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Dimanche 23 octobre 2005 7 23 /10 /2005 15:00

Le 14 octobre à 19h20, i>télé a diffusé sa première émission sur la TNT en tant que chaîne gratuite. Pour l’occasion, la chaîne d’info en continu griffée « esprit Canal » change sa grille, un délicat exercice d’équilibre pour garder son ton et faire de l’audience, désormais vitale.

Depuis sa naissance, il y a six ans, i>télé a toujours été dans l’ombre de sa sœur et rivale, LCI. Son traitement de l’actualité est différent : l’ambiance y est plus décontractée (ce qui amène de temps à autre des couacs techniques). L’accent est porté sur le décryptage et la confrontation d’opinions, parfois au dépend de la réactivité. L’atmosphère évoque Canal +, avec les avantages et les inconvénients que cela implique : une image un peu décalée, mais associée aux bobos parisiens.

 Repères
Propriétaire : Canal +
Naissance : novembre 1999
Rédaction : 145 journalistes, 18 correspondants en régions, 3 à l’étranger
Moyenne d’âge : 33 ans
Audience : 4,3 millions de téléspectateurs sur le câble et le satellite (chiffres MédiaCabSat)
Au final, l’audience est moindre que celle de LCI, et en 2004, elle n’a réalisé que 8,7 millions de recettes publicitaires.
Pourquoi évoquer ce chiffre ? Parce qu’en tant que chaîne gratuite, i>télé va devoir maintenant vivre uniquement de la réclame (et d’éventuelles aides publiques). Elle a décidé de ne pas modifier son budget, mais elle a augmenté ses tarifs de régie de 50% en moyenne. Dans ces conditions, 1% du marché publicitaire télévisé suffirait à ramasser 30 millions d’euros. Encore faut-il convaincre les annonceurs... et pour ça, il faut d’abord convaincre les téléspectateurs.

On garde les mêmes...

Le public de la TNT est plus large que celui du câble et du satellite. Pour le satisfaire, la grille des programmes s’est faite plus dense, avec moins de rediffusions. Les JTs sont calculés pour s’insérer plus facilement dans un emploi du temps : plus longs de 10 minutes en milieu de journée, plus courts de 5 minutes le matin. Et à 20h, un JT économique, rediffusé à 22h30. Ainsi, pas de confrontation avec la grand-messe du vingt heure et ses icônes. Par contre, l’émission de débat animé par l’un des visages de la chaîne, Samuel Etienne, couvre la période 19h30 - 20h.
Presque toutes les émissions ont été gardées et peu retouchées dans le principe. L’accent est donc encore sur les débats et le décryptage. La chaîne a également gardé ses émissions les plus atypiques dans leur ton, notamment i>comme Icare, magazine scientifique qui ne se prend pas au sérieux, et l’indispensable i>Afrique. L’art contemporain est un sujet qui continue d’être régulièrement abordé à l’antenne. D’un autre côté, le journal des sports s’étoffe un peu plus, et est plus souvent rediffusé : il faut bien dire qu’avec l’expérience de la maison Canal + en la matière, c’est un atout non négligeable.

Mais on en prend d’autre

La chaîne d’info en continu a décidé de garder son ton, et aussi sa manière. Ce qui n’interdit pas pour autant d’essayer d’aller chercher le public. Pour ce faire, elle a lancé une flopée de nouveaux magazines hebdomadaires, aux concepts simples, pour la plupart associées avec un visage connu. Ainsi, i>Histoire, magazine de décryptage de l’actualité internationale, est cautionné par Marc Ferro. i>Match, émission présentant un grand reportage par semaine, est parrainée par Paris Match. On retrouve même Jacques Chancel pour un entretien avec une personnalité, dans... Chancel, le samedi matin.
Le paysage de la TNT gratuite est désormais complet. Face à ses concurrentes directes (BFM TV), i>télé change graduellement et peut opposer 6 ans d’expérience sur le câble et le satellite. Et elle se donne du temps. La chaîne vise cette année entre 1 et 1,5% d’audience sur la France entière. Par contre, le groupe se refuse à préciser une date pour le retour à l’équilibre financier de la chaîne.

