Jeudi 20 octobre 2005
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01:19
1995
Un matin ; 5 heure. Mes talons – ferrés, j’y avais mis le prix – qui claquent sur le pavé. Je pense à là-bas. Je passe devant un homme, allongé par terre. Je ne fais que l’entr’apercevoir. De toute façon, je ne cherche pas à le faire. En fait, je ne le remarque que parce que ma canne a heurté son pied. J’oublie l’incident en une demi-seconde. Je pense toujours à là-bas. Non que cela m’obsède, mais cette plage fait partie de moi. Je me revois, là-bas. Je porte – bizarrement – la même tenu qu’aujourd’hui ; sauf que mes talons ne claquent pas. Ma canne – ah non ; je n’en ai pas. Il fait sombre ; je grelotte. La plage est vide – du moins, je le crois.
J’interromps ma rêverie le temps d’ouvrir la porte. Mais dès que le bouton de l’ascenseur s’illumine au contact de mon doigt, je replonge. J’avance d’un pas mal assuré. Le bruit de vent remplit mes oreilles. Dans le couloir, le ventilateur marche. Je trébuche contre un pied ; peut-être quelqu’un de plus misérable encore que moi. J’entrouvre ma porte. Il grommelle, me jette un bref regard, puis une couverture. Je pousse le battant, le referme ; reconnaissant, je me couche dans le sable et me recouvre de ce don inattendu mais espéré. J’enlève mon manteau ; je me réchauffe. Perclu de courbatures, je me regarde dans le miroir richement décoré. J ’ai tout perdu.
Ai-je vraiment envie de tout regagner ?
Par Jean-Marie Benoist
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Publié dans : Nouvelles
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