Mercredi 12 avril 2006
3
12
/04
/2006
23:48
de Dominique Abel, Fiona Gordon, Bruno Romy
2005, Belgique
Avec Fiona Gordon, Dominique Abel, Lucy Tulugarjuk
Sorti le 5 avril, durée 1h 24min
L’Iceberg commence par un drôle de ballet - une chorégraphie sur serpillière. Fiona (Fiona Gordon), gérante dégingandée d’un fast-food, est chargée de la fermeture, et circule les deux pieds sur le chiffon. Quand elle range dans le frigo un sac de nourriture oublié dehors, son écharpe entraîne la porte, l’enfermant pour la nuit à -30°C... Elle en ressortira avec une obsession : aller voir un iceberg. D’autant plus que sa vie quotidienne n’a rien de particulièrement attirant...
Fiona Gordon et Philippe Martz © MK2 distribution
Filmé en longs plans-séquences - d’une composition parfaite - avec une caméra fixe, l’Iceberg se présente presque comme un film à sketches, reliés entre eux par une trame absurde qui va voir Fiona quitter son morne pavillon préfabriqué et sa vie d’une tristesse hilarante, mécanique impersonnelle et trop bien huilée, au grand désespoir de son mari Julien (excellent Dominique Abel). Un voyage dont les étapes devront plus au hasard qu’à sa volonté. Ainsi, pour son départ, elle monte dans un camion frigorifique sur le parking de son fast-food. Celui-ci s’avèrera rempli de sans-papiers, qui seront « triés » à la frontière franco-belge dans une scène surréaliste, où les gens sont enfermés dans des cadres de craies dessinés sur le trottoir...
Entre scénario improbable et comique gestuel, l’humour de l’Iceberg rappelle celui de Jacques Tati. D’ailleurs, tout comme M. Hulot, les personnages, tous à côté de la plaque, sont désarticulés, chacun à sa façon. Cela met d’autant plus en valeur le comique de leurs gesticulations, loin d’être frénétiques : le rythme du film est lent, ce qui ne constitue pas un obstacle au rire. Mieux encore, le pathétique flirte avec le poétique, par la grâce des interprètes, flegmatiques marionnettes aux fils élastiques.
Dominique Abel et Philippe Martz © MK2 Distribution
Les Français aiment se moquer de leurs voisins du Nord, mais ce que l’on sait moins, c’est que les Belges nous le rendent bien. Le passage de Fiona à Barfleur, Basse-Normandie, est une merveille de burlesque, du maire tailleur de crayon au système de communication du village (faire passer les messages par les jambes d’une fillette de onze ans pour ne pas avoir à se déplacer soi-même). C’est ici que Fiona trouvera un bateau - le Titanique - pour pouvoir aller à la rencontre de son iceberg, tout en étant poursuivie par son mari jusqu’au milieu de l’océan... Tout est savoureux dans ce film, jusqu’au générique de fin. À ne rater sous aucun prétexte...
Comme dit précédemment, l’humour de l’Iceberg, gestuel, scénique et presque muet, rappelle beaucoup celui de Jacques Tati. Si vous ne connaissez pas ce cinéaste, précipitez-vous vers ses films. En voici quatre en dvd, parmi mes préférés : Playtime, Jour de fête, Mon Oncle, et l’indispensable Les Vacances de Monsieur Hulot. En cherchant sur eBay, vous pourrez également trouver des exemplaires du dvd de Trafic, comédie hilarante sur le brusque changement de mentalité de l’homme quand il change de voiture...
Commentaires