à des privilèges, comme la retraite à cinquante ans pour les cheminots roulants de la SNCF (cinquante-cinq ans pour les autres). Tous ces avantages datent d’une période de croissance. En période de crise - car la France est en crise - un tri ne serait-il pas nécessaire ?

Flexibilité : le mot est lâché. Le terme, assimilé à précarité par un nombre impressionnant de jeunes (qui déclarent en grande majorité vouloir devenir fonctionnaires), est celui qui a enflammé le débat, et qui a retenu l’attention des voisins européens de la France. Les manifestations sont apparues surtout comme un refus de souscrire aux règles du « libéralisme ». C’est autour de cet enjeu que la plupart des syndicats européens envoient des signes d’encouragement aux manifestants français, comme la Confédération Européenne des Syndicats, qui a participé à la manifestation du 4 avril. Par la grâce de fonctionnaires prêts à paralyser un pays, Paris apparaît comme l’endroit en Europe où l’on défend le mieux l’Europe sociale. Une légitimité inespérée qui peut donner l’occasion à la France de retrouver une place dans la démarche européenne...
Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Mercredi 12 avril 2006 3 12 /04 /2006 23:48

(JPG) de Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy
2005, Belgique
Avec Fiona Gordon, Dominique Abel, Lucy Tulugarjuk
Sorti le 5 avril, durée 1h 24min


L’Iceberg commence par un drôle de ballet - une chorégraphie sur serpillière. Fiona (Fiona Gordon), gérante dégingandée d’un fast-food, est chargée de la fermeture, et circule les deux pieds sur le chiffon. Quand elle range dans le frigo un sac de nourriture oublié dehors, son écharpe entraîne la porte, l’enfermant pour la nuit à -30°C... Elle en ressortira avec une obsession : aller voir un iceberg. D’autant plus que sa vie quotidienne n’a rien de particulièrement attirant...


(JPG)
Fiona Gordon et Philippe Martz © MK2 distribution

Filmé en longs plans-séquences - d’une composition parfaite - avec une caméra fixe, l’Iceberg se présente presque comme un film à sketches, reliés entre eux par une trame absurde qui va voir Fiona quitter son morne pavillon préfabriqué et sa vie d’une tristesse hilarante, mécanique impersonnelle et trop bien huilée, au grand désespoir de son mari Julien (excellent Dominique Abel). Un voyage dont les étapes devront plus au hasard qu’à sa volonté. Ainsi, pour son départ, elle monte dans un camion frigorifique sur le parking de son fast-food. Celui-ci s’avèrera rempli de sans-papiers, qui seront « triés » à la frontière franco-belge dans une scène surréaliste, où les gens sont enfermés dans des cadres de craies dessinés sur le trottoir...

Entre scénario improbable et comique gestuel, l’humour de l’Iceberg rappelle celui de Jacques Tati. D’ailleurs, tout comme M. Hulot, les personnages, tous à côté de la plaque, sont désarticulés, chacun à sa façon. Cela met d’autant plus en valeur le comique de leurs gesticulations, loin d’être frénétiques : le rythme du film est lent, ce qui ne constitue pas un obstacle au rire. Mieux encore, le pathétique flirte avec le poétique, par la grâce des interprètes, flegmatiques marionnettes aux fils élastiques.


(JPG)
Dominique Abel et Philippe Martz © MK2 Distribution

Les Français aiment se moquer de leurs voisins du Nord, mais ce que l’on sait moins, c’est que les Belges nous le rendent bien. Le passage de Fiona à Barfleur, Basse-Normandie, est une merveille de burlesque, du maire tailleur de crayon au système de communication du village (faire passer les messages par les jambes d’une fillette de onze ans pour ne pas avoir à se déplacer soi-même). C’est ici que Fiona trouvera un bateau - le Titanique - pour pouvoir aller à la rencontre de son iceberg, tout en étant poursuivie par son mari jusqu’au milieu de l’océan... Tout est savoureux dans ce film, jusqu’au générique de fin. À ne rater sous aucun prétexte...

