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Un blog, c'est fait pour parler de tout et de rien. Alors il y aura du rien (beaucoup), de tout (parfois), du n'importe quoi (un peu trop souvent), et surtout... des mots.


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Mercredi 19 octobre 2005 3 19 /10 /Oct /2005 01:25
1998

Quand Satan disait qu’il allait accélérer le cours des choses, il n’exagérait pas le moins du monde. (Le plus non plus.) Rendez-vous compte : le petit Jean avait à peine eu le temps de naître que ce petit Malin était déjà adulte, plus Charlton Heston que jamais, en train de gravir les marches du palais de César Auguste à Rome. Il avait dans l’idée de ne pas faciliter les choses à Jésus (faut bien rigoler un brin dans l’existence.) Du coup, obséquieux, il arriva près de l’Empereur et commença à lui susurrer des choses à l’oreille. Et pour vous rassurer, je vais vous rapporter la teneur de la conversation parce que sinon on va encore croire des bêtises qu’elles sont même pas vraies. Enfin bon.

"Salut Auguste ! commença le jovial Belzébuth.
- Pardon ? Qui êtes-vous pour oser…??
- Ben Hur. (Ca tape, non ?)
- Je ne vous connais pas !
- Mais si, voyons, la course de char, là, les galères et tout et tout !! Hein ? Non ? Bon, pas grave, on s’en fout. Bon, pépé, j’ai un truc à te proposer."
(Auguste à ce stade avait dépassé les bornes de la simple indignation pour commencer à atteindre le stade de l’énervement vif. Cela se manifestait entre autre par un visage légèrement congestionné, mais si peu, un strabisme convergent qui s’accentuait, une couronne de laurier qui tremblait, bref, un peu comme le Pinatubo avant son éruption. Satan, en bon petit fiston à son Papa qu’il était, n’avait pas manqué de remarquer ces petits détails annonciateurs – encore ? – d’une catastrophe et donc déploya toutes ses ruses diabolique.)
Satan, suite au explication que je viens brièvement de donner (pour plus de détails, voir 'Pourquoi les empereurs romains étaient tous des pédés', de Em’Papaouté Inzeplacard (un pseudonyme, probablement), ouvrage de référence écrit par un illustre inconnu, trop modeste sans doute pour pouvoir supporter de voir son génie étalé au grand jour), décida de frapper un grand coup et donc prit une voix de fausset :
- (voix de fausset) Oui, car en fait je suis Vénus, déesse de l’amour !!
Face au regard catastrophé de César, Satan dû se résoudre à se transformer en Vénus. Il le fit certes avec un talent indéniable et une maestria époustouflante, mais ce fut une erreur. Il n’avait en effet pas achevé sa besogne qu’Auguste, poussant un râle d’extase, se levait de son trône les bras tendus dans une tentative de peloter la déesse, qui elle – enfin lui – ne l’entendait pas de cette oreille, mais de l’autre (désolé) et lui fit un clef de bras. Profitant des quelques instants d’immobilisation forcé du gugusse, il-elle lui glissa à l’oreille :
"Recense la population dans tout ton empire, histoire de voir si ça fornique bien partout " , sussurra la fausse Vénus (en tant que préposée aux activités pré-grossesses du Panthéon, ça rentrait tout à fait dans le cadre de ses activités.)
    Satan qui n’avait pas cessé de scruter le visage porcin de son interlocuteur y vit deux choses :
1. Il avait fait passer le message et le recensement aurait lieu ;
2. Les petits yeux ternes de la truie s’étaient rallumés subitement à la simple mention du mot « forniquer ».
    Jugeant plus prudent et plus sage de battre en retraite rapidement, le Diable (Il Diavoli, enfin bref, on peut la faire polyglotte si vous voulez) adopta la tactique dite de « l’immobilisation du violeur potentiel », qui consistait en gros à décocher un énorme coup de pied dans les couilles de l’adversaire (lequel ne s’en remit d’ailleurs pas, ce qui suivant Em’Papaouté Inzeplacard expliquerait justement le fait que tous les empereurs romains sont des pédés. Mais ce n’est pas mon sujet.)

