Jeudi 20 octobre 2005
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22:06
1996, voire antérieur.
Un silence. Moi, allongé sur le lit, essayant de trouver le sommeil – ne dormant que cinq heures par nuit, il vaut mieux que je m’endormes vite.
Un cri, un choc. Je me relève brusquement, cours à la fenêtre – j’essaie de l’ouvrir, mais comme elle est bloquée, je la brise à coup de chaise. Je me penche au-dehors, la brise caresse mon cou doucement. Je grelotte ; le silence est revenu. Juste au moment où je vais regagner mon lit, le même cri revient, plus intense. Cette fois-ci, je vois. Je vois tout. Je vois l’oreiller, le sommier, le matelas, les draps. Tout tombe, se défait. Poussé du 120e étage, la chute ne sera pas longue. Pour moi en tout cas.
La vieille femme me jette un coup d’œil – ou , du moins, je l’imagine. Comment pourrait-elle penser à me regarder ? Elle doit penser au sol, qui s’approche à grand pas. La vitesse de chute n’est pas constante, c’est une accélération. Elle ne s’en rend probablement pas compte, mais elle vit une demi-seconde d’apesanteur et pourtant elle crie. Ses petites mains ridées et fripées, sous l’injonction de son cerveau fou, broient la couverture, alors que ses yeux semblent vouloir sortir de leurs orbites. Elle arrive en bas. Elle continue à crier. Elle peut encore hurler. Une commode tombe, l’écrase. Elle est achevée. Enfin.
Je me demande combien d’autres vont tomber cette nuit. 120e étage. Elle a de la chance. J’en ai vu tomber de bien plus bas.
Il faudra que je rappelle un vitrier. J’ai encore pété ma vitre. Quoique, ce n’est pas la peine. Mon anniversaire est dans deux jours, le prochain locataire paiera.
Je comprends pourquoi ma fenêtre était bloquée.
Par Jean-Marie Benoist
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Publié dans : Nouvelles
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