Partager l'article ! Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés: de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil 2005, France Documentaire Sortie le 8 févrie ...
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de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil
2005, France
Documentaire
Sortie le 8 février, durée 1h20
Le titre, c’est une citation des Animaux malades de la peste, de Jean de la Fontaine. Ici aussi, il est question d’êtres rongés par un mal inavouable, et où personne à proprement parler ne porte de responsabilité. Mais le parallèle s’arrête là. La maladie elle même ne porte pas de nom. Ils ne mourraient pas tous... permet d’en dessiner les contours : ce mal-être qui naît de conditions de travail de moins en moins humaines. Mal que l’on garde pour soi, parce qu’on a honte de ne pas résister, parce que la famille ne comprend pas toujours, et duquel on souffre, jusqu’à la rupture.
Quatre entretiens, un débat pour conclure. Les réalisateurs voulaient prolonger le travail de Christophe Dejours, auteur de Souffrance en France (éditions du Seuil, 2000). Ils ont fini par entendre parler de consultations spécialisées en région parisienne. Pendant les entretiens, ce qui frappe, c’est le ton de la voix, calme, les regards, entre soulagement, peur, et fatigue. Une ouvrière sur une chaîne de montage, entre augmentation des cadences, réduction du personnel et menaces de licenciement ; un directeur d’agence confronté à des objectifs inatteignables, qui ne veut pas les répercuter sur son personnel ; une aide soignante malmenée par sa chef, et une gérante de magasin, rétrogradée après vingt ans de service. Quatre récits boulerversants, sans voyeurisme.
Le débat final réunit les trois praticiens du documentaire et Christophe Dejours. Il permet au spectateur d’avoir des points de repère, des pistes pour comprendre cette souffrance et la replacer dans son contexte : les nouvelles pratiques managériales. Le film explore ainsi les maux psychiques liés aux mutations du monde du travail. Il a fallu des mois de repérage pour que Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil puissent poser leurs caméras dans ces bureaux simples, froids même, et pourtant lieux d’écoute et de soutien. La sobriété de la réalisation répond à celle du cadre et des hommes. Les quatre entretiens sont filmés presque sans coupure, en longs plans fixes. Pas d’effets de manche : l’essentiel, ici, ce sont les mots.
Pas de militantisme indû non plus, dans ces témoignages d’autant plus bouleversants qu’ils émanent de personnes investies dans leurs emplois. Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés n’est pas un réquisitoire contre le travail. C’est un état des lieux, alarmant, sur le type d’homme que fabrique la société par l’entremise de ce qui reste l’occupation première de chacun. À voir, ne serait-ce que pour récompenser l’espoir de ceux qui se sont confiés : faciliter, voire permettre une prise de conscience collective.
Je vous conseille de lire l’ouvrage à l’origine de ce documentaire, Souffrance en France. Par ailleurs, une réédition et une nouveauté DVD ont (entre autres !) retenu mon attention ces dernières semaines : l’indispensable (pour ceux qui ont aimé le livre) Charlie et la chocolaterie, et, nettement moins connu, Keoma, western italien atypique, qui ressort dans une version à prix allégé.
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