Voir en ligne: site de i>télé.
Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Lundi 24 octobre 2005 1 24 /10 /2005 21:42
La vague de typhons provoque un regain d’intérêt temporaire pour l’écologie, sur fond d’effet de serre. Les phrases du type « sauvons la planète » font un bref come-back populaire, avant de retourner à l’arrière-plan des consciences. C’est la grande erreur des écologistes. Ils se sont trompés de slogan : ce n’est pas la planète qu’il s’agit de sauver, c’est nous. Pour la Terre, une catastrophe naturelle, ce n’est rien. Ce n’est pas une secousse de son écorce qui va effrayer une planète qui avait pour habitude, dans sa jeunesse, de se faire bombarder régulièrement par des météorites de la taille de Manhattan. Au pire des cas, l’humanité va simplement déclencher un hiver nucléaire ou accélérer l’arrivée de la prochaine ère glaciaire. Rien qu’une bactérie ne puisse supporter ; la vie continuera. Non, soyons rassurés : la planète est hors de danger. Les seules personnes dont nous risquons allègrement les vies, c’est nous - et, accessoirement, un écosystème entier.
Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Vendredi 25 novembre 2005 5 25 /11 /2005 15:03
La finance a pénétré l’univers de tout un chacun. L’action EDf s’est vendue comme des petits pains. CAC 40, Dow Jones, ces indicateurs sont mentionnés à la fin de chaque journal télévisé - et si ce n’est pas le cas, c’est parce qu’un bandeau à l’écran les affiche. Rien de gênant en soi, sauf quand ces chiffres sont appelés en soutien ou juxtaposés à de l’économie, une brève sur la croissance par exemple. Un lien, qui semble à tous évident, s’est imposé, sans faire de bruit - après tout, on parle bien d’argent et d’entreprise, donc il doit bien s’agir de la même chose. Un lien qui n’a, en fait, aucun lieu d’être.

« Mais comment est-ce que le CAC peut monter alors que la croissance est en chute libre ? » La question, récurrente, s’est posée encore cet été. La hausse du prix du pétrole (plus précisément du prix du baril de pétrole brut, ou brent) avait déstabilisé toutes les économies mondiales, alors que la bourse de Paris était en hausse. La réponse est pourtant simple, mais ce n’est pas celle attendue. Les évolutions du CAC et de la croissance sont indépendantes l’une de l’autre. Il y a effectivement un lien multiple entre ces deux indicateurs, mais il est tellement ténu et irrationnel qu’il est intraduisible par une formule mathématique, quelle que soit sa complexité...
Pourquoi ? Revenons aux bases. L’économie concerne toutes les richesses matérielles et du même coup chiffrables : chaque somme d’argent évoquée peut être reliée à une personne, une machine, des stocks, de la trésorerie... Seule exception, l’apparition récente de ce que l’on appelle la richesse humaine d’une entreprise, qui essaie de quantifier des notions aussi impalpable que le talent , les capacités individuelles ou l’image de marque.

