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Jeudi 18 mai 2006 4 18 /05 /Mai /2006 14:00
L’info date du mardi 16 mai. Armés et cagoulés, deux hommes ont fait irruption le 15 vers 22 heures dans une salle de réunion de la mairie de Saint-Denis, où ils ont menacé des élus pour tenter d'obtenir des billets pour la finale de la Ligue des champions.

C’est le genre d’actu qui circule dans les conversations, sur un ton rigolard : ça a plus l’air d’une mauvaise farce que d’un mini drame. Pascal Simonin, directeur général du Stade de France, évidemment choqué par cette « agression inadmissible », l’a qualifiée de « démarche complètement stupide ». Et pourtant.

Même les victimes de l’agression s’y sont laissées prendre. « D'abord, tout le monde croyait que c'était un peu un gag, la mairie étant fermée. Et puis, assez vite, tout le monde a compris que ce n'en était pas un », a raconté Francis Langlade, adjoint au maire de Saint-Denis, sur LCI.

Les agresseurs n’y sont en effet pas allé de main morte. Sous la menace de leurs armes, ils ont obligé les treize personnes présentes, dont plusieurs maires adjoints et conseillers municipaux, à se mettre à terre, allant jusqu'à placer des armes sur la tempe de certains de leurs otages en menaçant de tirer. Puis ils ont demandé où était le maire et où se trouvaient les places.

Constatant que le maire n’était pas là (en fait il se trouvait dans un bureau voisin) et que les tickets non plus, les deux inconnus finirent par s’enfuir en emportant un téléphone portable. La police a alors été prévenue.

Au final, tout cela n’a rien d’une farce, surtout quand on prend en considération que le maire de Saint-Denis, Didier Paillard, dispose généralement de quelques invitations pour le Stade de France ; que ces places se négocient à plusieurs milliers d'euros sur internet, et que les mairies ne sont pas les bâtiments publics les mieux protégés.

Alors, complètement stupide, la démarche ? L’argument de Pascal Simonin, dans une interview sur France-Info, était qu’un « billet est répertorié avec un code-barre, et à partir du moment où ce billet est répertorié comme volé, la personne ne peut pas entrer dans le stade ». Mais rien n’indique que les agresseurs voulaient des places pour eux…

Alors certes, il prévient du même coup tout ceux qui pourraient se laisser tenter par des places au noir, qui « s'exposent au risque d'avoir dépensé beaucoup d'argent et de ne pas pouvoir entrer dans le stade ». Mais il y a fort à parier que les deux agresseurs auraient trouvé sans peine des acquéreurs.

Au risque de me répéter : alors, complètement stupide, la démarche ? Illégale, violente, inadmissible si l’on se met à la place des autorités, pas de doute là-dessus (c’est même étonnant que quelqu’un n’aie pas profité du débat pour relancer le débat sur la violence à la télévision). Mais d’un point de vue de truand, c’est plutôt bien trouvé.

Sauf s’ils comptaient vraiment utiliser ces places pour y aller, bien sûr…
Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Samedi 13 mai 2006 6 13 /05 /Mai /2006 02:35
Michel Barnier a plaidé à Bruxelles, mardi 9 mai, pour la création d’une force européenne de protection civile, baptisée Europe Aid. Une idée récurrente. Mais l’ex-commissaire européen suggère de mutualiser les capacités consulaires. Une innovation qui, si elle se réalisait, pourrait être le premier pas vers une véritable coopération politique entre les états de l’Union.

Le projet est somme toute assez simple : Michel Barnier propose de mutualiser les forces nationales déjà disponibles. Pas de création de nouvelles structures, mis à part un centre de commande européen, d’où opérerait un petit état-major pouvant mobiliser différents moyens (pompiers, techniciens, médecins, vaccinateurs, hôpitaux transportables...). Europe Aid sera donc composée d’unités nationales, qui en cas d’urgence et en fonction de la catastrophe, opèreraient ensemble tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Europe. Stationnées dans leurs locaux nationaux, ces unités continueront à faire leur travail localement, mais des exercices de coordination seraient programmés régulièrement. Cette force s’occupera de sept grands risques à la fois internes et externes à l’Europe : tremblements de terre et tsunami, incendies et feux de forêts, inondations et glissements de terrain, accidents industriels et nucléaires, attaques terroristes, catastrophes maritimes et grandes pandémies.


Une force de protection civile européenne ?

