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de Christophe Oetzenberger
2005, France
avec Yann Tregouët, Cécile Cuignet, Lionel Abelanski
Sorti le 22 février, durée 1h40
Thierry (Yann Tregouët) a passé cinq ans en prison, pour complicité de meurtre. Une condamnation sévère au vu des faits. Quand il revient dans son village du Nord, l’ambiance est pesante, entre le mépris des villageois et l’attitude déchirée de ses parents, une mère comme dépassée par un fils qu’elle ne comprend pas et un père qui noie ses déceptions dans la bière. Par CB, il sympathise avec des routiers, comme délivré par l’anonymat offert par le micro. Jusqu’au jour où, parti à la recherche de l’un d’entre eux, sur une aire d’autoroute, il le découvre mort, abattu d’une balle.
Et la peur resurgit. Seul témoin, avec un casier chargé, il est naturellement considéré comme un suspect par la police. Impossible de les convaincre de sa bonne foi, impossible de vaincre cette peur qui lui étreint le ventre à l’idée de retourner en prison. Alors Thierry s’enfuit, à pied, par les champs, les forêts, attendant que la vérité éclate, qu’il soit innocenté. Au fil de ses itinéraires, une pause dans un village, embauché par un truculent tenancier de bar-restaurant, la rencontre avec une fille de boulangère délurée (Cécile Cuignet).
Christophe Otzenberger est un spécialiste du documentaire. Pour son premier film de fiction, il a choisi un thème loin de ses préoccupations sociales habituelles, même si elles transparaissent parfois dans sa façon de dépendre un Nord morose. Itinéraires est à la fois animal et abstrait, centré sur l’idée de la fuite elle-même, sorte de malédiction qui transforme Thierry en bête traquée et ne le lâchera jamais. Yann Tregouët est de ce point de vue exemplaire, interprétant ce personnage discret par obligation avec une tension intérieure qui éclabousse l’écran.
À chaque instant le spectateur ressent la peur et la honte, incontrôlables, qui poussent Thierry à des actes défiant toute logique : d’un accès subit de gentillesse envers un inconnu dans un bar qui lui rappelle son père (parce qu’il demande au tenancier de ‘payer son verre’) à vouloir s’enterrer sous les feuilles mortes dans les premières heures de sa fuite. Haletant, prenant, le film souffre parfois de personnages secondaires aux caractéristiques un peu trop marquées, mais sait surtout éviter les écueils des films de cavale : ici, la police n’est pas incompétente ou bêtement sadique, les ‘vrais gens’ ne sont pas que des cœurs d’or ou des salauds. Une justesse de ton bienvenue qui permet à la prestation de Yann Tregouët de prendre toute son ampleur.
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