Jeudi 20 octobre 2005
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1997, je crois. Et, croyez-le ou non, je pensais à une vache dans un abattoir.
Une explosion, tout près. Mon visage qui s’éclabousse. Je suis trop près, trop près. Combien encore ? Je ne vois rien. Je sens un liquide gluant adhérer à ma peau, souiller le tissu, s’infiltrer dans ma bouche, dans mes oreilles. Je hurle, espérant être entendu dans le vacarme ambiant, pour demander qu’on me jette un seau d’eau sur la tête. Je dois être entendu ; un silence de mort s’établit. Puis la voix, lancinante, recommence à hurler, la même voix qui, tout à l’heure, telle un disque enrayé, vociférait toujours les mêmes mots, cette voix gerbe à mon oreille des paroles emmêlées que je ne comprend qu’au quart. « Tou … fa … ien … outr … ope … v … Etem … i … te … à vi … » Confusément je perçois que ma requête à été refusée. Puis une deuxième explosion, la vacarme a repris. Cette fois il n’y a pas que du liquide qui tombe sur moi. Je dois être le prochain. Je suis le prochain. Tant de choses … Ils essayent d’arracher le bandeau mais le sang l’a collé à ma peau. Je n’entends plus rien ; de toute façon, je n’ai pas envie d’entendre. Pas les borborygmes informes produits par la voix. Une détonation, étouffée, celle-ci. Je ne sais pas si je l’entends, à vrai dire ; tous les bruits disparaissent, il ne reste plus que le silence.
En bas ils essayent encore d’arracher le bandeau.
Par Jean-Marie Benoist
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Publié dans : Nouvelles
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