    Toujours est-il que le lendemain, ou à-peu-près, paru l’édit de recensement, ce qui fait que chacun devait se rendre dans sa ville natale, avec armes et bagages (les épouses devant êtres comprises dans le lot. Pour le classement, arme ou bagage, c’est à vous de voir.) Joseph, comme tous les péquenots de la Galilée inférieure, se retrouva la tête dans les nuages – soucieux de son avenir et de celui de sa gentille voisine – et le cul sur un âne, ce qui manque foncièrement de confort, quand on y pense. Marie, quand à elle, allait sur le baudet, parce que ça fait plus con.
    Jésus, dans son ventre, avait le mal de mer, et du coup, estimant être arrivé à terme et pour d’autre raisons, voulait sortir dans ces eaux-là.

    Ce qui fait que lorsqu’à l’hôtel on les eû foutu dehors sous le prétexte si ingénieux et tellement original que toutes les chambres étaient prises (aujourd’hui, on est plus direct, on te dit tout de suite que 1 t’as pas assez de fric et 2 t’as vu un peu dans quoi tu débarques ? C’est pas un hôtel de merde ici non mais sans blague), nos gentils n-héros n’eurent d’autre choix que de s’installer dans un étable, avec leur âne, leur baudet, et en plus la compagnie affectueuse d’un cochon assez gras et bruyant – je n’ose même pas évoquer l’odeur, de quelques moutons qui passaient dans le coin, et d’un bœuf relativement placide qui semblait très perturbé en voyant son petit univers être ainsi envahi par une telle foule – pour tout dire, il commençait à confondre sa mangeoire avec le dos des moutons et commençait à raser soigneusement ceux-ci sous le regard étonné de Joseph (Marie s’en fout, elle accouche.) ce qui évidemment ne faisait qu’amplifier le trouble de ce pauvre animal, qui ne sachant plus où se mettre, finit par enculer le cochon, qui n’en demandait pas tant.
    Se détournant de ce navrant spectacle, Joseph ne put que constater : il était Papa. Une larme d’émotion perla au coin de ses yeux, alors que Marie, doucement, emmaillotait son petit bout de chou à elle, poutou poutou gazou direuh gabeu (je cite, hein, attention, c’est pas moi qui déraille, là.) Comme la mangeoire de bœuf s’était libéré (celui-ci ayant en fait pris goût aux excès s’enfonçait de plus en plus dans le stupre et la luxure, et avait entreprit de sodomiser un par un tous les animaux présent dans l’étable – il osait pas encore le proposer à Joseph), Marie déposa son enfant dedans. Et alors la gloire de Dieu éclata.
    Faisons une brève parenthèse descriptive. Essayez de vous imaginez la scène. (Et pas encore la Cène, ça viendra plus tard.) Prenez un truc assez moche, du style garage de HLM de banlieue dans le coin de Pantin, et vous aurez un truc qui ressemble mais vraiment pas du tout à l’étable. Non, mais prenez, je sais pas moi, un chalet suisse en ruine fera l’affaire, je pense. Placez autour un petit paysage pas très folichon, un petit peu vallonné, sans quasiment aucune verdure, avec juste quelques cactus qui se battent en duel en arrière-plan. Fourrez dans votre chalet de la paillasse à foison, versez-y quelques animaux cités ci-dessus, les protagonistes pré-cités (je vais quand même pas me répéter tout le temps), agitez, passez, mettez au four thermostat 200°, saupoudrez d’un peu d’étoiles toutes claires et belles et jolies, prenez l’ovni de Roswell (ou du moins sa soucoupe) et faites-la bouger dans le ciel pour faire une grosse étoile filante, mettez enfin en décoration des ploucs – enfin, des bergers du cru, quoi – et trois mongols – euh, non, d’ailleurs, ils ne l’étaient pas – qui s’amène de vachement loin avec des gros cadeaux de chez Cartier à Paris au moins. Servir à minuit, chaud ou froid, de toute façon on s’en fout c’est complètement indigeste et ça a vraiment un goût abominable.