Une action est plus qu’un contrat

La finance ne concerne qu’une partie des entreprises mondiales : celles côtées. Elle est aussi, mais en petite partie seulement, reliable à de l’argent physique. Et encore. Prenons l’exemple de l’achat d’une action. C’est un titre, remis en échange de son apport à toute personne qui, lors de la constitution d’une société de capitaux (société anonyme ou en commandite par actions) adhère à cette dernière en lui transférant soit une somme d’argent, soit des biens en nature (immeuble ou matériel). Ainsi, mettons que M. X a acheté une action EDF à 30 euros. Cette somme est prélevée sur son compte bancaire, et transférée (après quelques ponctions par les intermédiaires) à EDF. Remarquons au passage que même cet argent circule virtuellement, aucun billet n’est échangé. Mais, en fait, une action est un titre de propriété : comme un propriétaire de studio cherche à gagner de l’argent en le louant, l’actionnaire "loue" sa part de l’entreprise en échange de dividendes. C’est donc plus qu’un contrat passé entre l’entreprise et l’actionnaire, une sorte de reconnaissance de dette, avec intérêts - les dividendes.
Passons trois mois. En faisant l’hypothèse que tout va bien pour l’électricien français, son action aura monté, mettons, à 40 euros (chiffre totalement arbitraire, je tiens à le souligner). Où sont, physiquement, ces dix euros de différence qu’EDF doit à Mr. X ? Réponse : nulle part... ni dans le compte en banque de notre quidam, ni dans la trésorerie del’entreprise. Ces 10 euros, M. X les aura s’il revend son action. (je vous épargne le cas où l’action baisse).

Presque une autre monnaie

 Note aux alters et autres anti-capitalistes
Vous pourrez aisément déduire de votre lecture que la façon la plus simple de faire s’écrouler tout le système, ce n’est pas de manifester devant des congrès, de couper des champs d’OGM ou de faire soi-même des congrès interminables. C’est de créer un virus informatique qui ferait croire aux diverses places boursières que tous les actionnaires du monde vendent le contenu de leurs portefeuilles. Il se passerait le même phénomène que pendant la Grande Dépression aux Etats-Unis : la faillite intégrale d’à-peu-près tous les établissements bancaires, avec en bonus celle d’un bon nombre d’entreprises et la ruine quasi-définitive de tous les gouvernements mondiaux par effet domino. Alors certes, c’est moins médiatique, comme ça, à première vue, mais c’est tout de même plus efficace. Vive les nouvelles technologies ! (1)

Cela tout simplement parce que ces sommes sont purement virtuelles. Le cours d’une action reflète en fait la perception qu’ont les acteurs du monde de la finance (petits et grands actionnaire) de la santé de l’entreprise et de son futur hypothétique. Autrement dit, ce qu’on appelle la capitalisation boursière (la somme totale que représente toutes les actions, en quelque sorte de prix de vente de l’entreprise) n’est qu’une formulation chiffrée d’un avis complètement subjectif, même s’il est basé sur des équations, des statistiques, et autres. La finance n’est autre qu’un phantasme de l’économie.

D’un certain point de vue, tout le système d’action n’est rien d’autre qu’un autre système monétaire, parallèle au euros, dollars et yen habituels. Un système où les taux de changes évoluent brutalement, où chaque entreprise fait circuler ses propres billets. Il faut se rappeler qu’à l’origine de nos anciens Pascals, il y a les assignats. Or ces derniers n’étaient rien d’autre qu’une reconnaissance de dette transmissible de main en main.

Revenons à notre question du début sur les relations entre CAC 40 et la croissance. Une fois cette distinction entre finance et économie établie, les hiatus apparents s’expliquent. En l’occurence, le lien n’est pas très complexe. La hausse récente du prix du brent est effectivement une catastrophe pour tous les agents économiques : cela augmente drastiquement les dépenses tout en augmentant peu les recettes (c’est rien de le dire). Mais d’un autre côté, le même phénomène est du pain béni pour les compagnies pétrolières : leurs chiffres d’affaires explosent, et du coup leurs actions montent en flèche, suivant la loi bien connue : plus c’est demandé, plus ça vaut cher. Or, en France, l’indice CAC 40 est la synthèse du comportement en Bourse des 40 entreprises françaises côtées les plus performantes. Total en fait évidemment partie. Et voilà comment, en pleine crise pétrolière, la Bourse de Paris a fait preuve cet été d’une santé insolente...




(1): Il faut savoir qu’un phénomène dans ce genre (à une moindre échelle) a eu lieu en 1987 à la Bourse de New York. Les ordinateurs étaient programmés pour tous vendre au même prix. Quand il a été atteint, cela a provoqué un mini krach de 48 heures...