(JPG) Comme dit précédemment, l’humour de l’Iceberg, gestuel, scénique et presque muet, rappelle beaucoup celui de Jacques Tati. Si vous ne connaissez pas ce cinéaste, précipitez-vous vers ses films. En voici quatre en dvd, parmi mes préférés : Playtime, Jour de fête, Mon Oncle, et l’indispensable Les Vacances de Monsieur Hulot. En cherchant sur eBay, vous pourrez également trouver des exemplaires du dvd de Trafic, comédie hilarante sur le brusque changement de mentalité de l’homme quand il change de voiture...

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Mardi 4 avril 2006 2 04 /04 /2006 23:17

(JPG) de Fabián Bielinsky
2005, Argentine
Avec Ricardo Darin, Dolores Fonzi, Alejandro Awada
Sortie le 29 mars, durée 2h12


El aura est peut-être la meilleure surprise de ce début d’année. De Fabián Bielinsky, réalisateur de l’excellent les Neufs Reines, on pouvait s’attendre à un thriller haletant rempli de fausses pistes, un brillant scénario bavard parsemé de chausse-trappes - genre dont la référence reste Usual Suspects. Dans El aura, le scénario reste brillant, et tout aussi accrocheur : mais les Neufs Reines était réalisé « dans les règles de l’art », alors que El aura brise les cadres habituels du film noir, l’expose, pour paradoxalement en retrouver toute la force.

Ici, le mutisme prime, et d’abord celui du héros, sans nom. Un héros, ou plutôt un anti-héros : taxidermiste, taciturne, solitaire. Et épileptique. Autre particularité : il passe son temps à imaginer des cambriolages dans sa tête. Ils sont parfaits, au demeurant : observateur et possédant une mémoire immédiate phénoménale, il ferait un braqueur idéal. Mais il ne passe jamais à l’acte, plus par peur que par honnêteté.


(JPG)
Ricardo Darin, grandiose © Metropolitan Filmexport

Le tournant de sa vie va être une invitation à la chasse, lancée par un collègue, qu’il refuse dans un premier temps avant de découvrir que sa femme l’a quitté. Il se résout alors à quitter Buenos Aires et à rejoindre la forêt au sud de la ville, qui constituera l’essentiel du décor : El aura est un huis clos dans les bois. Ils ne trouvent pas de place à l’hôtel car, leur explique-t-on, la fermeture prochaine du casino voisin a attiré les foules. L’argent qui s’y trouve va être convoyé dans un transporteur de fonds blindé. L’occasion de mettre ses rêves en pratique... Mais la réalité est plus complexe que les fantasmes.

L’épilepsie joue un double rôle : d’abord comme élément de suspens, le héros ne sachant jamais combien de temps il va rester conscient avant la prochaine crise et le moment de flottement, « atroce et sublime », qui la précède. Mais surtout, cette condition place d’emblée son regard désabusé en décalage par rapport à ceux des autres personnages, comme interrogeant leurs pulsions et leur violence. Des sentiments que Fabián Bielinsky fait ressortir à merveille, grâce à une mise en scène à la fois énergique et mélancolique. El aura unit fable initiatique et thriller bien noir en un mélange équilibré, rare, à ne pas rater...

(JPG) Je ne saurais trop vous conseillez le premier film de Fabián Bielinsky, les Neufs Reines, un film d’arnaque (comme il y en a beaucoup au cinéma) intelligent et aux multiples fausses pistes savamment orchestrées (comme il y en a moins au cinéma, malheureusement...), où vous retrouverez d’ailleurs Ricardo Darin, dans un rôle nettement plus bavard, mais où il est tout aussi bon.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Lundi 3 avril 2006 1 03 /04 /2006 23:23

(JPG) de Michele Placido
2005, Italie
Avec Kim Rossi Stuart, Anna Mouglalis, Pierfrancesco Favino
Sorti le 22 mars, durée 2h28


Au milieu des années 70, alors que les Brigades rouges secouent l’Italie, un gang de petits malfrats commet ses premiers méfaits à Rome. Jusqu’à un kidnapping, qui rapporte une rançon copieuse. Deux possibilités s’offrent alors : se séparer et jeter l’argent par les fenêtres, ou le mettre en commun. Et voir les choses en grand. La bande criminelle se lance dans le trafic de drogue, la prostitution, les jeux clandestins, et dans les échanges d’alliances incessants avec les autres pouvoirs en place avec un but : devenir les rois de Rome. Et ils vont y arriver...