L’idée est récurrente depuis 1999, et c’est toujours le même homme que l’on retrouve derrière. Michel Barnier avait en effet proposé pour la première fois la création d’une force européenne de protection civile après les tremblements de terre ayant frappé la Grèce et la Turquie. L’Europe n’avait pas vraiment fait montre alors de sa capacité à agir en harmonie. Michel Barnier ressort son projet en 2004, après les attentats de Madrid, sans vraiment séduire plus, certains pays se montrant réticents à l’idée d’une force commune européenne. Mais le tsunami de 2004 et Katrina en 2005 vont changer la donne : pour le premier, une fois de plus, les Européens seront les premiers donateurs, mais sur le terrain, leur action est désordonnée, et la visibilité de l’aide américaine est bien plus grande. Pour le second, l’absence d’une interlocuteur unique à Bruxelles avait singulièrement compliqué la tâche des Américains... Aujourd’hui tant la Commission que le Parlement et le Conseil de l’UE sont convaincus de la nécessité de s’attaquer à ce problème.


Jusqu’ici rien de vraiment nouveau (voir encadré), d’autant plus que l’idée d’une force multi-nationale humanitaire est à la mode : l’OTAN se penche en ce moment sur le sujet. Mais le tsunami de décembre 2004 a soulevé un nouveau problème lié aux grandes catastrophes naturelles : l’inégalité des représentations nationales à l’étranger, autrement dit des ambassades. Michel Barnier suggère donc de mutualiser aussi les capacités consulaires, pour que les citoyens européens frappés par une catastrophe à l’étranger puissent s’adresser à n’importe quel consulat d’un pays de l’UE. Des équipes consulaires « volantes » réunissant les pays de l’Union seraient formées, prêtes à partir en cas de catastrophe. En pratique, cela revient à constituer les premières bases d’un corps diplomatique européen. L’idée de n’avoir plus qu’un seul interlocuteur à Bruxelles pour toute l’aide communautaire va dans le même sens : vers un Ministère des Affaires Etrangères Européen.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Jeudi 13 avril 2006 4 13 /04 /Avr /2006 05:26
Les politiciens français ont une mauvaise habitude : rendre l’Union Européenne responsable de toute réforme impopulaire, avorté ou réussie. Ce qui a sans conteste joué dans le rejet de la Constitution, le 29 mai 2005. Mais pour une fois, Chirac n’a pas pu blâmer l’Europe pour le fiasco du CPE. La mesure s’inscrivait pourtant dans l’esprit, libéral, des mesures de Lisbonne. Logiquement, les syndicats de l’Union ont soutenu le mouvement de protestation, remettant Paris au centre de la scène européenne.

S’il est une chose que les Français ont tendance à oublier ces derniers temps, c’est l’Europe. C’est du moins l’impression que donne leur comportement depuis quelques années. Sans parler du rejet de la Constitution, le « patriotisme économique » en est un bon exemple. Le décret anti-OPA, adopté par le gouvernement Villepin, paru fin décembre au Journal officiel, impose des restrictions aux investissements étrangers dans onze secteurs jugés stratégiques. Mesure d’autant plus hypocrite que la France est une des plus grosse acheteuses d’entreprises étrangères, et qui fait d’ailleurs l’objet d’une procédure d’infraction lancée par Bruxelle. Le CPE, d’une autre façon, en témoigne aussi.

Même si aucun texte européen n’imposait le CPE tel qu’édicté par Villepin, il n’en reste pas moins qu’il est dans le direct prolongement des directives de l’Union. Particulièrement celles du Pacte européen pour la jeunesse, adopté par le Conseil il y a un an à la demande entre autre de la France, qui avait pour objectif notamment d’améliorer « l’insertion professionnelle et sociale des jeunes ». Autrement dit, de réduire le chômage des jeunes. Mais au-delà de cela, le CPE s’inscrit dans la droite ligne de la stratégie de Lisbonne, adoptée en 2000 par l’Union pour relancer l’emploi et la croissance. Stratégie dont les orientations actuelles, en matière d’emploi, prévoient non seulement qu’ils doivent améliorer la capacité d’adaptation des travailleurs et des entreprises, mais aussi qu’ils doivent accroître la flexibilité des marchés du travail pour aider l’Europe à s’adapter aux restructurations et à l’évolution des marchés.