 

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Jeudi 2 février 2006 4 02 /02 /2006 18:41
Arte et le CNES vont envoyer dans le cosmos à l’automne prochain des messages à l’intention d’éventuels extraterrestres. Tout le monde est invité à apporter sa contribution.
 


Préparez vos stylos et vos appareils photos. Arte, associé à Cargo Films et au Centre National d’Études Spatiales (CNES), propose à tout un chacun d’envoyer un message à d’hypothétiques formes de vie extraterrestres, par son intermédiaire. Lettres, images, films, tout est autorisé, avec une consigne : faire preuve d’imagination. À l’automne prochain, les missives les plus originales seront diffusées dans une émission spéciale, Cosmic Connexion, le premier programme télévisé à être aussi envoyé à nos voisins stellaires, dans la direction de la Grande Ourse, depuis une antenne parabolique du CNES située près de Toulouse. Le reste des messages suivra dès la fin du générique.

 

L’occasion ? Le lancement, à l’automne 2006, du satellite européen Corot. Il a pour mission, entre autre, de repérer des exoplanètes telluriques. Autrement dit, des planètes en dehors du système solaire et qui ressemblent à la nôtre, donc susceptibles d’abriter la vie. Une mission qui ne peut que raviver le désir de contact avec une intelligence autre. L’humanité a déjà envoyé des bouteilles dans la mer d’étoile : les sondes Pionner et Voyager. Mais c’est la première fois qu’un courrier d’une telle ampleur est envisagé.

 
(JPG)
source : Wikipédia
 

Autre nouveauté, l’invitation est lancée à la planète entière - enfin, celle qui dispose d’Internet, à tout le moins. Pour poster un message, il suffit de visiter le site web de l’émission. Plusieurs thématiques sont proposées, de « Je vous fais un portrait de moi, de nous, d’ici... » à « Sur Terre, il y a déjà beaucoup à faire... ». On peut déjà lire et voter pour des textes et des poèmes, des photos et des petits films, qui vont du drôle au mélancolique, de l’existentiel à l’absurde. Chaque jour, une personne filtre les messages postés, pour enlever ceux délibérément insultants. Sinon, la liberté de propos est totale.

 

D’autant que l’interlocuteur est lointain, aux confins de l’imaginaire pour certains. S’adresser à un E.T., qui s’il existe ne recevra pas la communication avant quelques centaines d’années, et qui même dans ce cas ne comprendra rien avant un long travail de traduction, ça libère. Au gré des auteurs, les messages oscillent entre désillusion et fierté pour l’humanité. De l’ensemble se dégage cependant l’espoir qu’ailleurs, cela va mieux qu’ici. Même si l’onde qu’enverra la parabole n’atteint pas son but, l’opération ne sera pas vaine. Elle permettra de recueillir un document inestimable : un concentré de la diversité de l’humanité au début du XXIe siècle, comme un cliché photographique de nos aspirations et états d’âme.

 

(Article rédigé dans le cadre d’un stage à La Croix, paru le 14 février.)

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /2006 23:41

La Mongolie sur la voie d’une "Révolution Orange"


Une crise politique secoue la Mongolie depuis le début du mois de janvier. Le Parti Révolutionnaire du Peuple Mongol (PRPM), héritier de l’ancien Parti Communiste Mongol, s’est emparé du pouvoir par une manoeuvre politique. Le pays est habitué à l’instabilité, mais cette fois, la population a été secouée comme jamais auparavant. Les manifestations devant le Parlement, à Oulan Bator, s’enchaînent, et tout porte à croire qu’elles s’intensifieront au printemps. Après les Géorgiens, après les Ukrainiens, les Mongols semblent décidés à faire entendre leurs voix.