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Kim Rossi Stuart et Stefano Accorsi © Warner Bros, France

Le scénario du film est tiré d’un livre du même nom, écrit par un juge italien, témoin privilégié des évènements, Giancarlo De Cataldo. Les faits sont réels. Mais Romanzo Criminale est un film de gangster plutôt qu’une reconstitution historique de l’Italie des années de plomb, même si tout les détails sont fignolés. Sur les liens entre la bande, l’Etat et la Mafia, sur les possibles connexions avec les Brigades rouges et le terrorisme d’extrême droite, le film reste dans le flou. Choix qui peut paraître frustrant, Michele Placido a décidé de s’intéresser en priorité aux personnages, trois d’entre eux plus précisément, amis de longue date, encore ados au début du film, dont les surnoms influenceront le destin : le Libanais (Pierfrancesco Favino), grande gueule, autoritaire et solitaire ; Dandy (Claudio Santamaria), joueur et séducteur, un peu lâche, et le mystérieux Freddo (froid en italien, interprété par l’excellent Kim Rossi Stuart), au masque indéchiffrable, sorte de Machiavel hors la loi.

Leur règne est une débauche de sang, de drogues, de femmes. Mention spéciale à Anna Mouglaglis, qui joue Patrizia, compagne du Dandy, qui flirte avec un flic têtu qui poursuit inlassablement le gang. Car sous la réussite se cachent déjà les premiers signes de la déchéance, la meilleure partie du film. Alors que les trahisons pleuvent, la mélancolie sourde qui imprégnait chaque plan explose, aidée par une réalisation soignée : gros plans tenus, mouvements de caméra souvent justes, cadrages maîtrisés. Le scénario est efficace, et les personnages happent le spectateur, qui finit de se faire prendre par le rythme haletant. Romanzo Criminale est une excellente surprise, qui vous fera passer 2h30 sans même que vous vous en rendiez compte...

(JPG) Tout d’abord, je vous conseille la lecture du livre éponyme du juge Giancarlo De Cataldo, passionnant, dont est tiré le film. Celui-ci fait partie d’un genre bien particulier, presque entièrement défini par un chef-d’oeuvre : Il était une fois en Amérique. Même si vous l’avez déjà vu, c’est toujours un plaisir. Sinon, dirigez-vous vers Les Affranchis.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 2 avril 2006 7 02 /04 /2006 19:52

(JPG) de Christian Volckman
2006, France
Avec Robert Dauney, Crystal Shepherd-Cross, Isabelle Van Waes
Sorti le 15 mars, durée 1h35


Avouons-le : Renaissance est un événement, à plus d’un titre. Non seulement c’est un film 3D français, mais en plus ce n’est pas une comédie tout public, et - qui plus est - il est réussi, ce malgré un scénario convenu (seuls deux retournements de situation sont vraiment inattendus), et des personnages un peu trop stéréotypés (le flic solitaire, une vamp...). Tout simplement parce que la réalisation graphique, l’univers présenté et la mise en scène font que le spectateur y croit, ce qui a le don de faire passer les défauts susmentionnés au second plan.


(JPG)
Du clair... © Pathé Distribution

Christian Volckman a imaginé un Paris cousin du Los Angeles de Blade Runner, tout en verticalité, poutrelles et verrières, immeubles néohausmanniens immenses, arches de métal, passerelles... Il a véritablement laissé libre cours à son imagination, allant jusqu’à rendre transparent le parvis de Notre-Dame. Cela aurait pu donner n’importe quoi, mais le réalisateur a choisi de tourner son film dans un noir et blanc tranché façon Sin City de Frank Miller. Le contraste entre le chaos de cette ville labyrinthe et la rigueur visuelle résultant de ce traitement graphique est détonnant.

D’autant que la mise en scène exploite à merveille son décor et sa palette de couleurs, dans l’éclairage des personnages notamment. Même si l’on peut trouver à redire à leur design, qui manque encore un peu de finesse, l’animation par contre est exemplaire. Elle a été réalisée en motion capture, technique qui n’a pas toujours donné d’heureux résultats mais qui ici est exploitée de main de maître. Expressions des visages, mouvements des corps, c’est fluide et crédible.