    Tout ceci aurait encore été relativement innocent si en premier lieu les susdits bergers ne s’étaient pas ramenés, et avec une ardeur toute légionnaire, ne s’étaient mis à assister le bœuf dans sa grande tâche (et j’allais encore dire quelque chose de grave), ce qui fait que cette étable s’était transformée en partouze. Seule Marie, indifférente, priait, histoire de s’occuper l’esprit et de ne pas céder à la tentation. Joseph, lui, lorgnait le baudet.
    Mais tout ceci restait très bon enfant, quoi. Même Dieu, attendri, qui contemplait l'oeuvre de son fiston diabolique sur sa télé (chaîne de télésurveillance, une de ses dernières trouvailles avec le super-câble, qui lui donnait accès à toutes les chaînes de l’avenir et du futur, y compris MTV, pour les fans. (Si vous voulez tout savoir, s’il y a bien une émission que Dieu dans sa grande sagesse ne ratait jamais, c’était Flipper le Dauphin, dans l’espoir qu’un jour le gosse se noie avec son crétin de mammifère. Rintintin, dans le même style, donnait lieu à des scènes lamentables devant l’écran de télé.). Je ferme ma première parenthèse, et je suis à vous tout de suite.) décida de venir faire un petit tour, habilement déguisé en gros Papa Noël histoire de passer inaperçu. Non, je vous le dis, ce qui fut le pompon, la goutte d’eau en trop, le vase Ming qui tombe, le chat dans l’évier, Mamie dans le mixer, ce furent, comme à leur habitude, ces petits gorets volants de chérubins.
    Ceux-ci, dans une tentative lamentable de basse flagornerie, dans le but de rentrer dans la grâce de Dieu, avaient entreprit d’interpréter un pot-pourri de leurs plus grand succès, inventant de cette façon ce qui sera appelé plus tard les Greatest Hits. Le problème – comme pour la plupart des compilations d'aujourd’hui – est que leur sélection devait s’avérer peu brillante – même si la populace plus tard entonnera ces mêmes chants avec ardeur et foi, ce qui me fait toujours froid dans le dos, mais qui suis-je pour juger et bla et bla. Ils arrivèrent donc en masse et, volant au-dessus de l’étable dans l’indifférence générale, ce qui les vexa quelque peu au premier abord, il entonnèrent à pleine voix un Magnificat digne des plus beaux soirs de déchaînement vocal de Tino Rossi. La vierge Marie cru pendant quelques secondes que ses prières étaient exaucées – quelles prières, vous demandez-vous ? Ben, je sais pas tout, moi, demandez ça à Dieu – avant de se rendre compte de sa bévue. Les moutons crurent que c’était des renforts qui arrivaient. Les bergers crurent qu’on égorgeait leurs moutons. Le bœuf n’entendit rien, il était devenu sourd. L’âne et le baudet se mirent à chanter aussi pendant que Joseph, qui s’attendait à un truc dans le genre (forcément, quand votre femme vous dit qu’elle s’est fait engrosser par un ange, voue devez obligatoirement vous attendre à des trucs dans le genre, comme je l’ai si bien exprimé à la ligne au-dessus – quel talent, bordel) sortit de son sac son casque Sony et se mit a écouter du trash-métal, histoire de faire son intéressant. Jésus, seul à être content (ignorance is bliss, comme on dit chez la perfide Albion), battait la mesure avec des gabou didliboul assez peu convaincant, il faut l’avouer. Satan, déguisé en sapin de Noël (juste pour embêter le monde) rigolait comme une baleine et ses rennes se fendaient la poire comme c’est pas permis. Dieu, tâchant de passer inaperçu avec sa grosse hotte, allait faire une crise de nerfs quand soudain, salvateurs, les Rois Mages (vous vous souvenez, n’est ce pas, des trois Mongols de tout à l’heure ?) qui croyaient assister à une invasion de Berbères barbares, sauvages et blasphématoires mirent en fuite la chorale en lui lançant des petits fours Daloyau et des canapés. Palissant sous l’insulte, les chérubins battirent des ailes avec dignité, et tournant leurs petits derrières potelés vers leurs assaillants et s’enfuirent précipitamment en voyant les rois s’armer de gâteaux au chocolat.
Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Nouvelles
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