 

Malgré le froid et la glace, ils persistent, viennent se réunir et défiler devant le Parlement. Les Mongols hurlent et chantent leur indignation devant ce qu’ils appellent un coup de force, appellent à la démission du président de la République, Nambaryn Enkhbayar. Le 25 janvier 2006, l’ancien maire d’Oulan Bator et membre du PRPM Mieagombo Enkhbold a été nommé Premier Ministre par le Parlement. Scellant ainsi la victoire du Parti Révolutionnaire du Peuple Mongol. De fait , l’héritier direct du parti communiste qui dirigea le pays entre 1924 et 1990 occupe désormais tous les sièges du pouvoir : le Président Enkhbayar, élu en mai 2005, était le candidat du PRPM.


 
(JPG)
source : Wikipédia
 

Déroulé d’une manipulation politique

 

Tout a commencé mercredi 11 janvier. Dix ministres, parmi les 18 qui compose l’intégralité de la Coalition Démocratique, gouvernement mené par le libéral Elbegdorj, démissionnent. La paralysant de fait. Motifs invoqués : ralentissement de la croissance, hausse de l’inflation, lutte inefficace contre la corruption. Cela a abouti à la destitution du gouvernement, le vendredi 13 janvier, tard dans la nuit, par 39 voix contre 37 (la salle était comble). Le PRPM en détient 38 à lui seul. Précision : tous les ministres démissionaires appartiennent au PRPM. Pendant le week-end, le Premier Ministre Elbegdorj démissionne. Aussitôt, le PRPM annonce sa volonté de reformer un gouvernement d’union nationale, centrée autour d’un Premier Ministre... issu du parti. Et commence les tractations avec des petits partis pour récolter ce siège qui lui manque pour avoir la majorité au Parlement. La nomination de Enkhbold le 25 janvier en est le fruit.

 

De la violence à la persévérance

 

Le lendemain de la démission des dix ministres, des centaines de Mongols prennent d’assaut le bâtiment du PRPM à Oulan Bator. Résultat : des portes et des fenêtres brisées, et quelques squatteurs, qui posent un ultimatum au parti - qui au final ne sera pas respecté. Le vendredi, ils sont encore des centaines, alors qu’il fait -21°C, à défiler devant le Parlement. Les accrochages avec les nombreuses forces de l’ordre ne sont pas rares, ce jour-là. Ils le sont devenus. Régulièrement, les Mongols viennent brandir leurs pancartes devant des policiers en rang d’oignon. Réclament la démission du président de la République Enkhbayar. Réclament même de nouvelles élections. Pourtant ce n’est pas un peuple réputé pour sa pugnacité politique. La démocratie mongole fonctionne, certes, mais l’empreinte de 70 ans de communisme ne s’efface pas si aisément.

 

Le réveil du peuple du Khan ?

 
 Repères

Superficie : 1 565 500 km²
Population (2005) : 2,6 millions d’habitants
Densité (2005) : 1,7 habitant/km²
PIB par habitant (2004) : 600 $US
Chiffres : institut statistiques du Québec. Voir le pdf complet

Histoire politique récente de la Mongolie
1990 : le parti communiste relâche son contrôle sur le gouvernement.
1992 : la République Populaire de Mongolie est remplacée par un État hybride, entre système parlementaire et système présidentiel, la République de Mongolie.
1996 - 2000 : le principal parti d’opposition au PRPM, le Parti démocratique est au pouvoir entre 1996 et 2000. En quatre ans, il y aura quatre gouvernements.
2000 : victoire du PRPM avec une écrasante majorité.
2004 : le PRPM et l’opposition obtiennent un nombre égal de sièges. Elaboration d’un programme commun, formation d’un gouvernement d’union nationale, la Coalition Démocratique.
2005 : élection de l’ancien Premier ministre Nambaryn Enkhbayar, à la présidence de la République.

Pour aller plus loin, consultez la page de Wikipédia.