Du caractère économique des acquis sociaux
opinion
À quoi sert une entreprise, quelle est sa fonction première ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce n’est pas de fournir du travail. C’est de dégager un profit pour ses propriétaires. Pour ce faire, il faut être compétitif : c’est la règle du jeu. De plus, dans un système qui respecte la notion de privé, on ne peut pas forcer une entreprise à embaucher, et en toute logique on devrait pas pouvoir l’empêcher de licencier, surtout pour motifs économiques : après tout, c’est sa raison d’être. L’humanité étant ce qu’elle est, à savoir qu’il y aura toujours des profiteurs et des vertueux, et que dans ce domaine il est nettement plus rentable d’être parmi les premiers, laisser une totale liberté d’agir en matière de licenciement revient à ouvrir la porte à tous les abus. Des garde-fous se sont imposés : les acquis sociaux. Mais ceux-ci n’apparaissent que dans la mesure où l’économie du pays peut se le permettre, car ils ont un coût, loin d’être négligeable. Ils sont particulièrement importants et rigides en France, question de culture, pourrait-on dire, dans un société qui tente l’impossible conciliation entre liberté, égalité et fraternité... Là où le bât blesse, c’est quand certains de ces acquis ressemblent à s’y méprendre à des privilèges, comme la retraite à cinquante ans pour les cheminots roulants de la SNCF (cinquante-cinq ans pour les autres). Tous ces avantages datent d’une période de croissance. En période de crise - car la France est en crise - un tri ne serait-il pas nécessaire ?

Flexibilité : le mot est lâché. Le terme, assimilé à précarité par un nombre impressionnant de jeunes (qui déclarent en grande majorité vouloir devenir fonctionnaires), est celui qui a enflammé le débat, et qui a retenu l’attention des voisins européens de la France. Les manifestations sont apparues surtout comme un refus de souscrire aux règles du « libéralisme ». C’est autour de cet enjeu que la plupart des syndicats européens envoient des signes d’encouragement aux manifestants français, comme la Confédération Européenne des Syndicats, qui a participé à la manifestation du 4 avril. Par la grâce de fonctionnaires prêts à paralyser un pays, Paris apparaît comme l’endroit en Europe où l’on défend le mieux l’Europe sociale. Une légitimité inespérée qui peut donner l’occasion à la France de retrouver une place dans la démarche européenne...
Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Mardi 21 février 2006 2 21 /02 /Fév /2006 11:34
Qu’évalue-t-on, au juste, dans cette commission parlementaire ? La justice à la française ? Un système ? Un procès ? Un juge ? Ou un homme ? Imprécision d’autant plus dangereuse qu’elle pourrait discréditer complètement la commission. Le problème vient probablement du fait que les députés qui la composent n’ont pas eux-mêmes les idées bien fixées, se laissant emporter par l’émotion, comme tout le monde d’ailleurs. Or l’émotion, ici, doit être prise en compte comme une des données du problème, pas comme un moyen d’évaluation.

Le plus bel exemple du flou qui entoure le phénomène Outreau et les dangers qu’il implique reste la Une de France Soir du 8 février, qui étalait en gros : « A vous de le juger ». Une petite phrase qui contient trois grosses inexactitudes... La première : il ne s’agit pas d’un jugement. La deuxième : ce n’est pas l’homme qui est en cause, c’est le juge. La troisième : ce n’est pas à l’opinion publique de décider s’il a « bien » ou « mal » agi. Et pourtant, cette phrase garde un semblant de sens : après tout, les parlementaires sont des représentants du peuple, on parle bien d’une évaluation, et la référence à Fabrice Burgaud est suffisamment floue pour qu’on puisse penser à l’homme ou au juge.

La commission parlementaire ne va et ne doit pas juger le travail de Fabrice Burgaud. Elle doit évaluer, comprendre les méthodes utilisées, le cheminement qui a conduit au scandale judiciaire que l’on connaît. Pour, le cas échéant, préconiser d’engager des réformes législatives pour corriger les défauts du système révélés par l’exemple. La nuance est subtile, certes, mais elle est essentielle. C’est le rôle d’une commission d’enquête, tel que défini par la loi.

Ce n’est pas Fabrice Burgaud, l’homme, avec ses opinions et ses douleurs, qui passe sur le grill. C’est Fabrice Burgaud, juge d’instruction. Or un juge n’a pas à avoir de sentiments, un juge n’a pas à être désolé. D’où le sentiment de malaise qui s’élève quand tant ceux qu’on appelle désormais les acquittés que les parlementaires membres de la commission réclament des « excuses », quand les journaux le vilipendent parce qu’il a tout juste murmuré un « c’est triste », quand on apprend qu’il a reçu des lettres de menace, dont une avec des balles réelles dans l’enveloppe, « pour son suicide », précise une note jointe.