(JPG)
...à l’obscur © Pathé Distribution

Le thriller futuriste aux enjeux bioéthiques qu’est Renaissance se suit donc avec un enthousiasme croissant. La sombre beauté des images sublime la recherche de la jeune (et brillante) scientifique Ilona Tasuiev, employée de la tentaculaire société Avalon qui de fait contrôle Paris, par Karas, policier rugueux. Une quête qui lui fait rencontrer une faune à l’image de la cité qu’il parcourt, d’un parrain obèse à la sœur de la victime (la vamp susmentionnée), l’amenant à fouiller les secrets d’Avalon même. Plongez avec lui, vous ne regretterez pas le voyage...


(JPG) Cette fois, des conseils qui tirent vers l’animation, forcément. Impossible de ne pas mentionner Wallace et Gromit, la malédiction du Lapin-Garou, qui sort le 12 avril en DVD (et si vous ne connaissez pas les aventures précédentes de ces deux personnages, foncez dessus, elles sont toutes aussi réussies). Dans un registre plus sérieux, où l’animation n’est pas au service d’une histoire a priori destinée aux enfants, je vous conseille les films de Satoshi Kon, japonais de son état : Tokyo Godfathers, inspiré du Fils du désert de John Ford et très drôle, Millenium Actress, étonnant, et dans une moindre mesure Perfect Blue, thriller un peu moins réussi que les deux autres.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Vendredi 10 mars 2006 5 10 /03 /2006 00:30

(JPG) de Bennet Miller
Titre original Capote
2005, États-Unis
Avec Philip Seymour Hoffman, Catherine Keener, Clifton Collins Jr
Sorti le 8 mars, durée 1h50


Qu’est-ce qui a pu intéresser Truman Capote, écrivain homosexuel originaire du sud des Etats-Unis, dans le le quadruple meurtre de la famille Clutter, fermiers du Kansas, par deux délinquants ? À l’appel de quel démon intérieur cette âme, qui se voulait artiste jusqu’au bout, a-t-elle cédé ? Philip Seymour Hoffman campe à la perfection ce personnage controversé, décrit comme fascinant et terrifiant, intellectuel consumé par un personnage de dandy aux manières précieuses, à la voix curieusement haut perchée, affublée d’un sifflement. Une apparence et des tics de façade qui finalement ne cachent pas le personnage, mais le révèlent.

L’écrivain est saisi pendant les quatre ans de recherche et d’écriture, entre 1959 et 1963, d’un livre qui bouleversera la littérature américaine : De sang froid, premier roman de « non-fiction ». On suit l’homme aux écharpes de marque alors qu’il rencontre puis séduit les frustres habitants de Holcombe, qu’il se confronte et devient ami avec l’un des assassins. Mais le devient-il vraiment ? Ou ne fréquente-il Perry Smith (Clifton Collins Jr) que pour le vampiriser, récupérer son essence pour en nourrir son œuvre ?


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Philip Seymour Hoffman, glaçant © Gaumont Columbia Tristar

Truman Capote est un film où le héros inspire certes de la sympathie, par un côté blessé qu’il révèle dans ses attitudes et ses conversations avec Perry. Une impression souvent contredite par les aperçus de sa vie en société, entre abus d’alcool et mots cruellement drôles. Il trouble surtout, par cette froide ambition, ce jeu entre fascination et utilisation qui le poussera, après avoir aidé les condamnés à mort à obtenir des sursis, afin d’entendre toute leur histoire, à désirer leur exécution, pour que la réalité mette fin à un récit qu’il n’assume plus.

Car si Truman déclare à Nelle Harper, amie d’enfance (Catherine Keener, irréprochable comme toujours), qu’il a l’impression que Perry et lui ont comme « grandi dans la même maison, sauf que lui est parti par la porte de derrière, et moi par celle de devant », le spectateur - et Truman lui-même - en vient à se demander qui de l’écrivain ou du criminel est le monstre. Le démon qui a été attiré par le meurtre, qui s’est repu des protaganistes, c’est lui-même. Bennet Miller, pour son premier film, réussit grâce à une mise en scène rigoureuse et austère, un grand interprète principal (et malgré une musique anémique et vaporeuse qui finit par porter sur les nerfs) le portrait d’un homme en proie au doute sur sa nature même. Bien qu’un peu lent par moments, Truman Capote est, comme son sujet, fascinant et terrifiant à la fois.


