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Lundi 7 novembre 2005 1 07 /11 /Nov /2005 14:49

(JPG) De Hong Sang-Soo
Titre original : Keuk jang jeon
2005, Corée du Sud
Avec Uhm Jiwon, Lee Kiwoo, Kim Sang-kyung
Sorti le 2 novembre

Bouffée d’air frais, jeu de miroirs, réflexions sur le cinéma... Ce Conte est une perle, mais elle n’est pas si aisée d’accès. Le cinéma de Hong Sang-Soo requiert du spectateur plus que son regard ; ses scénarii sont des espaces ouverts, demandant à chacun devant l’écran de combler les vides, de se faire son interprétation des choses. Avec son spleen inimitable, il décrit ses personnages par touches impressionnistes, des scènes presque banales parsemée d’un humour à froid, filmée de manière très proche, où parfois la caméra se laisse aller à agir comme un personnage indépendant. Invité, accompagné par sa main invisible, le spectateur se bâtit petit à petit son idée des personnages, des évenements.

(JPG)
Tongsu (Kim Sang-kyung) © MK2 Distribution

Sangwon (Lee Kiwo), étudiant, qui retrouve un ancien amour de lycée. Leur histoire avortée d’alors - elle était avec un de ses amis, il s’est retiré - ressurgit. Ils partent pour un dîner, dérivent - décident de mourir ensemble, un double suicide aux somnifères.
Tongsu (Kim Sang-kyung), réalisateur, ou plutôt ex-étudiant en réalisation, sort troublé de la salle de cinéma. Le film qu’il vient de voir lui rappelle son passé ; il a été réalisé par son maître. Ce dernier est moribond. Il doit aller à une collecte en son honneur, mais hésite. De la salle, est sortie une jeune fille, l’actrice du film. Il entreprend de la séduire.

C’est par des touches et des détails que Conte de cinéma prend son sens - et justifie son titre. Tongsu fume les même cigarettes que Sangwon, courtise l’actrice qui jouait dans le film ; film qu’il pense tiré de sa propre histoire, ayant vécu un épisode similaire et étudiant, l’ayant raconté à son maître. Le cinéma est ici l’intermédiaire entre les personnages, à la fois par le métier mais aussi par son effet sur chacun - conscient ou non, d’un coup de foudre au choix d’une chanson. La fiction inspirée par la réalité l’influence, et ainsi le cercle continue.
Les personnages de Hong Sang-soo sont libres, agissant au gré de leurs envies, de leurs actes. Ils se confrontent sans cesse aux modèles que chacun, spectateur autant que personnage, ont dans leurs têtes, collectés au gré de rencontres avec des films, des personnes chères. Pourquoi et comment s’approprie-t-on des attitudes, voire des histoires que l’on a inconsciemment puisés chez d’autres ? C’est une question qui nous est posée directement. Tongsu, c’est un peu nous qui sortons de la salle et rêvons quelques instants d’être le héros du film que nous venons de voir.
Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Cinéma
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