L’émotion fausse le débat

Enfin, ce n’est pas à l’opinion publique de se prononcer. Pour une raison simple : l’opinion publique raisonne en termes émotionnels, pas légaux, le plus souvent par méconnaissance des textes, et, il faut bien l’avouer, parce que l’émotion est devenue un critère de jugement de valeur totalement banal en France, comme ailleurs. (On peut juger de sa fiabilité en se souvenant de l’opprobre public qui s’était abattue sur tous les accusés en 2000, ou encore en se remémorant l’affaire de la fausse agression du Rer D.)

Mais peut-on vraiment blâmer l’opinion publique de ce travers, alors que la loi même en souffre ? Le cœur du problème d’Outreau, ce n’est pas l’âge du magistrat, même s’il est sûr qu’après 15 ans de turpitudes et de noirceurs humaines diverses, un dossier, même aussi extrême, choque moins. A la base d’Outreau, on trouve deux choses. La première, c’est la tendance de l’émotion à rentrer de plus en plus dans la loi, à être inscrite dans les textes mêmes, ce qui oblige le plus souvent à un travail de décorticage sémantique long et parfois discuté (ce qui se produit quand, par exemple, un jugement en appel casse le jugement précédent). Ce n’est pas une mauvaise chose : cela a permis entre autre l’apparition des concepts de circonstances aggravantes et de circonstances atténuantes, et l’évolution vers une justice qui ne serait pas tant égalitaire qu’équitable.

La deuxième, c’est « l’intime conviction ». Quand les preuves formelles manquent, c’est par cet outil que le juge est tenu de prendre ses décisions. C’est ce qui s’est passé lors de l’instruction du dossier. Conviction que certains sont crédibles et pas d’autres, conviction que chacune des personnes impliquées dans la lourde machine d’une instruction judiciaire a fait son travail. Or, une conviction, ce n’est pas vraiment la même chose qu’une certitude... La justice, qui se veut impartiale, reste malgré tout une affaire humaine, aux multiples maillons. C’est ce qui rend l’affaire d’Outreau si délicate dans les esprits de chacun : devoir faire abstraction d’une émotion, d’une indignation légitime concernant l’affaire et les injustices qui ont suivi, pour pouvoir mieux analyser celles qui ont longtemps nourri l’instruction.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Lundi 13 février 2006 1 13 /02 /Fév /2006 11:30

En Europe, la liberté de la presse est un principe inscrit dans les constitutions. Autrement dit, dans la loi. C’est cette dernière qui définit des bornes, selon le principe qui veut que la liberté de l’un ne doit pas gêner celle de l’autre ; c’est sur elle que doit se baser toute décision sur la publication d’une opinion exprimée dans un journal. Car la liberté d’expression a des limites.

Le système de loi occidental, qui est la base du corpus onusien, est basé sur deux idées depuis le siècle des Lumières. La première : se référer à des principes, dits humanistes, issus de la philosophie. La deuxième, prendre en compte l’Histoire, ses précédents et erreurs au vu de ces mêmes principes. Tout est du domaine séculier, tout a rapport aux personnes. Le délit de blasphème n’existe plus en Europe ; la publication des caricatures est donc parfaitement légale. La loi, quand elle condamne l’antisémitisme, ne défend pas de s’attaquer à la religion juive. Elle condamne l’incitation à la haine envers une communauté de personnes. Ce qui rend le sujet particulièrement épineux et donne lieu à un épluchage sémantique systématique, c’est que dans l’esprit d’une bonne partie des Juifs, la distinction entre leur religion et leur communauté n’existe pas -  c’est tout de même ce qui est à la base de la création de l’Etat d’Israël…

Or – profitons-en pour préciser ce point, et couper court aux accusations de « incitation à la haine raciale » - ce n’est pas le cas de l’islam et des arabes : il n’y a pas d’équivalence entre les termes, loin de là. Par contre, dans la majorité des pays dits musulmans, donc, la loi – au sens constitutionnel du terme – c’est le Coran. Pour être plus précis, c’est le texte du Coran, non une interprétation, qui constitue la loi. Or il établit clairement la non-représentabilité du prophète. Publier les caricatures dans un journal sous ce genre de régime constitue donc de fait un délit.