Le pays est une démocratie depuis 1990, prône à l’instabilité et au fonctionnement parfois erratique : les élections de 2004 se sont déroulées sous des accusations réciproques de fraudes de la part d’à-peu-près tous les partis. La pauvreté et la corruption sont endémiques. Le PRPM a déjà eu sa chance au pouvoir, entre 2000 et 2004. Il ne s’est pas fait remarquer par l’éclat de son action politique. Le parti a laissé le pays dans l’ombre de ses encombrants voisins, la Russie et la Chine. La Coalition Démocratique, élue en 2004, avait tenté de sortir de ce rôle de tampon, en s’ouvrant au libéralisme et aux Etats-Unis. L’Irak même compte sur son sable un petit contingent de Mongols. Autant d’initiatives qui ne pouvaient que déplaire au PRPM. 

Le schéma est familier : c’est à quelques détails près la même situation que celle de l’Ukraine en novembre 2004, à la veille de la Révolution Orange. On sait comment celle-là s’est finie. Les Mongols seraient-ils inspirés par l’exemple de leur anciens camarades ? Certains parlementaires le murmuraient déjà le 13 janvier, lors de la destitution de la coalition. Et l’idée trotte dans la tête de certains chefs de partis, comme l’Union Démocratique Mongole, qui a déjà organisé plusieurs manifestations. Pour l’instant les températures empêchent de prendre la mesure de l’ampleur réelle du mouvement. Mais il y a fort à parier que les quelques centaines de manifestants réguliers ne sont que la pointe de l’iceberg.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Lundi 13 février 2006 1 13 /02 /2006 11:30

En Europe, la liberté de la presse est un principe inscrit dans les constitutions. Autrement dit, dans la loi. C’est cette dernière qui définit des bornes, selon le principe qui veut que la liberté de l’un ne doit pas gêner celle de l’autre ; c’est sur elle que doit se baser toute décision sur la publication d’une opinion exprimée dans un journal. Car la liberté d’expression a des limites.

Le système de loi occidental, qui est la base du corpus onusien, est basé sur deux idées depuis le siècle des Lumières. La première : se référer à des principes, dits humanistes, issus de la philosophie. La deuxième, prendre en compte l’Histoire, ses précédents et erreurs au vu de ces mêmes principes. Tout est du domaine séculier, tout a rapport aux personnes. Le délit de blasphème n’existe plus en Europe ; la publication des caricatures est donc parfaitement légale. La loi, quand elle condamne l’antisémitisme, ne défend pas de s’attaquer à la religion juive. Elle condamne l’incitation à la haine envers une communauté de personnes. Ce qui rend le sujet particulièrement épineux et donne lieu à un épluchage sémantique systématique, c’est que dans l’esprit d’une bonne partie des Juifs, la distinction entre leur religion et leur communauté n’existe pas -  c’est tout de même ce qui est à la base de la création de l’Etat d’Israël…

Or – profitons-en pour préciser ce point, et couper court aux accusations de « incitation à la haine raciale » - ce n’est pas le cas de l’islam et des arabes : il n’y a pas d’équivalence entre les termes, loin de là. Par contre, dans la majorité des pays dits musulmans, donc, la loi – au sens constitutionnel du terme – c’est le Coran. Pour être plus précis, c’est le texte du Coran, non une interprétation, qui constitue la loi. Or il établit clairement la non-représentabilité du prophète. Publier les caricatures dans un journal sous ce genre de régime constitue donc de fait un délit.

 

Mais ces caricatures, aux qualités graphiques plus que contestables, n’ont pas été publiées dans des pays musulmans. Et quand cela a été fait, les sanctions ont été immédiates. Mais la législation iranienne, par exemple, n’a pas cours au Danemark, et inversement. Le contenu d’un journal danois ne regarde que le gouvernement danois. Les seuls « interdits » que la presse se doit de respecter sont ceux de son pays, et ceux reconnus par la communauté internationale, en l’occurrence l’ONU, dans la mesure où le pays en question est membre. Rien d’autre. Cette situation était tenable encore lorsque les journaux circulaient dans un nombre somme toute restreint de pays. Le problème aujourd’hui vient du fait que l’information est mondiale (vive internet). Pas la législation : trop d’intérêts divergents, trop de différences pour pouvoir se rassembler autour de plus que quelques principes précieux certes mais d’application sémantique délicate. D’où le hiatus actuel.

