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de Bennet Miller
Titre original Capote
2005, États-Unis
Avec Philip Seymour Hoffman, Catherine Keener, Clifton Collins Jr
Sorti le 8 mars, durée 1h50
Qu’est-ce qui a pu intéresser Truman Capote, écrivain homosexuel originaire du sud des Etats-Unis, dans le le quadruple meurtre de la famille Clutter, fermiers du Kansas, par deux délinquants ? À l’appel de quel démon intérieur cette âme, qui se voulait artiste jusqu’au bout, a-t-elle cédé ? Philip Seymour Hoffman campe à la perfection ce personnage controversé, décrit comme fascinant et terrifiant, intellectuel consumé par un personnage de dandy aux manières précieuses, à la voix curieusement haut perchée, affublée d’un sifflement. Une apparence et des tics de façade qui finalement ne cachent pas le personnage, mais le révèlent.
L’écrivain est saisi pendant les quatre ans de recherche et d’écriture, entre 1959 et 1963, d’un livre qui bouleversera la littérature américaine : De sang froid, premier roman de « non-fiction ». On suit l’homme aux écharpes de marque alors qu’il rencontre puis séduit les frustres habitants de Holcombe, qu’il se confronte et devient ami avec l’un des assassins. Mais le devient-il vraiment ? Ou ne fréquente-il Perry Smith (Clifton Collins Jr) que pour le vampiriser, récupérer son essence pour en nourrir son œuvre ?
Truman Capote est un film où le héros inspire certes de la sympathie, par un côté blessé qu’il révèle dans ses attitudes et ses conversations avec Perry. Une impression souvent contredite par les aperçus de sa vie en société, entre abus d’alcool et mots cruellement drôles. Il trouble surtout, par cette froide ambition, ce jeu entre fascination et utilisation qui le poussera, après avoir aidé les condamnés à mort à obtenir des sursis, afin d’entendre toute leur histoire, à désirer leur exécution, pour que la réalité mette fin à un récit qu’il n’assume plus.
Car si Truman déclare à Nelle Harper, amie d’enfance (Catherine Keener, irréprochable comme toujours), qu’il a l’impression que Perry et lui ont comme « grandi dans la même maison, sauf que lui est parti par la porte de derrière, et moi par celle de devant », le spectateur - et Truman lui-même - en vient à se demander qui de l’écrivain ou du criminel est le monstre. Le démon qui a été attiré par le meurtre, qui s’est repu des protaganistes, c’est lui-même. Bennet Miller, pour son premier film, réussit grâce à une mise en scène rigoureuse et austère, un grand interprète principal (et malgré une musique anémique et vaporeuse qui finit par porter sur les nerfs) le portrait d’un homme en proie au doute sur sa nature même. Bien qu’un peu lent par moments, Truman Capote est, comme son sujet, fascinant et terrifiant à la fois.
Je vous conseille (plus que fortement) la lecture de De sang froid, le livre autour duquel le film tourne : c’est vraiment aussi bon qu’il le dit dans le film...Sinon, je profite de sa présence dans le casting pour faire une petite plongée dans la carrière d’une actrice que j’aime beaucoup : Catherine Keener. Rarement abonnée aux premiers rôles et aux films à gros budget, elle a tourné dans nombre de très bons films, dont deux comédies à ne pas rater, Ça tourne à Manhattan et Dans la peau de John Malkovitch.
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