 

Mais ces caricatures, aux qualités graphiques plus que contestables, n’ont pas été publiées dans des pays musulmans. Et quand cela a été fait, les sanctions ont été immédiates. Mais la législation iranienne, par exemple, n’a pas cours au Danemark, et inversement. Le contenu d’un journal danois ne regarde que le gouvernement danois. Les seuls « interdits » que la presse se doit de respecter sont ceux de son pays, et ceux reconnus par la communauté internationale, en l’occurrence l’ONU, dans la mesure où le pays en question est membre. Rien d’autre. Cette situation était tenable encore lorsque les journaux circulaient dans un nombre somme toute restreint de pays. Le problème aujourd’hui vient du fait que l’information est mondiale (vive internet). Pas la législation : trop d’intérêts divergents, trop de différences pour pouvoir se rassembler autour de plus que quelques principes précieux certes mais d’application sémantique délicate. D’où le hiatus actuel.

 

 

L’idée serait donc d’harmoniser la législation internationale sur ces questions. Reste à savoir si l’on peut même envisager un terrain d’entente, d’une part, et qui serait habilité pour traiter de tels sujets, qui serait légitime pour proposer un texte législatif, d’autre part. Car immanquablement se pose la question : quel système, entre théocratique et laïque, va « s’imposer » à l’autre, être « meilleur » que l’autre ? Quel sens même a le mot « meilleur » dans la phrase précédente ? Des interrogations qui sont loin d’être triviales.

Se base-t-on sur la ‘quantité de liberté’ ? Difficile à définir, difficile à mesurer. Certaines choses sont indiscutables : une femme en Europe est plus respectée que dans certain pays musulmans (et encore, demandez à Amnesty son rapport sur les femmes battues en France…).

La seule chose que l’on puisse affirmer avec certitude, c’est qu’il y a un endroit où le débat est plus facile qu’ailleurs. Les lois européennes ne sont, somme toute, que des « vérités humaines éphémères ». Leur avoir enlevé tout caractère sacré a permis une souplesse du système, qui a un but unique : organiser une vie sociale harmonieuse. Or toute loi divine a un but supplémentaire : guider l’homme jusqu’à une certaine idée de la perfection. Et la perfection, ça ne s’altère pas… Délicat dans ce cas-là de discuter de la révision d’une loi.

Deuxième interrogation, qui sont donc les personnes habilitées à discuter de tels sujets ? Qui peut aussi impartialement que possible débattre de ce genre de choses ? Ni les politiques, ni les religieux, tous deux partie prenante du débat. M. Tout-le-monde ? A-t-il le recul nécessaire ? Ce qui rend le débat si épineux et si contradictoire, c’est le mélange du politique et du religieux, en fait le mélange entre deux ‘droits’ : le droit au respect de ses croyances, et le droit au respect de ses idées. Tout le problème tient à la très fine distinction qui sépare les deux, le plus souvent totalement confondus. Non, les seuls qui soient armés de par leur nature à ce genre de discussion, ce sont… les philosophes, et les intellectuels. Par contre, le défaut du procédé tient à la longueur des débats… Mais regardons la France : il a fallu près de 6 siècles de luttes de pouvoir pour séparer l’Eglise et l’Etat. Il ne faut pas s’attendre à ce que, dans le cas actuel, la solution arrive en trois semaines. Ce qu’il faut espérer, c’est que pendant la durée de la réflexion, la frénésie se calmera.

 

 

Pour aller plus loin, on peut s’interroger encore sur les points suivants :

 

 

Une affaire récente (le Daily Telegraph attaque le Times) a dévoilé la possibilité de poursuivre en France un journal non français mais distribué sur le sol national selon le droit français. Le même genre de possibilité existe-t-il ailleurs ?

Deuxième piste, plus générale mais tout autant d’actualité : la morale est rentrée dans la loi, et cela rend les choses plutôt confuses. Un mot suffira à illustrer cette remarque : Outreau…

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /Fév /2006 23:41

La Mongolie sur la voie d’une "Révolution Orange"


Une crise politique secoue la Mongolie depuis le début du mois de janvier. Le Parti Révolutionnaire du Peuple Mongol (PRPM), héritier de l’ancien Parti Communiste Mongol, s’est emparé du pouvoir par une manoeuvre politique. Le pays est habitué à l’instabilité, mais cette fois, la population a été secouée comme jamais auparavant. Les manifestations devant le Parlement, à Oulan Bator, s’enchaînent, et tout porte à croire qu’elles s’intensifieront au printemps. Après les Géorgiens, après les Ukrainiens, les Mongols semblent décidés à faire entendre leurs voix.