(JPG) Je vous conseille (plus que fortement) la lecture de De sang froid, le livre autour duquel le film tourne : c’est vraiment aussi bon qu’il le dit dans le film...Sinon, je profite de sa présence dans le casting pour faire une petite plongée dans la carrière d’une actrice que j’aime beaucoup : Catherine Keener. Rarement abonnée aux premiers rôles et aux films à gros budget, elle a tourné dans nombre de très bons films, dont deux comédies à ne pas rater, Ça tourne à Manhattan et Dans la peau de John Malkovitch.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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Mercredi 8 mars 2006 3 08 /03 /2006 17:12

(JPG) de Julie Lopes-Curval
2005, France
Avec Julie Depardieu, Marion Cotillard, Jonathan Zaccaï, Tomer Sisley
Sorti le 8 mars, durée 1h30


C’est un fait : le cinéma français s’est mis à la comédie. Rien que ce dernier mois, nos écrans ont vu défiler les peu recommandables Célibataires et Incontrôlable, et le léché Fauteuils d’Orchestre (sans compter l’inénarrable Les Bronzés 3). Dans cette déferlante plus ou moins navrante, Toi & Moi est une note fraîche bienvenue. Le secret réside dans le sous-titre : « la vie est un roman-photo ». Des romans-photos, Ariane (Julie Depardieu) en écrit à la chaîne, pour la revue Toi & Moi, et son inspiration, elle la puise dans sa propre vie amoureuse et dans celle de sa demi-sœur violoncelliste, Léna (Marion Cotillard). Le film emprunte ainsi la forme bien particulière de ce genre littéraire pour nous gratifier de plusieurs aperçus de l’imaginaire coloré (et fixe) d’Ariane, rempli de jardiniers et d’héritages, délicieusement niais. Ces brillants chromos forment en plus un contrepoint parfait au reste du film.


(JPG)
Julie Depardieu et Marion Cotillard © Pyramide distribution

Car la vie amoureuse des deux héroines n’est pas rose. Ariane, sorte de pot de fleur ambulant aux couleurs criardes, cruche écorchée vive et bourrée de complexe - Julie Depardieu est irrésistible - forme un couple incertain avec Farid (excellent Tomer Sisley), golden boy beur totalement débordé ; Léna, souris grise timide et renfermée sur elle-même - Marion Cotillard est radieuse - vit avec son premier amour, François, prof en banlieue et prototype parfait de l’homme terne. Mais deux rencontres risquent de changer leur vie : la violoncelliste rencontre un violoniste, et un maçon espagnol rôde autour de l’appartement d’Ariane.

Le scénario est à la hauteur des personnages, bien dessinés et bien interprétés : enchaînant gags, quiproquos et dialogues savoureux, il n’en possède pas moins un arrière-fond solide de mélo bien conçu, qui n’alourdit pas le film mais le crédibilise. Julie Lopes-Curval dirige avec légèreté, laissant ses acteurs s’exprimer librement - notamment pour le doublage des séquences de roman-photo, mémorable - et réalise de la même façon. Toi & Moi est une comédie romantique réussie, un petit moment de fraîcheur à saisir, avec en bonus des apparitions hilarantes de Chantal Lauby en tante un peu lunaire.



(JPG) Je voulais critiquer la semaine dernière Breakfast on Pluto, un bon Neil Jordan, mais il a déjà disparu des écrans. Pour se consoler, deux critiques cette semaine, et une (petite) plongée dans sa filmographie... Neil Jordan est un réalisateur prolifique et touche-à-tout. Parmis ses gros succès, le meilleur est sans doute Entretetien avec un vampire, mais penchez-vous plutôt sur La Compagnie des Loups, film sombre, gothique (dans le bon sens du terme) et fascinant d’une rare intensité.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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