 

 

L’idée serait donc d’harmoniser la législation internationale sur ces questions. Reste à savoir si l’on peut même envisager un terrain d’entente, d’une part, et qui serait habilité pour traiter de tels sujets, qui serait légitime pour proposer un texte législatif, d’autre part. Car immanquablement se pose la question : quel système, entre théocratique et laïque, va « s’imposer » à l’autre, être « meilleur » que l’autre ? Quel sens même a le mot « meilleur » dans la phrase précédente ? Des interrogations qui sont loin d’être triviales.

Se base-t-on sur la ‘quantité de liberté’ ? Difficile à définir, difficile à mesurer. Certaines choses sont indiscutables : une femme en Europe est plus respectée que dans certain pays musulmans (et encore, demandez à Amnesty son rapport sur les femmes battues en France…).

La seule chose que l’on puisse affirmer avec certitude, c’est qu’il y a un endroit où le débat est plus facile qu’ailleurs. Les lois européennes ne sont, somme toute, que des « vérités humaines éphémères ». Leur avoir enlevé tout caractère sacré a permis une souplesse du système, qui a un but unique : organiser une vie sociale harmonieuse. Or toute loi divine a un but supplémentaire : guider l’homme jusqu’à une certaine idée de la perfection. Et la perfection, ça ne s’altère pas… Délicat dans ce cas-là de discuter de la révision d’une loi.

Deuxième interrogation, qui sont donc les personnes habilitées à discuter de tels sujets ? Qui peut aussi impartialement que possible débattre de ce genre de choses ? Ni les politiques, ni les religieux, tous deux partie prenante du débat. M. Tout-le-monde ? A-t-il le recul nécessaire ? Ce qui rend le débat si épineux et si contradictoire, c’est le mélange du politique et du religieux, en fait le mélange entre deux ‘droits’ : le droit au respect de ses croyances, et le droit au respect de ses idées. Tout le problème tient à la très fine distinction qui sépare les deux, le plus souvent totalement confondus. Non, les seuls qui soient armés de par leur nature à ce genre de discussion, ce sont… les philosophes, et les intellectuels. Par contre, le défaut du procédé tient à la longueur des débats… Mais regardons la France : il a fallu près de 6 siècles de luttes de pouvoir pour séparer l’Eglise et l’Etat. Il ne faut pas s’attendre à ce que, dans le cas actuel, la solution arrive en trois semaines. Ce qu’il faut espérer, c’est que pendant la durée de la réflexion, la frénésie se calmera.

 

 

Pour aller plus loin, on peut s’interroger encore sur les points suivants :

 

 

Une affaire récente (le Daily Telegraph attaque le Times) a dévoilé la possibilité de poursuivre en France un journal non français mais distribué sur le sol national selon le droit français. Le même genre de possibilité existe-t-il ailleurs ?

Deuxième piste, plus générale mais tout autant d’actualité : la morale est rentrée dans la loi, et cela rend les choses plutôt confuses. Un mot suffira à illustrer cette remarque : Outreau…

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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Mardi 21 février 2006 2 21 /02 /2006 11:34
Qu’évalue-t-on, au juste, dans cette commission parlementaire ? La justice à la française ? Un système ? Un procès ? Un juge ? Ou un homme ? Imprécision d’autant plus dangereuse qu’elle pourrait discréditer complètement la commission. Le problème vient probablement du fait que les députés qui la composent n’ont pas eux-mêmes les idées bien fixées, se laissant emporter par l’émotion, comme tout le monde d’ailleurs. Or l’émotion, ici, doit être prise en compte comme une des données du problème, pas comme un moyen d’évaluation.