 

Malgré le froid et la glace, ils persistent, viennent se réunir et défiler devant le Parlement. Les Mongols hurlent et chantent leur indignation devant ce qu’ils appellent un coup de force, appellent à la démission du président de la République, Nambaryn Enkhbayar. Le 25 janvier 2006, l’ancien maire d’Oulan Bator et membre du PRPM Mieagombo Enkhbold a été nommé Premier Ministre par le Parlement. Scellant ainsi la victoire du Parti Révolutionnaire du Peuple Mongol. De fait , l’héritier direct du parti communiste qui dirigea le pays entre 1924 et 1990 occupe désormais tous les sièges du pouvoir : le Président Enkhbayar, élu en mai 2005, était le candidat du PRPM.


 
(JPG)
source : Wikipédia
 

Déroulé d’une manipulation politique

 

Tout a commencé mercredi 11 janvier. Dix ministres, parmi les 18 qui compose l’intégralité de la Coalition Démocratique, gouvernement mené par le libéral Elbegdorj, démissionnent. La paralysant de fait. Motifs invoqués : ralentissement de la croissance, hausse de l’inflation, lutte inefficace contre la corruption. Cela a abouti à la destitution du gouvernement, le vendredi 13 janvier, tard dans la nuit, par 39 voix contre 37 (la salle était comble). Le PRPM en détient 38 à lui seul. Précision : tous les ministres démissionaires appartiennent au PRPM. Pendant le week-end, le Premier Ministre Elbegdorj démissionne. Aussitôt, le PRPM annonce sa volonté de reformer un gouvernement d’union nationale, centrée autour d’un Premier Ministre... issu du parti. Et commence les tractations avec des petits partis pour récolter ce siège qui lui manque pour avoir la majorité au Parlement. La nomination de Enkhbold le 25 janvier en est le fruit.

 

De la violence à la persévérance

 

Le lendemain de la démission des dix ministres, des centaines de Mongols prennent d’assaut le bâtiment du PRPM à Oulan Bator. Résultat : des portes et des fenêtres brisées, et quelques squatteurs, qui posent un ultimatum au parti - qui au final ne sera pas respecté. Le vendredi, ils sont encore des centaines, alors qu’il fait -21°C, à défiler devant le Parlement. Les accrochages avec les nombreuses forces de l’ordre ne sont pas rares, ce jour-là. Ils le sont devenus. Régulièrement, les Mongols viennent brandir leurs pancartes devant des policiers en rang d’oignon. Réclament la démission du président de la République Enkhbayar. Réclament même de nouvelles élections. Pourtant ce n’est pas un peuple réputé pour sa pugnacité politique. La démocratie mongole fonctionne, certes, mais l’empreinte de 70 ans de communisme ne s’efface pas si aisément.

 

Le réveil du peuple du Khan ?

 
 Repères

Superficie : 1 565 500 km²
Population (2005) : 2,6 millions d’habitants
Densité (2005) : 1,7 habitant/km²
PIB par habitant (2004) : 600 $US
Chiffres : institut statistiques du Québec. Voir le pdf complet

Histoire politique récente de la Mongolie
1990 : le parti communiste relâche son contrôle sur le gouvernement.
1992 : la République Populaire de Mongolie est remplacée par un État hybride, entre système parlementaire et système présidentiel, la République de Mongolie.
1996 - 2000 : le principal parti d’opposition au PRPM, le Parti démocratique est au pouvoir entre 1996 et 2000. En quatre ans, il y aura quatre gouvernements.
2000 : victoire du PRPM avec une écrasante majorité.
2004 : le PRPM et l’opposition obtiennent un nombre égal de sièges. Elaboration d’un programme commun, formation d’un gouvernement d’union nationale, la Coalition Démocratique.
2005 : élection de l’ancien Premier ministre Nambaryn Enkhbayar, à la présidence de la République.

Pour aller plus loin, consultez la page de Wikipédia.