Le plus bel exemple du flou qui entoure le phénomène Outreau et les dangers qu’il implique reste la Une de France Soir du 8 février, qui étalait en gros : « A vous de le juger ». Une petite phrase qui contient trois grosses inexactitudes... La première : il ne s’agit pas d’un jugement. La deuxième : ce n’est pas l’homme qui est en cause, c’est le juge. La troisième : ce n’est pas à l’opinion publique de décider s’il a « bien » ou « mal » agi. Et pourtant, cette phrase garde un semblant de sens : après tout, les parlementaires sont des représentants du peuple, on parle bien d’une évaluation, et la référence à Fabrice Burgaud est suffisamment floue pour qu’on puisse penser à l’homme ou au juge.

La commission parlementaire ne va et ne doit pas juger le travail de Fabrice Burgaud. Elle doit évaluer, comprendre les méthodes utilisées, le cheminement qui a conduit au scandale judiciaire que l’on connaît. Pour, le cas échéant, préconiser d’engager des réformes législatives pour corriger les défauts du système révélés par l’exemple. La nuance est subtile, certes, mais elle est essentielle. C’est le rôle d’une commission d’enquête, tel que défini par la loi.

Ce n’est pas Fabrice Burgaud, l’homme, avec ses opinions et ses douleurs, qui passe sur le grill. C’est Fabrice Burgaud, juge d’instruction. Or un juge n’a pas à avoir de sentiments, un juge n’a pas à être désolé. D’où le sentiment de malaise qui s’élève quand tant ceux qu’on appelle désormais les acquittés que les parlementaires membres de la commission réclament des « excuses », quand les journaux le vilipendent parce qu’il a tout juste murmuré un « c’est triste », quand on apprend qu’il a reçu des lettres de menace, dont une avec des balles réelles dans l’enveloppe, « pour son suicide », précise une note jointe.

L’émotion fausse le débat

Enfin, ce n’est pas à l’opinion publique de se prononcer. Pour une raison simple : l’opinion publique raisonne en termes émotionnels, pas légaux, le plus souvent par méconnaissance des textes, et, il faut bien l’avouer, parce que l’émotion est devenue un critère de jugement de valeur totalement banal en France, comme ailleurs. (On peut juger de sa fiabilité en se souvenant de l’opprobre public qui s’était abattue sur tous les accusés en 2000, ou encore en se remémorant l’affaire de la fausse agression du Rer D.)

Mais peut-on vraiment blâmer l’opinion publique de ce travers, alors que la loi même en souffre ? Le cœur du problème d’Outreau, ce n’est pas l’âge du magistrat, même s’il est sûr qu’après 15 ans de turpitudes et de noirceurs humaines diverses, un dossier, même aussi extrême, choque moins. A la base d’Outreau, on trouve deux choses. La première, c’est la tendance de l’émotion à rentrer de plus en plus dans la loi, à être inscrite dans les textes mêmes, ce qui oblige le plus souvent à un travail de décorticage sémantique long et parfois discuté (ce qui se produit quand, par exemple, un jugement en appel casse le jugement précédent). Ce n’est pas une mauvaise chose : cela a permis entre autre l’apparition des concepts de circonstances aggravantes et de circonstances atténuantes, et l’évolution vers une justice qui ne serait pas tant égalitaire qu’équitable.

La deuxième, c’est « l’intime conviction ». Quand les preuves formelles manquent, c’est par cet outil que le juge est tenu de prendre ses décisions. C’est ce qui s’est passé lors de l’instruction du dossier. Conviction que certains sont crédibles et pas d’autres, conviction que chacune des personnes impliquées dans la lourde machine d’une instruction judiciaire a fait son travail. Or, une conviction, ce n’est pas vraiment la même chose qu’une certitude... La justice, qui se veut impartiale, reste malgré tout une affaire humaine, aux multiples maillons. C’est ce qui rend l’affaire d’Outreau si délicate dans les esprits de chacun : devoir faire abstraction d’une émotion, d’une indignation légitime concernant l’affaire et les injustices qui ont suivi, pour pouvoir mieux analyser celles qui ont longtemps nourri l’instruction.

Par Jean-Marie Benoist - Publié dans : Actu
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