Le pays est une démocratie depuis 1990, prône à l’instabilité et au fonctionnement parfois erratique : les élections de 2004 se sont déroulées sous des accusations réciproques de fraudes de la part d’à-peu-près tous les partis. La pauvreté et la corruption sont endémiques. Le PRPM a déjà eu sa chance au pouvoir, entre 2000 et 2004. Il ne s’est pas fait remarquer par l’éclat de son action politique. Le parti a laissé le pays dans l’ombre de ses encombrants voisins, la Russie et la Chine. La Coalition Démocratique, élue en 2004, avait tenté de sortir de ce rôle de tampon, en s’ouvrant au libéralisme et aux Etats-Unis. L’Irak même compte sur son sable un petit contingent de Mongols. Autant d’initiatives qui ne pouvaient que déplaire au PRPM. 

Le schéma est familier : c’est à quelques détails près la même situation que celle de l’Ukraine en novembre 2004, à la veille de la Révolution Orange. On sait comment celle-là s’est finie. Les Mongols seraient-ils inspirés par l’exemple de leur anciens camarades ? Certains parlementaires le murmuraient déjà le 13 janvier, lors de la destitution de la coalition. Et l’idée trotte dans la tête de certains chefs de partis, comme l’Union Démocratique Mongole, qui a déjà organisé plusieurs manifestations. Pour l’instant les températures empêchent de prendre la mesure de l’ampleur réelle du mouvement. Mais il y a fort à parier que les quelques centaines de manifestants réguliers ne sont que la pointe de l’iceberg.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Jeudi 2 février 2006 4 02 /02 /Fév /2006 18:41
Arte et le CNES vont envoyer dans le cosmos à l’automne prochain des messages à l’intention d’éventuels extraterrestres. Tout le monde est invité à apporter sa contribution.
 


Préparez vos stylos et vos appareils photos. Arte, associé à Cargo Films et au Centre National d’Études Spatiales (CNES), propose à tout un chacun d’envoyer un message à d’hypothétiques formes de vie extraterrestres, par son intermédiaire. Lettres, images, films, tout est autorisé, avec une consigne : faire preuve d’imagination. À l’automne prochain, les missives les plus originales seront diffusées dans une émission spéciale, Cosmic Connexion, le premier programme télévisé à être aussi envoyé à nos voisins stellaires, dans la direction de la Grande Ourse, depuis une antenne parabolique du CNES située près de Toulouse. Le reste des messages suivra dès la fin du générique.

 

L’occasion ? Le lancement, à l’automne 2006, du satellite européen Corot. Il a pour mission, entre autre, de repérer des exoplanètes telluriques. Autrement dit, des planètes en dehors du système solaire et qui ressemblent à la nôtre, donc susceptibles d’abriter la vie. Une mission qui ne peut que raviver le désir de contact avec une intelligence autre. L’humanité a déjà envoyé des bouteilles dans la mer d’étoile : les sondes Pionner et Voyager. Mais c’est la première fois qu’un courrier d’une telle ampleur est envisagé.

 
(JPG)
source : Wikipédia
 

Autre nouveauté, l’invitation est lancée à la planète entière - enfin, celle qui dispose d’Internet, à tout le moins. Pour poster un message, il suffit de visiter le site web de l’émission. Plusieurs thématiques sont proposées, de « Je vous fais un portrait de moi, de nous, d’ici... » à « Sur Terre, il y a déjà beaucoup à faire... ». On peut déjà lire et voter pour des textes et des poèmes, des photos et des petits films, qui vont du drôle au mélancolique, de l’existentiel à l’absurde. Chaque jour, une personne filtre les messages postés, pour enlever ceux délibérément insultants. Sinon, la liberté de propos est totale.

 

D’autant que l’interlocuteur est lointain, aux confins de l’imaginaire pour certains. S’adresser à un E.T., qui s’il existe ne recevra pas la communication avant quelques centaines d’années, et qui même dans ce cas ne comprendra rien avant un long travail de traduction, ça libère. Au gré des auteurs, les messages oscillent entre désillusion et fierté pour l’humanité. De l’ensemble se dégage cependant l’espoir qu’ailleurs, cela va mieux qu’ici. Même si l’onde qu’enverra la parabole n’atteint pas son but, l’opération ne sera pas vaine. Elle permettra de recueillir un document inestimable : un concentré de la diversité de l’humanité au début du XXIe siècle, comme un cliché photographique de nos aspirations et états d’âme.

 

(Article rédigé dans le cadre d’un stage à La Croix, paru le 14 février.)

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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